Quel avenir pour les 45-60 ans ? L’avancée en âge

By 25 November 2012

4. Quel avenir pour les 45-60 ans ?

La population enquêtée est dans une tranche d’âge où l’avenir se restreint de par de par une perspective temporelle qui se réduit. Mais l’approche future de la retraite ouvre une période de vie où l’individu est libéré des contraintes du travail. L’avenir est donc à la fois restreint par le temps mais ouvert par un temps libre plus abondant. Face à ce double rapport au temps comment l’individu envisage-t-il son avenir ?

4.1. Des perspectives d’avenir intégrées dans un nouveau rapport au temps

4.1.1. Un avenir actif dans la continuité

Certains enquêtés envisagent leur avenir dans une perspective de continuité. Cette continuité est celle du maintien d’une vie sociale dense. C’est aussi conserver une qualité de vie permettant de maintenir un niveau d’activité marqué notamment par les loisirs. A l’approche de la retraite l’individu ne conçoit donc pas un mode de vie nouveau. Les repères de la vie quotidienne sont d’une part rassurants. D’autre part, la volonté de maintenir une qualité de vie comme celle acquise aujourd’hui reflète un sentiment de bien-être que l’individu souhaite conserver. La retraite est donc envisagée comme un continuum par rapport à la vie active :
« Je veux garder une ouverture intellectuelle, pouvoir avoir des contacts sociaux, faire des choses intéressantes, ne pas être repliée dans une routine. Je ne veux pas vivre entre mes quatre murs, ma télé, mes courses. J’ai envie de continuer l’université, l’opéra, le théâtre, faire des activités. J’ai des perspectives dans la continuité en fait. Je ne veux pas de rupture. Il y en a qui disent à partir de la retraite je veux faire cela. Mais moi je souhaite une continuité, pas des trucs nouveaux ni de rupture. » (Claudine, F, 60 ans, médiatrice familiale)

Ce désir de continuité de vie implique peu de projections d’avenir. Certains n’ont alors pas de projets bien définis. Mais à l’approche de la retraite, d’autres envisagent l’avenir au travers de projets. Ces projets sont pour certains encore flous. Ils englobent une perspective de profiter de la vie et du temps restant en explorant les facettes du monde qui n’ont pas encore pu être visitées. Certains expriment alors ce désir à travers des projets de voyage tandis que d’autres ont des projets concernant des activités bien définies qu’ils n’ont pas encore eu le temps de pratiquer. Le temps de la retraite est donc envisagé comme un temps actif, mais à travers de nouvelles activités :

« Je veux faire tout ce que j’ai pas eu le temps de faire. J’aimerais faire de la calligraphie, je voudrais apprendre à faire du crochet, aller sur l’ordinateur. J’aimerais faire plein de choses en fait. C’est vrai que demain si j’arrête de travailler, j’ai plein de choses que je veux apprendre, que je n’ai pas eu le tem ps de faire. C’est des trucs qui sont là, qui sont en projet quand j’aurai le temps, donc quand je serai à la retraite. » (Suzanne, F, 59 ans, assistante maternelle)

D’autres enquêtés envisagent l’avenir par des changements comme par un déménagement. Cependant cette ambition n’est pas mise en action. Elle s’interpose face au poids des habitudes de vie. Solidement établies du fait de l’avancée en âge, celles-ci constituent alors un frein au changement :
« On voudrait bien changer de maison, et puis il y a des jours où on se dit qu’on est bien là. On veut faire des petits changements. Il y a des jours on a envie de changer de voiture, de changer de maison. On en parle, et puis de la faire, on se dit on a le temps. Il n’y a rien qui nous précipite. Mais c’est peut-être un tord, on devrait peut-être changer tout de suite de maison. Comme on n’est pas mal là, on ne change rien vite. Il n’y a rien qui nous presse, donc il n’y a pas de projets qu’on a envie de faire tout de suite. » (Carole, F, 52 ans, mère au foyer)

