Pourquoi le Québec a-t-il un taux d’obésité juvénile inférieur qu’ailleurs au Canada?

By 2 November 2012

RÉSULTATS – Chapitre VIII

8.5 Interprétation des résultats pour les 6 à 11 ans

Pour les 6 à 11 ans, nous remarquons que le fait d’habiter en Colombie-Britannique a un impact significatif négatif (niveau de significativité de 1 %) sur l’obésité. Il semble que si l’on fait l’exception du Québec, il y a une corrélation où l’IMC suit une courbe décroissante en partant de l’est et en allant vers l’ouest canadien. En effet, c’est dans les maritimes où le niveau d’IMC moyen est le plus élevé, bien que ce résultat ne soit pas significatif. On remarque aussi que les enfants de 9 à 11 ans sont moins obèses en moyenne (niveau de significativité de 1 %) que ceux de 6 à 8 ans. Bien que cela puisse paraître bizarre, car nous serions portés à penser que l’obésité s’installe progressivement en vieillissant, ceci peut s’expliquer par divers facteurs. Premièrement, comme on peut le voir à l’Annexe A, l’obésité a été calculée avec la méthode de Cole spécifique aux 2 à 17 ans, donc pas avec la même manière uniforme que chez les adultes. Deuxièmement, particulièrement chez les grands enfants, le gras se brûle moins rapidement avant que le processus de puberté ne s’enclenche que pendant et après que ce processus ne se soit enclenché, ce qui explique ce résultat. Nous constatons également que les enfants d’une autre origine ethnique que blanche sont davantage obèses en moyenne que les enfants blancs (10 %).

En ce qui concerne les habitudes de vie, nous trouvons que le nombre d’heures par jour d’activités sédentaires a un impact très important et positif sur l’obésité (1 %). En revanche, bien que la pratique d’activité physique ait un impact négatif sur l’obésité, son influence n’est pas significative. Le niveau de sédentarité semble donc être plus néfaste sur le tour de taille. La grandeur de l’enfant a également un impact significatif et positif sur l’obésité (1 %). Ceci est vrai pour les enfants de 6 à 11 ans, mais ce n’est plus le cas de 12 à 17 ans. Avec l’âge, la grandeur a moins d’impact sur l’obésité. Ces résultats confirment la littérature scientifique.

Les enfants qui n’habitent pas chez leurs parents (variable other3) sont également plus à risque d’être obèses. On observe aussi que les enfants bilingues sont moins obèses (10 %) que les enfants qui ne maîtrisent qu’une seule langue. De plus, il semble que plus la taille du ménage est grande et plus le niveau d’IMC diminuera en conséquence, bien que cela ne soit pas significatif. Finalement, les enfants dont la principale source de revenu familial est l’aide sociale ou l’assurance chômage étaient également plus obèses (10 %).

8.6 Interprétation des résultats pour les 12 à 17 ans

Pour les 12 à 17 ans, tout comme la littérature économique l’affirmait, nous remarquons que la prévalence de l’obésité est nettement moins forte au Québec que dans le reste du Canada (taux de significativité de 5 %). En effet, le Québec est la province canadienne où le taux d’obésité est le plus bas. En revanche, l’obésité semble plus répandue dans les maritimes qu’ailleurs au pays. De plus, les femmes sont beaucoup moins obèses en moyenne que les hommes, à l’intérieur de ce groupe d’âge (1 %), ce qui confirme la littérature scientifique. Nous constatons aussi que la prévalence de l’obésité est un peu moins forte chez les jeunes de 14 à 17 ans que chez ceux de 12 à 13 ans (10 %). Ceci peut s’expliquer en parti pour les mêmes raisons données pour les 6 à 11 ans.

