Qu’est-ce que le vieillissement ?

By 18 November 2012

Représentations face au vieillissement – Partie III :

L’étude des représentations sociales est une forme de connaissance du sens commun. Mais les représentations sont aussi mobilisées pour construire le sens de l’expérience vécue. La population enquêtée est à un âge de transition, entre l’âge adulte et la vieillesse. Le sentiment de vieillissement n’est donc pas encore arrivé à maturité. Ainsi dans le vécu du vieillissement, les représentations sociales concourent à former ce sentiment.

1. Qu’est-ce que le vieillissement ?

Quand commence le vieillissement ? Dans Anthropologie du corps et modernité, D. Le Breton met en avant une dimension imperceptible du vieillissement. Parce que « l’image du corps se remodèle sans cesse, retraduit fidèlement ce dont le sujet est physiquement apte à accomplir, accompagne les remaniements physiologiques dont il est l’objet, le sujet n’a pas l’impression de vieillir »26. Cependant, le vieillissement n’est pas si transparent. Il est identifié par les individus au travers des signes de vieillissement. Ces signes peuvent être de l’ordre d’une constatation de changements physiologiques. Mais le vieillissement est également un sentiment. Interroger les éléments déclencheurs de ce processus en prenant en compte tant les données objectives que subjectives, permet ainsi de cerner ce qui éveille le sentiment de vieillissement.

1.1. Eléments déclencheurs du vieillissement

1.1.1. Des petits signes physiques

Le vieillissement commence par des petits signes. Ces signes distinctifs sont multiples. Pour certains, l’arrivée des rides ou encore des cheveux blancs marque le commencement du vieillissement. Des changements dans l’apparence véhiculent donc le sentiment de vieillissement.

« C’est des petits signes. Les rides, la peau qui se détend. » (Pauline, F, 45 ans, assistante commerciale)

Pour d’autres, le vieillissement commence dès lors que des problèmes de santé font leur apparition. L’altération de la vue et le port de lunettes caractérisent d’ailleurs pour certains le passage d’un cap :
« Le vieillissement commence quand on perd la santé. » (Martine, F, 50 ans, chargée de mission formation)

1.1.2. La perte des parents

Pour certains individus, la perte de leurs parents a constitué un élément déclencheur du sentiment de vieillissement. Cette expérience constitue un rite de passage du vieillissement. Dans La maturesence27, M. Gognalons-Nicolet approfondit ce phénomène. Son étude montre notamment que « les expériences du mourir des proches » signent la confrontation à la souffrance, à l’impuissance de l’action individuelle, à la destruction en marche du corps. La perte des proches est donc une étape qui amène l’individu à prendre conscience de la mort comme fin inévitable. Par ailleurs, la perte des parents assigne à l’individu la place d’aîné de la famille. Dans la lignée familiale l’individu devient alors le dernier, le plus vieux. La perte des parents a donc une forte valeur symbolique dans le sentiment de vieillissement :

« C’est vrai que les 50 ans je ne pensais pas que ça m’aurait fait ça . C’est vrai qu’il y a des jours je me dis je m’attendais pas à ça. On me l’avait dit mais je me disais c’est ridicule, tant qu’on est en bonne santé. 50 ça a été, et 51, je sais pas. C’est peut-être parce qu’il y a eu beaucoup de pertes dans la famille que ça doit me faire ça. Avant il n’y avait pas de décés donc on ne pense pas à la vieillesse. Et là avec le décès des parents on se dit après c’est nous. C’est pas de vieillir mais c’est de voir disparaître les gens autour de soi. On se dit ils s’en vont, après c’est nous. Ca ne me faisait pas ça avant quand j’avais mes parents. » (Carole, F, 52 ans, mère au foyer)

1.1.3. Le suivi médical recommandé

Le suivi médical recommandé participe à la naissance du sentiment de vieillissement. A partir d’un certain âge les programmes de santé nationaux incitent les individus vieillissants à consulter davantage le médecin. Il s’agit d’un acte préventif des potentiels problèmes de santé qui surviennent avec le vieillissement. Le suivi médical est recommandé, mais il prend pour certains un caractère obligatoire comme c’est le cas pour la mammographie chez les femmes. Le suivi médical recommandé assigne donc à l’individu le passage dans une période de vieillissement :

« Pour moi ça a été entre 45 et 50 ans, mais plus 50 ans. C’est une question de santé, à partir de 50 ans t’as mal c’est normal. Et puis les docteurs nous surveillent, nous font plus d’examens à 50 ans qu’à 30 ans. Le gynécologue, les mammographies. C’est vrai qu’à 50 ans il y a de plus en plus de surveillance médicale. Ca vient de nous-même, il y en a qui le font d’eux-même, mais moi à chaque fois c’est les docteurs. Tous les deux ans il faut passer une mammographie. A chaque fois je me dis encore, et les médecins me disent bah oui, vous avez 50 ans. En fin de compte on ne se rend pas compte qu’on a 50 ans, c’est le suivi médical qui nous fait dire qu’on a 50 ans. » (Carole, F, 52 ans, mère au foyer)

Certains individus parlent d’un âge comme période déclencheur du sentiment de vieillissement. Le suivi médical recommandé assigne également un âge où les problèmes de santé peuvent survenir. Mais y-a-t-il réellement un âge prédéfini où tout commence ? Le vieillissement n’a pas d’âge. Ce sont avant tout les ruptures comme les signes physiques de vieillissement, la perte des parents ou encore le suivi médical recommandé, qui déclenchent le sentiment de vieillissement.

Lire le mémoire complet ==> (Les 45-60 ans : âges de transition)
Master 2, Magistère de sciences sociales appliquées à l’interculturel
Université Paris Descartes, Faculté des Sciences Humaines et Sociales Sorbonne

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26 LE BRETON, D., Anthropologie du corps et modernité, Chapitre 7, Paris, PUF, 1992
27 GOGNALONS-NICOLET, M., La maturescence : les 40-65 ans, âges critiques, Lausanne, Ed. Favre, 1989, pp57