Le développement durable et le domaine du bâtiment français

By 25 December 2012

1.2 L’influence du développement durable dans le domaine du bâtiment

Peut-on espérer que les nouvelles normes dans le bâtiment et les nouvelles exigences thermiques, mises en place depuis quelques années face au défi du développement durable, aient un impact positif sur la terre comme matériau de construction ?

La prise de conscience relativement récente de la mise en danger de la planète a obligé les hommes politiques à prendre des mesures quant à la limitation des émissions de CO2 dans l’atmosphère. Le bâtiment est un secteur clef, puisqu’il est un grand consommateur d’énergies fossiles avec des taux importants de rejet de gaz carbonique dans l’atmosphère tout au long de la production des matériaux, mais aussi, lors des transports, de la construction, et de la destruction. Les matériaux employés depuis plusieurs décennies ne sont souvent pas recyclables. D’après une étude menée par le WBCSD (World Business Council for Sustainable Development), l’industrie du ciment est responsable de 5% des émissions de gaz à effet de serre liées à l’activité humaine. A titre d’exemple, une tonne de ciment fabriquée revient à une tonne de CO2 rejetée. Les cimentiers en ont bien conscience et c’est une de leur préoccupation majeure actuelle comme le prouve cet extrait de la revue Ciment et croissance : « Très gourmande en énergie, la production de ciment représente 5 à 6% des émissions de dioxyde de carbone d’origine anthropique. Sur ces émissions, à peu près 55% sont directement liées au procédé de calcination du calcaire, 35% aux combustibles utilisés dans les fours et 10% à la consommation d’électricité », commente Michel Folliet12.

L’Union Européenne prévoit pour 2050 une réduction de 85% de la consommation de ciment et de 90% celles de l’acier et de l’aluminium. En France, le Gouvernement s’est engagé à une division par un facteur 4 des émissions de CO2 d’ici 2050. Cet objectif a été repris par plusieurs Etats européens13. Repenser la production du ciment ou redécouvrir des liants ne nécessitant pas autant d’énergie grise est un sujet en devenir.

L’autre combat concerne l’habitat et la lutte contre le gaspillage d’énergie. La consommation en électricité a été multipliée par deux entre 1982 et 200414 afin de répondre aux besoins toujours croissants de confort (chauffage, éclairage, électroménager).

Sur les plans politique et économique, on constate un engouement pour les habitats «écologiques » et les écoproduits. Une série de labels a été mise en place, tels que les constructions HQE, Qualitel, HPE, Passiv’Hauss… afin de sensibiliser constructeurs et particuliers à la construction durable.

Deux événements d’importance ont marqué ce tournant :
– Les simulations informatiques effectuées en 1972 montrant que la poursuite de l’exploitation des ressources naturelles entraînera en 2100 une chute brutale des populations à cause de la pollution, de la raréfaction des ressources énergétiques et de l’appauvrissement des sols cultivables,
– La première crise pétrolière en 1973 qui a eu pour conséquence une hausse des prix de tous les produits manufacturés.

C’est le rapport Brundtland qui en 1987 a défini le “développement durable” comme « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs »15. Depuis lors, l’environnement apparaît comme un patrimoine à protéger pour les générations futures.

Lors du sommet de Rio en 1992, les trois piliers du développement durable ont été inscrits dans le protocole : le progrès économique, la justice sociale et la préservation de l’environnement.

Face à cette prise de conscience en faveur de la protection de l’environnement, on pourrait penser que le matériau terre qui répond absolument aux nouvelles exigences avec une empreinte écologique quasi nulle sur tout son cycle de vie soit le mode idéal de construction.

D’un point de vue économique, la construction en terre implique la mise en valeur d’une économie locale créatrice d’emplois, aussi bien dans l’artisanat que dans l’industrie. La mécanisation de certains procédés de constructions, comme la brique BTC16, peut être reprise par les industriels. La technique du pisé peut, quant à elle, être gérée par les entreprises de BTP car elle est très proche de la mise en œuvre des bétons banchés comme l’affirment Romain Anger et Laetitia Fontaine : « (…) compte tenu de l’importance du secteur de la construction dans toute économie, bâtir en terre doit être considéré comme un levier important pour le développement local, favorisant l’emploi et la création de richesse et ce, sans surconsommation d’énergie »17. Le déploiement d’un tel savoir-faire serait porteur d’un véritable vivier d’emplois, non délocalisable par essence.