4.1.2. Des perspectives d’avenir à court terme

Face à une perspective temporelle qui se raccourcit et une volonté de vivre pleinement le temps présent, certains individus considèrent qu’il est trop tard pour faire des projets. L’âge de la jeunesse et de la vie adulte est en effet une période de vie propice aux projets car l’individu est face à un avenir temporellement ouvert, il est aussi dans une période forte de construction de sa vie. Au fur et à mesure de l’avancée en âge, l’individu réalise ses projets. Il est également face à un avenir qui se restreint. Le temps des projets de long terme est donc derrière car le temps ne permet plus de planifier. Il s’agit alors de vivre davantage au jour le jour :

« Nous on a besoin de vivre au jour le jour. Des projets c’était bon quand on avait 20 ou 30 ans. Maintenant ils sont derrières nous. On a besoin de faire vivre les souvenirs qu’on en a. (Laurent, H, 54 ans, capitaine de police)

Le nouveau rapport qu’entretient l’individu avec le temps se traduit par une vie davantage basée sur le quotidien. L’individu agit alors non pas en regardant l’avenir, mais par rapport au présent. En vivant pleinement la réalité de la vie quotidienne il profite alors en profondeur de la vie présente. Ce nouveau rapport au temps est également du ressort d’une peur de la maladie. L’arrive des premiers signes de vieillissement sont en effet un rappel à l’ordre que l’état de bonne santé est précaire. La vie pouvant ainsi être ébranlée, l’individu s’attache à vivre pleinement l’instant présent car l’avenir reste incertain :
« Le signe de vieillissement c’est qu’on a envie de vivre plus au quotidien, plus intensément. Alors qu’avant on faisait des projets étalés sur des mois, voire des années. Maintenant, le quotidien devient plus important parce que le temps est plus compté. C’est plus la notion de temps. On s’aperçoit qu’on vieillit parce que on a moins le temps. Donc il faut profiter beaucoup plus de la vie. » (Jean, H, 58 ans, professeur de sport)

Néanmoins, vivre davantage au quotidien n’est pas incompatible avec le souci de l’avenir. Certains enquêtés considèrent en effet que la vieillesse ne doit pas s’accompagner d’une vie sans souci du lendemain. Ce sont au contraire les projets qui permettent de résister à une vieillesse triste et isolée de la vie sociale. Les projets sont donc toujours présents bien plus que jamais, d’autant plus que l’arrivée de la retraite permet d’ouvrir des perspectives d’avenir de par un temps de loisirs bien plus accru. Les projets sont donc toujours d’actualité, ils sont simplement de l’ordre du court terme :
« Quand on a l’âge qu’on a, c’est pas qu’on soit vieux, mais il faut toujours apporter un peu de choses éclatantes. Parce que si on vieillit sans voir le lendemain sans avoir à se soucier à ce qu’on a envie de faire, ça ne fait pas partie de ma façon d’être. » (Laurent, H, 54 ans, capitaine de police)

4.1.3. Un avenir tourné vers la jeune génération : solidarité familiale et transmission

Malgré les transformations de la famille qui se décompose, malgré une mobilité accrue qui accroît la distance géographique en parents et enfants, la famille garde une fonction de solidarité. Ainsi certains enquêtés considèrent que dès lors qu’ils ont maintenant acquis un niveau de vie confortable, il convient d’en faire profiter aux enfants plutôt que de s’octroyer des plaisirs matériels personnels. D’autres ont pour perspectives d’avenir d’aider leurs enfants et de s’occuper de leurs petits-enfants. Un enquêté projette également de déménager afin de se rapprocher géographiquement de ses enfants. Pour les individus parents, l’avenir de soi n’est plus à construire, mais c’est l’avenir des enfants qui devient important. Ainsi avec l’avancée en âge, on assiste à un transfert des perspectives d’avenir sur les enfants :
« Mes perspectives d’avenir c’est aider mes enfants à s’occuper de leurs enfants. Vu leur métier, on se partage la tâche. Donc mes perspectives d’avenir c’est donner un coup de main à mes enfants parce qu’ils sont intermittents du spectacle, que c’est pas facile, il y a des hauts et des bas. Ca m’a tellement perturbé d’avoir une petite fille, ce phénomène de transmission, je me dis j’ai fait tout ça, mon fils il donne la vie et il repart pour autant. » (Sophie, F, 60 ans, nurse)

