La privatisation bancaire et la performance des banques

By 19 December 2012

B- Les motivations de la privatisation bancaire

D’une façon générale, la politique de privatisation trouve ses fondements dans certaines motivations de nature économique, financière et politique. Ces motivations de la politique de privatisation (les arguments en faveur de la politique de privatisation) trouvent leur origine dans certaines analyses macro-économiques et micro- économiques. Ces dernières se fondent essentiellement sur certains inconvénients et dysfonctionnements des entreprises publiques comparé à des entreprises privées.

Dans ce cadre, les expériences mondiales montrent que les motivations de la politique de privatisation peuvent varier d’un pays à l’autre, en outre chaque gouvernement peut citer l’une ou certaines de ces motivations comme des raisons prioritaires de son programme de privatisation.

Il est apparaît important de souligner que, dans certains pays en voie de développement (comme c’est le cas en Egypte, en Algérie) la politique de privatisation ne trouve pas ses motivations seulement dans des considérations économiques, financières et politiques, mais elle constitue également une conséquence de l’intervention des institutions financières internationales, notamment le F.M.I et la Banque mondiale et les contraints socio-économique et politique qu’elles imposent en accompagnement de leurs aides373. Ainsi, en Egypte la politique de privatisation a été conduite à la suite du programme d’ajustement structurel et de réforme économique signé parmi le gouvernement égyptien et le F.M.I et la Banque mondiale en 1991.

Au niveau de la privatisation bancaire, ses motivations tournent essentiellement autour de l’amélioration de l’efficacité économique des établissements bancaires, jusqu’alors sous le contrôle direct de l’Etat (1), pour faire face à la forte concurrence internationale et aux progrès technologiques en matière bancaire (2), ainsi qu’autour de l’amélioration de la démocratie économique à travers l’accroissement de la participation salariée et l’actionnariat populaire (3).

Par ailleurs, cette politique de privatisation bancaire vise également à réduire le déficit budgétaire de l’Etat (4), et le développement du marché financier (5). En effet, ce dernière raison est une priorité dans les pays en développement qui se caractérisent par leurs marchés financiers émergents.

Il convient de souligner que certaines des motivations de la politique de privatisation bancaire mentionnées ci-dessous sont des raisons générales de la politique de privatisation, c’est-à-dire qu’elles concernent les privatisations bancaires et les privatisations touchant les autres secteurs concurrentiels dans l’économie.

1- La privatisation bancaire et la performance des établissements bancaires

L’amélioration de la performance des entreprises jusqu’alors publiques constitue l’une des raisons essentielles de la politique de privatisation bancaire ou industrielle. Dans ce cadre, la théorie des droits de propriété souligne que l’entreprise privée a une supériorité sur l’entreprise publique dans la mesure où elle apparaît être la meilleure organisation institutionnelle susceptible de développer l’efficacité économique et d’inciter la discipline des dirigeants d’entreprises374.

En effet, certaines études, qui visent à comparer les entreprises publiques et les entreprises privées, ont nettement indiqué que l’entreprise privée était plus efficace et plus rentable que l’entreprise publique. En France par exemple, George Gallais- Hammono a indiqué dans son étude portant sur la rentabilité des entreprises publiques et privées, que dans les secteurs des banques de dépôts, des sociétés d’assurance-vie, de l’automobile et des transports maritimes, les entreprises privées avaient été en moyenne clairement plus rentables que les entreprises publiques entre 1970 et 1979375.

L’inefficacité des entreprises publiques résulte de ce que leurs propriétaires (citoyens) n’ont ni les motivations ni les moyens suffisants pour inciter à une gestion efficace. A la différence des actionnaires privés, les citoyens-actionnaires ne disposent pas du pouvoir de sanctionner une mauvaise gestion, parce qu’ils ne profitent pas directement d’une bonne gestion comme c’est le cas des actionnaires privés376.

La séparation entre propriété et contrôle constitue un inconvénient notable pour les entreprises publiques qui influe négativement sur le comportement des gestionnaires. La privatisation permet d’établir d’un système de contraintes et d’incitations qui modifie spécifiquement le comportement des gestionnaires. En ce sens, le contrôle des comportements des gestionnaires et des résultats d’entreprise exercé par les actionnaires privés est plus efficace et plus contraignant que ceux effectués par l’Etat–actionnaire377.

