Politiques mises de l’avant pour lutter contre l’obésité juvénile

By 2 November 2012

Politiques mises de l’avant pour lutter contre l’obésité juvénile et autres recommandations – Chapitre IX –

L’épidémie d’obésité a engendré un débat créé par la percée de la médecine. Est-il préférable de traiter l’obésité et les problèmes pouvant en découler, en misant sur la prévention ou en usant de moyens médicaux (comme les médicaments et la chirurgie)? Selon Plourde (2006) il existe actuellement des médicaments de perte de poids qui sont administrés aux adolescents de 16 ans et plus. Par exemple, le Sibutramine, un médicament qui agit sur l’appétit et le Orlistat, qui diminue l’absorption de gras par l’organisme. Il en est de même pour des médicaments anti-cholestérol (comme la statine) administrés chez les individus obèses pour prévenir les troubles cardiaques. Ces médicaments ont des effets secondaires à long terme inconnus pouvant les rendre dangereux s’ils sont administrés à des enfants. De plus, leur efficacité réelle, à moins de changer ses habitudes de vie n’a pas été démontrée.

En ce qui concerne la chirurgie bariatrique, celle-ci est risquée et plusieurs complications ont été observées chez ceux qui l’ont subit comme : une carence en vitamine D et en fer, la formation de pierres vésiculaires, la malnutrition protéino-calorique, l’infection des plaies, des péritonites, des ruptures gastriques et même la mort. Selon le New York Times (2008), plusieurs experts craignent que les parents soient incités à recourir aux médicaments et à la chirurgie plutôt que de modifier leurs habitudes de vie et celles de leurs enfants. Resserrer les politiques de santé publique pour prévenir l’obésité chez les enfants en misant sur l’adoption de bonnes habitudes de vie demeure selon la grande majorité des médecins indépendants plus efficace et sécuritaire à long terme que l’interventionnisme médical. Les moyens drastiques, comme la chirurgie, devraient être réservés seulement pour les cas extrêmes, quand toutes les autres alternatives ont échoués. En résumé, une campagne de prévention soutenue et des politiques de santé publique ciblées et efficaces visant les groupes plus à risque identifié dans ce mémoire (par exemple les garçons, les jeunes provenant de milieux modestes, les autochtones, les habitants de certaines provinces canadiennes) demeurent à notre avis les meilleurs moyens pour lutter contre l’obésité juvénile. Nous fournirons dans ce chapitre les principales politiques et recommandations qui ont été proposées et/ou mises de l’avant.

9.1 La prévention à l’école

L’accès facile aux boissons gazeuses dans les écoles et les campagnes de publicité parfois agressives s’adressant aux jeunes ont longtemps été critiqués au Canada. En effet, les jeunes sont un groupe généralement moins éduqué, plus influençable et plus vulnérable que les adultes. De plus, les mauvaises habitudes se prennent souvent très tôt. Pour ces raisons, Biali (2004) affirme que le gouvernement canadien a obligé les compagnies de retirer complètement les boissons gazeuses des écoles primaires (primary et middle schools dans le Canada anglais) dès Septembre 2004.

Maintenant, ces distributrices contiennent des choix jugés plus «santés» comme de l’eau, des jus, du thé glacé et des boissons sportives. Par contre, ces distributrices continuent de vendre des boissons gazeuses dans les écoles secondaires. En effet, d’après Mollard et al. (2007), le gouvernement canadien prétend que les enfants d’âge secondaire sont assez vieux pour prendre des décisions responsables. Cela malgré des études longitudinales, dont celle de James et al. (2004) indiquant que retirer les boissons gazeuses combiné à un programme de prévention avait fait diminuer de façon significative le taux d’obésité chez les enfants dans les écoles secondaires testées par rapport aux écoles servant de groupe de contrôle où le programme n’avait pas été mis en place.

Pour contrer le problème de l’obésité qui touche les enfants et les adolescents, le gouvernement du Québec a pris de l’avance sur les autres provinces canadiennes en se dotant d’un Plan d’action gouvernemental de promotion des saines habitudes de vie et de prévention des problèmes reliés au poids qu’il a baptisé Investir pour l’avenir 2006-2012. Le but de ce plan est de faire la promotion de deux habitudes de vie : une saine alimentation et un mode de vie physiquement actif dans les écoles. Bien que le milieu familial soit en partie responsable du développement des habitudes de vie du jeune, la responsabilité du milieu scolaire ne doit pas être sous-estimée, étant donné le nombre d’heures passées par l’enfant à l’école ou en services de garde.

Selon le Ministère de l’Éducation, du Loisir et des Sports (2007), pour promouvoir une saine- alimentation, il a été décidé d’éliminer des écoles les aliments à faible valeur nutritive (ex : boissons sucrées, croustilles, panure, pommes de terre frites etc.) et de privilégier les aliments qui ont une bonne valeur nutritive (et faible en sucre et en gras). Pour faire la promotion de l’exercice, il a été décidé entre autre d’offrir une large gamme d’activités physique, pour rejoindre le plus de personnes possibles. De plus, le rapport demande également aux municipalités de se pencher sur des règlementations de zonage visant à empêcher l’implantation d’établissements de restauration rapide à proximité des écoles.

