Chianti Classico : espace géographique et culturel homogène

By 1 December 2012

3.2 Le terroir : une échelle d’étude de plus en plus pertinente pour appréhender le tourisme

Les travaux de recherches réalisées par le Centre d’études touristiques (Centro di Studi Turistici) de Florence permettent de penser que le Chianti Classico est reconnu comme un espace de projet touristique pertinent à un échelon supérieur. Cette association à but non lucratif composée d’acteurs publics (l’APT et la commune de Florence) et privés (le Consortium Firenze Albergo entre autres) et créée en 1975 pour développer des activités d’étude et de recherche sur les différentes problématiques du tourisme40, a en effet publié le rapport d’une enquête ayant été effectuée auprès des visiteurs des Chianti Senese et Fiorentino, l’enquête de satisfaction auprès des visiteurs du Chianti, évoquée précédemment. Cette étude avait pour objectif d’évaluer les désagréments ressentis par les touristes au cours de leur séjour afin de proposer dans un deuxième temps un programme d’amélioration de la qualité de l’offre sur l’ensemble du terroir. Un petit guide dédié à l’amélioration de la qualité des prestations touristiques a en outre été publié suite à ce travail de prospection, et distribué à l’ensemble des professionnels du tourisme en exercice dans les huit communes du Chianti. Ainsi, Barberino, Tavarnelle, San Casciano, Greve, Castellina, Gaiole, Radda in Chianti et Castelnuovo Berardenga sont reconnues comme étant constitutives d’une seule et même destination par les opérateurs chargés du développement touristique au niveau de la province de Florence. Les flux et les pratiques touristiques tout comme l’unité culturelle et socio-économique du terroir Chianti Classico semblent donc avoir amené les professionnels à dépasser les limites administratives pour redéfinir un espace d’étude et de projet cohérent. Et de fait, les programmes visant à améliorer la qualité de l’offre et de l’accueil concernent les deux aree Chiantigiane.

Ainsi, l’espace viticole situé entre Sienne et Florence s’impose de plus en plus comme un périmètre d’étude à adopter pour tout ce qui concerne le tourisme et les actions de développement touristique. Quatre éléments d’analyse militent en faveur de cette nouvelle approche qui consiste à appréhender le terroir comme un territoire touristique de projet: son homogénéité géographique et socioculturelle, le regard des visiteurs, le caractère structuré de l’offre autour de la thématique du vin, et le système de gouvernance existant.

Un espace géographique et culturel homogène

Le terroir Chianti Classico apparaît et est reconnu comme espace géographique et culturel unique. Il a été soumis aux mêmes évolutions sociales et économiques depuis plusieurs siècles, lesquelles ont façonné un paysage caractéristique. Les huit communes ont été marquées par le régime féodal, dont elles ont hérité des places fortifiées. Elles ont ensuite pris la fonction de campagne des républiques de Sienne et de Florence. Les bourgs, certaines églises, des monastères et des châteaux encore visible aujourd’hui ont été édifiés à cette époque. La période des Médicis a contribué au développement des vignobles sur leur territoire. Le système de la mezzadria est à l’origine du système de culture en terrasse, conservé ou restauré à certains endroits, et de la présence de fattorie, de châteaux et de poderi, qui constituent les principaux éléments bâtis du patrimoine viticole chiantigiano. Enfin, la fin de la mezzadria et la spécialisation viticole qui s’en est suivie ont accentué cette homogénéité paysagère. Les actions menées par le Consortium Chianti Classico pour protéger et promouvoir leur appellation ont en effet renforcé cette identité dans l’organisation de l’espace.

Cet ensemble géographique, composé de lieux relevant du patrimoine bâti et d’espaces agricoles, habité et exploité par une population rurale particulière, et doté d’une culture propre construite autour du vin, semble donc avoir les attributs d’un paysage culturel tel que défini par l’ICOMOS41. Le terroir viticole du Chianti Classico, parce qu’il prend les dimensions d’un patrimoine spatialisé, peut alors être perçu comme un attrait touristique en soi.