Maintenant, observons ce que nous disent les variables socio-économiques. En ce qui concerne l’éducation, lorsque nous comparons par rapport aux ménages où le plus haut niveau d’éducation est un diplôme d’études postsecondaires, nous remarquons que les ménages où le plus haut niveau d’éducation est soit un diplôme d’études secondaires ou un diplôme d’études postsecondaires partiel sont plus obèses en moyenne (5 %) en comparaison. [Il est surprenant de constater que les ménages où personne n’a obtenu de diplômes d’études secondaires ne sont pas significativement plus obèses.] Maintenant, analysons les effets du revenu du ménage sur l’obésité. Lorsque nous comparons avec le niveau de revenu «moyhautrevenu» qui est celui qui regroupe le plus de personnes, nous constatons que ceux qui ont un «basrevenu» ou un «haut revenu» sont significativement moins obèses (1 %). Ces deux sous-groupes représentent les deux extrêmes de la pyramide. En revanche, l’obésité semble être concentrée dans la classe moyenne de la population (les 3 autres sous-groupes) et particulièrement dans la classe moyenne inférieure. Nous croyons que la raison expliquant pourquoi il n’y a pas prévalence d’obésité dans la strate inférieure de revenu serait parce que le niveau de revenu annuel y est de moins de 10 000$, pour un ménage comptant de 1 à 4 personnes. Ce niveau de revenu est extrêmement bas et assure à peine de quoi se loger et se nourrir. Cette situation est encore plus critique pour une famille avec enfant. Donc à ce niveau, il est probable que l’enfant souffre de malnutrition ce qui explique pourquoi les enfants de ces milieux défavorisés ne sont pas obèses. En revanche, les enfants provenant de la classe moyenne inférieure sont sujets à un autre problème. Ceux-ci ne souffrent pas de malnutrition, mais étant donné le budget limité de leurs parents, ils doivent souvent s’en remettre à des aliments moins dispendieux, mais également plus gras. En effet, pour nourrir leur famille, comme on peut le voir dans le chapitre 3 de ce texte, certains sacrifices dans le choix des aliments s’imposent et ceux-ci ne sont pas les plus nutritifs ou les meilleurs pour la ligne.

Le fait d’être d’une autre origine ethnique que blanche semble être corrélé positivement avec l’obésité, mais pas de façon significative. En revanche, le fait d’être un immigrant a une influence négative sur l’obésité. Nous remarquons que plus l’immigration est récente et plus le niveau de prévalence de l’obésité diminuera en conséquence. En effet, les immigrants qui étaient installés au Canada depuis 9 ans ou moins étaient beaucoup moins obèses en moyenne (1 %) que les citoyens canadiens de naissance. Les jeunes qui avaient immigré au Canada il y a 10 ans ou plus étaient également moins obèses que les citoyens d’origine, mais à un taux moins significatif (5 %). Ceci pourrait être dû au fait que ces immigrants nouvellement installés gardent lors de leurs premières années au Canada les habitudes alimentaires de leur pays d’origine qui sont souvent plus saines. En revanche, avec les années, ils sont de plus en plus influencés par le mode de vie occidental qui peut leur être particulièrement néfaste.

Nous constatons aussi que le nombre de personnes dans le ménage a un impact sur l’obésité. Il semble que plus il y a de personnes à l’intérieur de celui-ci et moins les jeunes le constituant vont être obèses. Cela devient significatif pour les ménages qui comptent 5 personnes ou plus (10 %). De plus, les jeunes qui ne sont pas étudiants sont également moins obèses (5 %). Ce dernier déterminant bien qu’inattendu pourrait s’expliquer par deux études (Currie et al., 2009) et (Tremblay et Chaput, 2008). La première explique que les étudiants seraient davantage atteints par l’obésité lors de leurs années d’étude à cause de la proximité des restaurants de fast-food des écoles. La deuxième nous dit que le fait d’étudier est une activité sédentaire, mais également un agent stressant. Autrement dit, après un effort intellectuel intense on serait porté à manger davantage que lorsqu’on n’est au repos, ce qui résulterait en un gain de poids. Un individu serait également amené à manger davantage après une activité physique, mais l’effort intellectuel en revanche ne ferait pas brûler les calories.

Maintenant, observons l’effet des habitudes de vie. On remarque que les jeunes qui passent 40 heures ou plus par semaine à faire des activités sédentaires étaient beaucoup plus obèses en moyenne que les autres (1 %). Inversement, mes résultats démontrent que la dépense énergétique quotidienne moyenne durant les activités physiques faites lors des périodes de loisir a un fort impact à la baisse sur l’obésité (1 %). Ceci concorde avec la littérature scientifique qui affirme que la pratique d’activité physique régulière et le fait de réduire les activités sédentaires, font diminuer la probabilité d’être obèse.

En ce qui concerne la fréquence de la consommation d’alcool, nous arrivons à des résultats surprenants. Les jeunes qui consomment de l’alcool, dans une fréquence inférieure à une fois par semaine, mais supérieure à une fois par mois sont moins obèses que ceux qui n’en boivent jamais (5 %). Mais en revanche, l’alcool n’a aucun impact sur l’obésité sur ceux qui en boivent une fois par mois ou moins ou chez ceux qui en boivent dans une fréquence de deux fois par semaine ou plus. Ceci est plutôt curieux, car, il est reconnu que l’alcool à une haute teneur calorique. Une hypothèse serait, que, la consommation d’alcool modérée à l’adolescence peut-être reliée à une vie sociale active. Serait-il possible que les jeunes les plus populaires soient également les plus minces?