Le gouvernement du Québec croit qu’en plus de lutter contre l’obésité, ceci va augmenter le sentiment de bien-être des jeunes et leur concentration, des facteurs liés à la réussite scolaire. Selon Arrey (2009), le Québec a instauré ce programme vu le succès de programmes similaires instauré dans d’autres pays. En effet, en 1992 dans les villes françaises de Fleurbaix et Laventie, une étude longitudinale sur 14 ans a été réalisée. On a instauré dans ces villes, un programme éducationnel dans les écoles informant sur les bons choix nutritionnels et les bienfaits de l’activité physique. De plus, il y a eu instauration de plusieurs programmes d’activités physiques dans les parcs et les écoles. À la fin de l’étude, le taux d’obésité dans les villes contrôle était de 17,8 %. Par contre, dans les villes de Fleurbaix et Laventie il était de 8,8 %. Ces stratégies vont être implantées dès 2009, dans 200 villes européennes, vu leur succès. De plus, d’autres mesures ont été étudiées, par exemple l’élimination des plateaux dans les cafétérias des écoles. (AP, 2008) rapporte que douze collèges américains ont décidé d’éliminer les plateaux de leur cafétéria. Ce projet-pilote a été instauré, à la suite d’études qui ont démontré que les gens ont tendance à moins manger lorsqu’ils ne peuvent transporter autant de plats. Ainsi, l’étudiant ne se laisserait plus «tenter» systématiquement par un dessert ou une entrée.

9.2 La prévention à la maison

La prévention à la maison demeure aussi une excellente alternative. En effet, les enfants observent leurs parents et recherchent souvent à les imiter. Si on enseigne aux parents à bien manger et à adopter de bonnes habitudes de vie, les chances sont fortes qu’ils les transmettent à leurs enfants. D’où l’importance, d’avoir une population suffisamment éduquée et sensibilisée. Selon Huot (2009), le simple fait d’enseigner à ses enfants de bonnes habitudes, comme de boire de l’eau, plutôt que des boissons à haute teneur en sucre, de prendre les repas à table plutôt que devant la télévision, limiter les sucres et les gras, manger des fruits et des légumes et varier son alimentation peut beaucoup aider. De plus, pratiquer des activités physiques familiales et inciter ses enfants à déjeuner sont d’autres bonnes habitudes. Par contre, selon Bickel et al. (2000) il est important pour les parents de ne pas enseigner de mauvaises habitudes à leurs enfants en pensant bien faire, car la valeur renforçante de la nourriture peut être augmentée de plusieurs façons. Par exemple, en utilisant la nourriture pour récompenser un enfant, en offrant une gâterie pour accomplir une corvée ou en donnant droit au dessert, s’ils terminent leur assiette au complet. Forcer les enfants à finir leur assiette quand ils n’ont plus faim et servir de trop grosses portions peut aussi augmenter leur niveau d’obésité.

Il a été démontré, que, le poids des parents et leur influence étaient d’importants prédicateurs du poids de l’enfant. En effet, les programmes de perte de poids, où, uniquement les parents étaient sollicités obtenaient de meilleurs résultats, que les programmes qui sollicitaient seulement l’enfant. Plourde (2006) rapporte une étude qui observait 60 enfants obèses de 6 à 11 ans, ayant été assignés aléatoirement, soit, à un groupe d’intervention où seulement les parents assistaient à des rencontres, ou, à un groupe de contrôle où seulement les enfants assistaient à ces rencontres de groupe. Les résultats ont démontré que, les enfants du groupe d’intervention (assisté par les parents) avaient changé leurs habitudes alimentaires et avaient perdu significativement plus de poids, que les enfants du groupe-contrôle (assisté par les enfants). Aussi, le taux de décrochage était 9 fois plus élevé dans le groupe de contrôle, que dans le groupe d’intervention. Un suivi réalisé 7 ans plus tard, sur ces enfants, a révélé que les enfants du groupe d’intervention avaient non seulement perdu plus de poids par rapport à ceux du groupe de contrôle, mais ils avaient également maintenu cette perte de poids. Ces résultats sont une preuve que le support des parents est indispensable pour prévenir et traiter les problèmes de poids chez les enfants.

Selon Hodges (2008) qui cite les propos du Dr Brian Wrotniak, aider les femmes à maintenir un poids santé durant la grossesse serait également une stratégie importante et novatrice pour prévenir l’obésité juvénile. En effet, sa prévention devrait débuter dès la grossesse et comporter des interventions, autant auprès des parents, que de leurs enfants, en insistant sur : l’alimentation, l’exercice, les bienfaits de l’allaitement, la réduction des heures devant l’écran et les changements comportementaux.

Lire le mémoire complet ==> (Les déterminants de l’obésité et du surpoids chez les jeunes au canada)
Mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en économique
Université Du Québec À Montréal

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