Une évolution des représentations sociales du vieillissement

By 22 November 2012

2. Images sociétales du vieillissement

« Le jeunesse n’est qu’un mot » écrivait Pierre Bourdieu dans un article de 1974. L’âge est en effet une construction sociale dictée notamment par le poids des représentations sociales. Dans L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime31, P. Ariès met en évidence que « tout se passe comme si à chaque époque correspondait un âge privilégié et une périodisation particulière de la vie humaine : la jeunesse est l’âge privilégié du XVIIIème siècle, l’enfance du XIXème siècle, l’adolescence du XXème siècle ». Ainsi, avec l’évolution historique des sociétés, chaque période de vie est plus ou moins intégrée socialement. Alors qu’aujourd’hui le poids démographique de la population vieillissante s’intensifie, les représentations sociales face à la vieillesse ont-elles évoluées ? Le XXIème siècle devient-il l’âge d’apogée de la vieillesse ?

2.1. Une évolution des représentations sociales du vieillissement

2.1.1. Une image de la vieillesse « active »

L’image de la vieillesse a évoluée. Certains individus indiquent en effet une image de la vieillesse active. Cette image est étroitement liée au contexte scientifique de progrès médical, ainsi qu’au contexte d’augmentation de l’espérance de

vie. Ainsi, à la vieillesse est associée une image de l’individu actif, profitant de la vie :
« En même temps les gens vivent plus longtemps, je trouve qu’il y a maintenant une image des personnes âgées qui vivent à 100 à l’heure leur retraite avec plus de voyages.» (Pauline, F, 45 ans, assistante commerciale)

En parallèle à cette image de la vieillesse active, certains enquêtés considèrent que l’âge de la vieillesse même a reculé. L’avènement d’un vieillissement plus tardif peut alors mis en lien avec des pratiques d’entretien de soi et des pratiques préventives qui concernent une population de plus en plus jeune. Ces pratiques d’entretien résultent d’ailleurs en partie du poids des représentations sociales qui dictent les normes de beauté, et diffusent des messages de prévention face aux signes de vieillissement :

« Je pense que l’âge de la vieillesse a reculé. Même si à 50 ans les gens se disent j’ai quand-même 50 ans, le vieillissement vient plus tard. Il vient plus à 65-70 ans. Je vois ma cousine a 60 ans aujourd’hui, je ne la considère pas vieille. Aujourd’hui le vieillissement est plus tardif. » (Martine, F, 50 ans, chargée de mission formation)

2.1.2. Une meilleure intégration sociale du vieillissement

Cette image de la vieillesse active est tributaire d’une meilleure intégration sociale de la vieillesse. Tandis que la population du Baby boom arrive progressivement à l’âge de la vieillesse, son poids démographique fait de la vieillesse un sujet de société de plus en plus exprimé au sein de l’espace public. La société doit en effet s’adapter au vieillissement de la population notamment par l’adaptation des structures et services. L’expérience du vieillissement constituant un rapport dialectique entre le regard d’autrui et l’estime de soi, une valorisation de l’image de la vieillesse au sein de la société participe alors à un meilleur vécu du vieillissement :

« Je trouve qu’actuellement les personnes du 3ème âge sont mises en valeur. Il y a des résidences pour personnes âgées avec des animations, tout un cadre de vie pour les retraités. A la publicité, on voit des personnes qui ont une mine superbe et ça met en valeur le vieillissement. Mais actuellement, l’espérance de vie augmente, donc c’est vrai que dans quelques années on va avoir des personnes de plus en plus âgées. Je pense qu’on parle beaucoup des personnes âgées parce qu’il va falloir des structures adaptées. Je connais même des diplômes d’esthéticiennes pour personnes âgées. Dans les hôpitaux et les maisons de retraite il y a des postes d’esthéticiennes. Je trouve qu’on s’intéresse plus aux personnes âgées, ou du moins à leur vieillissement. » (Marie, F, 49 ans, pharmacienne)

Cette meilleure intégration sociale de la vieillesse s’exalte également à travers un rapprochement social entre générations. La dichotomie entre jeunesse et vieillesse est alors désenclavée au profit de relations intergénérationnelles facilitées. Celles-ci émanent notamment d’un effort des politiques publiques. Ainsi en 2002 lors du Plan d’action international sur le vieillissement adopté à Madrid, les Nations Unies ont réaffirmé l’importance de l’intégration des personnes âgées dans les processus décisionnels. Par ailleurs, la canicule de l’été 2003 en France a amené un élan de solidarité intergénérationnelle, amenant un rapprochement entre les générations. Ce rapprochement résulte ainsi de décisions déclenchées par des évènements tels que la canicule ou encore l’accroissement de la population vieillissante :

« Il y a aussi le rapprochement des tous jeunes avec les plus vieux. Les maternelles par exemple qui vont dans les foyers de personnes âgées, ça apporte beaucoup. Ou alors des jeunes qui vont apprendre de personnes âgées. Il y a des enfants qui ne connaissent même pas ce que c’est un grands-parents. Il y a un rapprochement intergénérationnel, mais entre les touts- petits et les personnes d’un certain âge.» (Anne, F, 58 ans, institutrice en préretraite)

Finalement, les personnes âgées sont perçues comme des individus qui ne sont pas mises de côté. Bien qu’elles soient aux frontières de la vie, elles sont néanmoins un pilier central de la vie familiale et sociale. Leur expérience de la vie est perçue comme un enrichissement :

« Les personnes qui vieillissent ont une pierre à apporter à l’édifice. Aussi bien au niveau de la cohésion de la cellule familiale, que ne serait-ce que dans l’équilibre de la vie en société. On les rencontre dans toutes sortes de rencontres familiales, dans les associations, dans les vies locales. On les met à l’honneur quand il y a de fêtes militaires ou l’armistice. Je pense que il faut qu’on dise que c’est des gens qui sont passés au travers de plein d’aléas dans la vie. Ils en sont arrivés à l’âge qu’ils en ont, ils ont passé des épreuves, des étapes difficiles, des moments moins difficiles. Et pour eux, il y a des leçons de sagesse à s’entendre écouter de leur part, et des sujets à débattre avec eux qui intéressent tout le monde. Ca peut être source pour chacun d’en tirer un enseignement dans sa vie future à mener. » (Laurent, H, 54 ans, capitaine de police)

Lire le mémoire complet ==> (Les 45-60 ans : âges de transition)
Master 2, Magistère de sciences sociales appliquées à l’interculturel
Université Paris Descartes, Faculté des Sciences Humaines et Sociales Sorbonne

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30 TRAVAILLOT, Y., Sociologie des pratiques d’entretien du corps, Paris, PUF, Collection Pratiques corporelles, 1998
31 ARIES, P., L’enfant et la vie familiale sou l’Ancien Régime, Paris, Seuil, 1973