Le statut alimentaire du ménage a un impact sur l’obésité intéressant. Les ménages où le taux d’obésité était le plus élevé en moyenne sont ceux qui étaient «foodinsecure» (5 %). Autrement dit, ce sont les ménages où l’on a peur de manquer de nourriture et où l’on fait le compromis de couper dans la qualité de la nourriture, en choisissant l’option la moins dispendieuse. Par contre, dans ces ménages, il n’y a peu ou pas de diminution dans la quantité d’aliments consommée par les membres du ménage. Ceci concorde tout à fait avec ce que nous avançons au chapitre 3, théorie étant que les ménages devant couper dans la qualité de la nourriture, pour des raisons budgétaires sont ceux qui sont le plus touchés par l’obésité. Maintenant en ce qui touche l’aspect psychologique, voici nos conclusions. Les jeunes prétendant être très satisfaits de leur vie en général étaient moins obèses que les autres (10 %). Par contre, ceux qui affirmaient être neutres, insatisfaits ou très insatisfaits de leur vie en général étaient significativement plus obèses en moyenne (5 %). De plus, le sentiment d’appartenance à la communauté à aussi un rôle à jouer. Il semble que les gens qui ont un «très faible» sentiment d’appartenance dans la communauté soient davantage obèses (5 %). Il en est de même, mais de façon moins significative pour ceux qui ont un «très fort» sentiment d’appartenance dans la communauté (10 %). Nous remarquons également que les jeunes qui prétendent, selon leur propre jugement, être en excellente ou très bonne santé sont beaucoup moins obèses (1 %) que les jeunes qui s’auto évaluent comme étant en bonne, moyenne ou mauvaise santé. Cette constatation est particulière, car selon les réponses déclarées au test médical de l’enquête, les jeunes obèses n’étaient pas significativement plus malades. En revanche, en regroupant certaines de ces maladies (diabète et haute pression) nous avons trouvé que les jeunes en étant atteints, étaient plus à risque d’être obèses (5 %).

8.7 Pourquoi le Québec a-t-il un taux d’obésité juvénile inférieur qu’ailleurs au Canada?

Comment expliquer, que, le taux d’obésité juvénile québécois soit inférieur à celui des autres provinces canadiennes? Bien que le faible taux d’obésité albertain puisse être expliqué par la plus grande richesse per capita de sa population, la même raison ne peut s’appliquer pour le Québec. Une des explications qui peut-être donnée est que les articles 248 et 249 de la Loi sur la protection du consommateur du Québec interdisent la publicité télévisée à but commercial destinée aux enfants de moins de 13 ans. Selon Publications Québec (2009) cette loi interdit entre autre que certains produits (comme des aliments et des friandises) soient annoncés lors des émissions pour enfants à moins que le message publicitaire télévisuel en question ne suscite en aucune façon l’intérêt des enfants. L’Office de la protection du consommateur qui veille à l’application de cette loi a établi des directives dans les cas où la publicité s’adresse tant aux enfants qu’aux parents. Ce type de message publicitaire peut uniquement être diffusé lors des émissions pour lesquelles le pourcentage d’enfants âgés entre 2 et 11 ans représente moins de 15 % de l’audience. Cette loi par contre, n’a aucun équivalent en Amérique et ne s’applique pas aux signaux provenant de l’extérieur du Québec. Donc, les messages publicitaires provenant du Canada anglais et des États-Unis ne sont pas actuellement soumis à cette règlementation. Le cachet francophone du Québec et le fait que les jeunes qui y habitent vont préférer écouter la télévision en français, qui est la langue maternelle d’environ 80 % d’entre eux, pourrait protéger davantage ces enfants. Ceci les inciterait donc indirectement, à mettre moins de pression sur leurs parents, pour que ceux-ci achètent des aliments sucrés et gras, tel qu’ils sont souvent annoncés dans les émissions pour enfants américaines. Étant donné qu’il n’y a pas de variables mesurant l’ampleur de l’environnement commercial dans l’ESCC, cette dernière explication est un des facteurs non- pris en compte par notre base de données pouvant expliquer que les conditions que l’on retrouve dans cette province canadienne (le Québec) soient moins favorables à l’éclosion de l’obésité juvénile.

Lire le mémoire complet ==> (Les déterminants de l’obésité et du surpoids chez les jeunes au canada)
Mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en économique
Université Du Québec À Montréal

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