En fait, les actionnaires privés sont concernés directement par l’amélioration des résultats financiers de l’entreprise, c’est pourquoi, ils disposent de bonnes raisons de s’assurer que les gestionnaires replissent leur fonction le plus efficacement possible378. La propriété privée permet ainsi de réduire le problème d’asymétrie d’information existant dans les rapports entre les propriétaires et les gestionnaires. Dans ce cas précis, l’asymétrie d’information se caractérise par la relation agent-principal. Cette relation imagine qu’il existe un agent (le gestionnaire) et un principal (le propriétaire) qui ne disposent pas les mêmes objectifs. Le principal désire d’obtenir un comportement de l’agent adapté à ses intérêts mais il ne dispose pas toute l’information qui lui permet de contrôler parfaitement le comportement de l’agent. La privatisation apparaît ainsi comme un moyen de diminuer ce problème379.

Par ailleurs, au contraire à l’entreprise publique, le risque de la mise en faillite comme sanction de l’inefficacité et la possibilité de rachat hostile de l’entreprise, établie par le marché financier et boursier dans le cas de l’existence d’un écart entre la rentabilité éventuelle et la rentabilité effective, constituent des contraintes incitant à l’efficacité de l’entreprise privée380.

La différence entre les objectifs d’une entreprise publique et ceux d’une entreprise privée constitue, en effet, un autre facteur de l’inefficacité de l’entreprise publique. A cet égard, on constate que l’entreprise privée vise à des objectifs financiers consistant principalement en la réalisation du profit maximal, au contraire l’entreprise publique s’intéresse, à côté des objectifs financiers, à des objectifs supplémentaires, sociaux et politiques, imposés par l’Etat- actionnaire381.

La prise en compte de ces contraintes non financières par les gestionnaires des entreprises publiques conduit à une gestion et une performance faibles. Les gestionnaires des entreprises publiques ne visent pas seulement la performance, mais ils cherchent également à satisfaire leurs autorités de tutelle. « Le remplacement simultané, en 1982, des présidents de toutes les grandes banques françaises, ou la succession en cinq ans de cinq présidents à la tête d’une banque engagée dans la compétition internationale, témoignent des inconvénients du volontarisme étatique »382.

Ces contraintes sociales et politiques exigées par l’Etat-actionnaire semblent importantes dans les pays en développement comme c’est le cas de l’Egypte. Dans cette optique, la participation des banques publiques à la contribution à l’emploi et les interventions publiques dans les décisions stratégiques notamment, concernant la contribution des crédits, a abouti à une gestion et des résultats faibles pour les banques publiques égyptiennes.

A la lumière de ces indications précédentes, on peut noter que la politique de privatisation bancaire permet l’amélioration de la performance des établissements bancaires privatisés. Cette amélioration résulte, en effet, du transfert de la propriété des établissements bancaires de l’Etat au profit d’actionnaires privés possédant le pouvoir et les motivations d’exercer un meilleur contrôle sur les gestionnaires des banques pour remplir plus efficacement leur tâche en réalisant une bonne performance.

Par ailleurs, la privatisation bancaire constitue un facteur important de renforcer des fonds propres des banques privatisées pour être conforme aux normes internationales. En effet, les expériences mondiales montrent que les banques publiques se caractérisent par leurs fonds propres faibles résultant du manque de dotations en capital fournies par l’Etat actionnaire. En outre, la privatisation bancaire permet une bonne gestion des banques privatisées. Dans le cadre de la propriété privée des banques, les décisions stratégiques sont prises en fonction des critères économiques et commerciaux et loin des interventions politiques et procréatiques existantes dans le cadre de la propriété publique des banques. Par conséquent, on peut noter que la privatisation bancaire rend les établissements bancaires plus efficaces et capables d’affronter la forte concurrence internationale. Cette efficacité apparaît importante surtout à la lumière de l’évolution majeure dans l’industrie des services financiers enregistrée dès les années quatre-vingt.

Lire le mémoire complet ==> (La privatisation du secteur bancaire : Etude comparative entre l’Egypte et la France)
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Université Du Droit Et De La Santé De LILLE 2 – Sciences Economiques et Sociales