« [Le classement des vignobles au patrimoine mondial de l’UNESCO] une étape importante de reconnaissance des vignobles en tant que patrimoine. Alors qu’on s’attachait qu’au patrimoine bâti, il n’y a pas très longtemps, le naturel est entré dans cette catégorie patrimoniale qui comme les églises, qui relèvent du patrimoine architectural classique, vont faire valoir leur patrimoine historique. Aujourd’hui, le patrimoine paysager va faire valoir du tourisme et une destination à faire valoir en soi. Et lié au tourisme, l’idée qu’il y a toujours cette idée de durée et de séjours. Là effectivement, parce que c’est un paysage, il y a un itinéraire, je ne vais pas m’arrêter à un point fixe. Je vais faire une activité puis la décliner, je vais le faire à vélo, en montgolfière etc. Et un patrimoine en appelle un autre du coup et c’est vrai que c’est tout un territoire qui peut être reconnu comme un patrimoine parce qu’il est reconnu pour ses paysages, ses bâtiments, ses fêtes » (LIGNON-DARMAILLAC, Annexe E, entretien n°1).

Cette assimilation du Chianti Classico a un paysage culturel peut d’autant plus être opérée que la région Toscane reconnaît la dimension identitaire et patrimoniale de ce terroir. Dans le cadre du PIT, la collectivité territoriale élabore un Plan paysager (Piano Paesaggistico), en application du décret n°24 janvier 2004 relatif au Code des biens culturels et du paysage. Un document spécifique a été conçu pour le paysage du Chianti, « Ambito 32 Chianti», lequel concerne les huit communes des aree du Chianti. Le document précise les caractéristiques et les valeurs du paysage chiantigiano, tant géologiques, végétales, historiques qu’économiques, et présente les différents lieux dégradés qu’il convient de restaurer et de protéger. Il indique également quelles sont les missions assignées aux provinces et aux communes pour appliquer ce programme. Il est important de signaler que le paysage chiantigiano est étroitement associé au terroir Chianti Classico dans les documents de planification régionaux. Cela montre que l’espace viticole est clairement identifié comme un paysage viticole unique disposant de ressources naturelles, patrimoniales et agricole qui lui sont propres. Il concentre en lui-même suffisamment d’attrait et de sens pour drainer des touristes et les contribuer à leur « recréation » le temps de leur séjour42.

Un espace vécu comme une destination à part entière

En raison de sa cohésion paysagère, historique et culturelle, le terroir est devenu un lieu que l’on visite pour lui-même. La découverte du vin Chianti Classico et des paysages chiantigiano sont les motifs du déplacement et les thèmes qui fédèrent l’ensemble des pratiques qu’ils déploient durant leur séjour. Touristes et excursionnistes suivent ainsi plus ou moins consciemment la route du vin et de l’huile Chianti Classico. Ils visitent les huit centres médiévaux des communes du Chianti et s’arrêtent dans quelques villages emblématique du passé comme San Donato à Tavarnelle Val di Pesa ou San Gusme à Castelnuovo Berardenga. Ils se rendent dans des exploitations viticoles pour faire des dégustations ou acheter du vin. Dans le cadre de l’oenotourisme, le terroir est en effet perçu comme un périmètre de séjour plus pertinent. L’essentiel des activités sont pratiquées dans les limites de la zone de production parce que son patrimoine paysager et bâti, ainsi que ses habitants et les savoir-faire locaux donnent à comprendre le vin si renommé du Chianti Classico.

Un élément indique que les touristes identifient le terroir à une destination. Dans l’enquête de satisfaction auprès des touristes du Chianti, réalisée par le CDT en 2006, les critiques formulées par les visiteurs interrogés avaient principalement porté sur les lacunes du Chianti en matière d’aménagements touristiques : ils avaient insisté sur le fait que le terroir étaient mal desservi par les transports collectifs, sur l’absence d’itinéraires pour les promenades en vélo, la pauvreté de l’offre en activités sportives et l’indigence de la signalisation. Ces informations révèlent qu’il existe une véritable volonté de parcourir l’ensemble de l’espace viticole, et que le vin Chianti Classico et l’environnement qui lui est rattaché sont les attraits qui motivent leur déplacement. L’absence de services de transport et d’aménagements a donc entraîné un sentiment de frustration, ce qui montre que les visiteurs ont conscience de l’intérêt touristique du terroir dans son intégralité.

Lire le mémoire complet ==> (La mise en tourisme du patrimoine viticole : l’exemple du Chianti)
Mémoire professionnel présenté pour l’obtention du Diplôme de Paris 1 – Panthéon Sorbonne
Université de Paris 1 – Institut de Recherche et d’Etudes Supérieures Du Tourisme

___________________________________
42 Cf. note 13 p.37