Du point de vue de la justice sociale, la gratuité du matériau de production et sa quasi-universalité rendent ce matériau socialement équitable. Il n’est pas réservé à une élite : la terre, à même le sol, permet de construire toutes sortes d’habitats, de la ferme à la maison de ville, avec toujours les mêmes avantages de confort de vie. Le matériau terre peut si nécessaire être mécanisé, mais son utilisation peut aussi être très simple et donc ouverte à tous. Ce type de construction nécessite beaucoup de main-d’œuvre, c’est traditionnellement un mode constructif solidaire qui resserre les liens entre les communautés qui travaillent ensemble.

Du point de vue de la préservation de l’environnement, ce matériau répond en tous points aux 4 familles de cibles de la “Haute Qualité Environnementale”, démarche de qualité et de certification adoptée officiellement en France en 1998 et défendue par l’association du même nom :

a) Cible d’Eco Construction :

* Relation harmonieuse des bâtiments avec leur environnement, choix intégré des produits, des systèmes et des procédés de construction. Chantiers à faibles nuisances.

La terre est un matériau “au pied du mur” disponible partout et la continuité de matériaux avec le sol est en harmonie parfaite avec l’environnement. Ce matériau est économique, facile à travailler et demande une faible technicité, il est donc accessible au plus grand nombre. Sa technique constructive est sans nuisances sonores et ne génère aucun dégagement polluant. Il n’y a aucun impact toxique pour les habitants.

b) Cible d’autogestion :

* Gestion d’énergie, gestion de l’eau, gestion des déchets d’activité, gestion de l’entretien et de la maintenance, intérieur satisfaisant.

La main-d’œuvre est l’énergie principale ; l’eau nécessaire à la construction est intégrée dans la terre, il n’y a pas de surplus. La terre est 100% recyclable et les éléments complémentaires à la construction sont de la même manière, minéraux ou végétaux (bois, chaume, roseaux). Ces matériaux génèrent un climat intérieur sain et esthétique.

c) Cible confort :

* Confort hygrothermique, acoustique, visuel, olfactif.

L’un des atouts majeurs de la terre est son hygrothermie. La qualité des échanges de flux permet de réguler les changements d’humidité de l’atmosphère ambiante. Par son inertie, la terre permet de restituer en déphasage les calories manquantes entre le jour et la nuit, ce qui rend ce matériau exceptionnel sur le plan thermique. La terre est un élément de confort acoustique avéré. Elle est idéale pour les salles de spectacles car elle joue un rôle d’amortissement acoustique important. Son attrait esthétique est reconnu par la diversité de ses couleurs et sa grande palette de textures possibles. L’odeur de la terre rappelle directement la nature qui nous entoure.

d) Cible santé :

* Qualité sanitaire des espaces.

Pendant des siècles, le matériau terre a été employé dans la construction. Il a fait ses preuves du point de vue de sa qualité thermique et économique tout en sachant respecter l’environnement. Ne serait-il pas pertinent aujourd’hui de reprendre ces techniques ancestrales afin de protéger notre planète d’une pollution croissante ? Les études sur la terre ont permis de moderniser le matériau qui est aujourd’hui relativement facile de mise en oeuvre et synonyme dans certains pays, comme la France ou l’Australie, d’un matériau de construction moderne et précurseur.

Lire le mémoire complet ==> (L’architecture de terre crue en mouvement en France et au Mali – Regards croisés)
Mémoire Diplôme d’Université BATIR
Université de Nantes – Bâti Ancien et Technologies Innovantes de Restauration
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12 Michel Folliet est directeur du département Matériaux de construction de la Société financière internationale (SFI).. cf. : « Ciment et croissance, tendances mondiales », in la revue Proparco, n°10, mai 2011, p. 2
13 Cf. Site du ministère français de l’industrie : http://www.industrie.gouv.fr/]
14 Source IFEN (Institut Français de l’Environnement)
15 Du nom de Gro Harlem Brundtland, la ministre norvégienne de l’environnement présidant la Commission mondiale sur l’environnement et le développement.
16 Brique de Terre Compressée.
17 Romain Anger, Laetitia Fontaine, « Construire en terre, une autre voie pour loger la planète in La revue de Propraco, n° 10, mai 2011, p. 18.