Face à un avenir précaire de par les problèmes de santé potentiels qui peuvent faire basculer la vie de l’individu, certains enquêtés n’envisagent pas d’être éloignés de leurs enfants. L’anticipation des problèmes de santé met ainsi en exergue la solidarité familiale, notamment l’aide précieuse des enfants en cas de problèmes de mobilité. L’avenir est donc fortement marqué par la présence d’une solidarité familiale tant de parents vers enfants que des enfants vers les parents :

« Je ne pars pas dans le sud à cause de mes enfants. C’est quand-même un truc auquel tu penses, tu n’es pas dans une période où tu vas aller mieux. Tu vas quand-même avoir des rhumatismes, des trucs qui vont t’empêcher de te mouvoir. Tu te dis si je suis toute seule, c’est chiant. Donc qu’on le veuille ou non, la vie c’est la famille. Moi je suis là parce que j’ai des enfants. Mais je pense que si je n’avais pas eu d’enfants je ne serais pas à Paris. » (Sophie, F, 60 ans, nurse)

L’avenir est également envisagé dans un perspective de transmission intergénérationnelle. L’expérience et le vécu avec l’avancée en âge permettent à l’individu d’acquérir un regard critique sur la société. En parallèle à cette prise de recul sur la vie, l’individu met en exergue des valeurs fondamentales qui sont pour lui intemporelles. Pour l’individu vieillissant, la société a changé de visage tant au niveau des valeurs que de la réalité de la vie quotidienne. Cette réalité peut être source de difficultés pour l’enfant. Bien que les enfants aient quitté le nid, le parent maintient son rôle d’éducateur car il s’assigne la tâche de transmission des valeurs. Ce rôle d’éducateur est d’ailleurs avec l’avancée en âge renforcé par le vécu et la prise de recul sur la vie qui consolide ses valeurs fondamentales. Ainsi à l’approche de l’âge de la vieillesse, un sentiment de sagesse et une bienveillance, envers les enfants porteurs l’avenir de la famille, engagent une volonté de transmettre les valeurs fondamentales. On retrouve alors à nouveau cette volonté de retour à l’essentiel :
« Mes perspectives d’avenir c’est armer mon gamin, et transmettre surtout. Il faut bien faire comprendre le rapport avec l’argent dans la société, avec les autres, et bien donner les valeurs de base. Pour moi ça c’est l’avenir, bien armer les jeunes pour qu’ils puissent s’adapter, qu’ils puissent réagir en fonction des difficultés futures. J’ai le temps de m’en occuper et j’essaierai de lui transmettre le plus possible de mon expérience sur les valeurs de base essentielles pour qu’il soit armé dans la vie. […] J’ai été privilégié toute ma vie alors il faut que j’arme les enfants, et celui-là en particulier. Il sera beaucoup plus formé par rapport à tout le recul que je peux avoir sur la vie et l’expérience. Je crois que c’est nécessaire. » (Jean, H, 58 ans, professeur de sport)

Le regard posé sur l’avenir par les enquêtés est un regard tourné vers la jeunesse. Certains considèrent en effet qu’ils ont fait leur temps et qu’« il faut laisser la place aux jeunes». Tout au long de sa vie, l’individu construit son identité et sa vie sociale. Pendant l’âge adulte particulièrement, il est au centre de ses préoccupations de par ses ambitions professionnelles et familiales. C’est le temps de la réalisation de soi. L’avancée en âge amorce cependant le passage d’un comportement égocentrique à un comportement altruiste. Une vie sociale maintenant construite et bien établie recentre les enfants au cœur des préoccupations.

Lire le mémoire complet ==> (Les 45-60 ans : âges de transition)
Master 2, Magistère de sciences sociales appliquées à l’interculturel
Université Paris Descartes, Faculté des Sciences Humaines et Sociales Sorbonne