Souci de la santé, Stratégies face aux signes de vieillissements

By 18 November 2012

2.4. Le souci de la santé

2.4.1. Une plus grande préoccupation face à la santé

La santé est étroitement associée au vieillissement, puisque ce dernier constitue un processus de déclin ou de ralentissement des fonctions physiologiques et des facultés mentales au fil du temps. Face à l’arrivée des premiers signes de vieillissement, la santé est un élément préoccupant. L’apparition de symptômes amène certains à consulter davantage le médecin plutôt que de pratiquer l’automédication :

« Je consulte plus souvent le médecin parce que on y va dès qu’on a un truc, un petit rhume, plus qu’étant jeune. Etant jeune on un petit rhume on prend un cachet soi-même, et là on a un rhume, on prend un cachet et si ça se passe pas on préfère aller voir le médecin. » (Carole, F, 52 ans, mère au foyer)

Si prendre soin de sa santé peut passer par un suivi médical, la préoccupation de santé de certains individus se manifeste à travers une hygiène de vie. Celle-ci passe d’une part par une alimentation saine, adaptée aux effets du vieillissement. D’autre part, cette hygiène de vie passe par des pratiques raisonnables. Il s’agit de ne pas faire d’efforts trop intensifs afin de limiter les risques d’avoir des problèmes de santé. Cependant, l’adoption d’une hygiène de vie n’est pas un phénomène inhérent aux discours des professionnels de la santé face au vieillissement. En effet, comme le montre

Georges Vigarello dans Histoire des pratiques de santé. Le sain et le malsain depuis le Moyen Age23, les pratiques visant à préserver la santé ont toujours existé. Les repères sont d’ailleurs restés les mêmes puisque la volonté d’épurement traverse le temps.

« Je suis quand même soucieux de ma santé, parce que je fais attention à mon alimentation. On sait que statistiquement on va plus avoir des problèmes au fur et à mesure de l’évolution de l’âge. Plus on avance en âge plus on risque d’avoir des problèmes. Donc je fais attention à mon alimentation, à ne pas faire d’efforts physiques qui soient inappropriés à mon entraînement. Donc je fais attention quand-même, je suis raisonnable. » (Jacques, H, 51 ans, anesthésiste)

Cependant, la santé est devenue un bien de consommation. La presse et les produits de santé foisonnent. L’individu est à la fois plus soucieux de sa santé de par un environnement qui influe sur sa consommation en biens de santé. Il est aussi plus informé sur les pratiques de santé. Ainsi, certains pratiquent l’automédication. D’autres encore ont acquis les connaissances permettant de diagnostiquer leurs éventuels problèmes de santé :
« Je suis soucieuse de ma santé, mais j’en fais pas une montagne. De toutes façons je sais que j’ai de l’hypertension, je sais en reconnaître les symptômes. L’autre jour j’ai pris ma tension moi-même, j’ai vu que ça montait pendant 3 jours, donc je suis allée voir le médecin parce que il fallait augmenter la dose, remettre le dosage d’avant. » (Suzanne, F, 59 ans, assistante maternelle)

L’avancée en âge engendre donc un plus grand souci pour la santé. Cependant, ce souci ne prend pas un « caractère obsessionnel ». Se soucier de la santé apparaît alors naturel avec l’avancée en âge :

« Je suis soucieux de la santé, mais pas excessivement je trouve. Je fais attention à ce que je mange, je fais du sport, je fais chez le médecin quand il faut. Je prends soin de moi beaucoup plus qu’avant. Mais ça ne prend pas de caractère obsessionnel ou inquiet. » (Rémi, H, 54 ans, psychiatre)

2.4.2. Une volonté de maîtriser la santé

Bien que la santé soit un domaine de préoccupation avec l’avancée en âge, cette préoccupation ne se caractérise pas par une modification des comportements de santé. Certains enquêtés ont maintenu une qualité de vie saine tout au long de leur vie, de par les normes et valeurs qui leur ont été inculquées. Le maintien d’une vie saine et équilibrée n’encourage pas les individus à modifier leurs pratiques de santé. Maîtriser cette dernière à travers un équilibre de vie à tout âge illustre donc la bienveillance de l’homme à maîtriser sa vie :
« Nous on nous enseignait qu’il fallait avoir une vie saine. J’ai une vie équilibrée, une vie saine avec ma petite routine. Donc ça se fait de soi-même, j’y pense pas. Comme j’ai une vie banale, je ne sors pas tous les jours jusqu’à 4h du matin. Donc ça va de soi. […]J’ai une espèce de conviction, je pense qu’on est vieux comme on a été jeune. » (Claudine, F, 60 ans, médiatrice familiale)

Avec l’avancée en âge, les comportements de santé évoluent. Mais pour certains, cette évolution a un caractère obligatoire et externe à la volonté individuelle. En effet, l’individu se voit octroyer des obligations médicales comme la consultation régulière d’une gynécologue afin de passer des mammographies. En dépit de ces obligations médicales, certains enquêtés ne déclarent pas être soucieux de leur santé. De quoi relève donc cette insouciance ? Ne pas se soucier de la santé comme à travers une consultation plus fréquente du médecin donne à l’individu le sentiment de maîtriser les effets du vieillissement. En analysant ce comportement d’un point de vue de la sociologie de l’organisation, l’individu vieillissant est au cœur d’un système où le médecin détient l’information médicale face à l’enjeu de la vie. Le médecin maîtrise donc une zone d’incertitude24 qui est la mort. En ayant les connaissances médicales, il a alors du pouvoir. La désinformation de l’individu sur sa propre santé implique donc un sentiment de pouvoir et d’autonomie de l’individu.

Certains enquêtés alors « ne préfèrent pas » se soucier de leur santé afin de préserver leur sentiment d’autonomie :
« Je ne suis pas soucieuse de ma santé. Je ne préfère pas. Pour l’instant je n’y pense pas, ça ne m’intéresse pas. Je vais quand même chez le gynéco, je fais des mammographies parce qu’ils m’envoient des papiers tous les deux ans, mais c’est tout. » (Françoise, F, 55 ans, manutentionnaire en intérim)

En définitive, avec l’avancée en âge une volonté grandissante de maîtriser sa santé s’installe. Celle-ci s’exprime à travers une hygiène de vie intégrée au mode de vie, soit par un comportement d’insouciance apportant l’illusion de maîtriser sa santé. Si l’individu développe des stratégies d’adaptation face aux premiers signes de vieillissement, il est néanmoins conscient que le vieillissement est inéluctable. Une dernière stratégie d’adaptation est alors d’accepter le processus de vieillissement.

Lire le mémoire complet ==> (Les 45-60 ans : âges de transition)
Master 2, Magistère de sciences sociales appliquées à l’interculturel
Université Paris Descartes, Faculté des Sciences Humaines et Sociales Sorbonne

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23 VIGARELLO, G., Histoire des pratiques de santé. Le sain et le malsain depuis le Moyen Age, Paris, Points, 1999
24 Concept sociologique développé par M. Crozier et E. Friedberg dans L’acteur et le système : les contraintes de l’action collective, Paris, Seuil, 1977