Les revenus des artistes (ventes de CD, sur Internet …)

By 29 November 2012

3. Les revenus des artistes

Quelle est la rémunération d’un artiste lorsqu’il enregistre un cd ? Combien lui rapporte véritablement ses ventes de CD ? Quelles sommes reçoit-il en cas d’utilisation secondaires de son œuvre, notamment sur les ventes sur Internet et pour la téléphonie mobile ? Que reçoit-il des redevances payées par le public sur les cds vierges et les baladeurs numériques ? Combien gagne t-il grâce à la diffusion de sa musique à la radio, à la télévision et dans les lieux publics ? Autant de questions auxquelles nous tenterons de répondre dans cette partie.

Le diagramme ci-dessous représente les six sources de revenus d’un artiste interprète de la musique en sa seule qualité d’interprète.82

Les véritables revenus des artistes interprètes.
Les véritables revenus des artistes interprètes.

Les maisons de disques utilisent de plus en plus de contrats de licence qui leur permettent de moins investir dans le coût de fabrication d’un CD. L’essentiel des dépenses (réalisation de la matrice et l’artwork de la pochette) est pris en charge par l’artiste ou le groupe. C’est une forme d’auto-production. Dans ce cas, l’artiste, qui est à la fois devenu producteur, cède à un droit d’exploitation des enregistrements. Il est rémunéré par des royautés sur les ventes de CD. Dans ce type de contrat, les redevances atteignent souvent 18 à 22 %du prix de gros hors taxe du CD. Le retour sur investissement s’avère donc être très difficile, d’autant plus que la majeure partie des frais reste à sa charge. Ces contrats sont particulièrement répandus dans la production indépendante.

En revanche, les artistes étant liés à leur producteur par un contrat d’exclusivité traditionnel reçoivent deux revenus : les cachets d’enregistrement ainsi que les royautés (pourcentage) sur les ventes de leur disque et sur les utilisations secondaires de leur travail. Il s’agit de contrats d’enregistrement plus traditionnels, dits aussi contrats d’artistes, où les coûts d’enregistrement, de fabrication, de promotion et de distribution sont à la charge du producteur et de l’éditeur.

En moyenne, pour un album de variété française, l’interprète principal reçoit des royautés qui correspondent à 4 % du prix de vente TTC au public, ce qui représente moins de 60 centimes d’euros par CD.83 Ces royautés doivent être partagées entre les différents artistes dans le cas d’un groupe.

Pour le jazz, le classique et les genres moins diffusés, un soliste touche généralement 2% du prix de vente au détail, soit environ 30 centimes par disque vendu. Pour une vidéo live de son concert vendue en moyenne 19,99 euros chez un disquaire, un artiste principal reçoit en moyenne 2 % du prix de vente, soit 60 centimes d’euros. Les musiciens d’accompagnement ne reçoivent en général pas de royautés sur les ventes, et cèdent fréquemment leurs droits sur les utilisations secondaires de leur travail pour une somme forfaitaire.

L’étude des contrats d’exclusivité des quatre majors françaises montre que les royautés annoncées dans les contrats sont systématiquement réduites par un ensemble d’abattements (allant de 10% à 75 %, sur les taux de royauté ou sur leur assiette) qui privent les artistes d’un tiers à deux tiers de leurs revenus selon les cas.

Sur les nouveaux marchés de la musique, la situation n’est pas meilleure. Pour un titre vendu sur Internet 99 centimes d’euros, l’interprète principal reçoit entre 3 et 4 centimes d’euros, et un artiste d’accompagnement ne touche rien. Pour une sonnerie de portable vendue 3 €, un interprète principal reçoit 4 % du prix de vente au public, soit environ 12 centimes d’euros, un artiste d’accompagnement ne reçoit rien. Dans ces conditions, les droits issus des licences légales représentent un apport essentiel aux revenus des interprètes. Les royautés perçues en raison des ventes de musique en France sont estimées à 41,5 M€ pour les albums de variété française et de musique classique et 20,15 M€ pour la variété internationale. Le produit des licences légales 40,7 M€ représente donc, pour les artistes concernés, un revenu presque équivalent à leur pourcentage sur les ventes.

Les contrats de licence, moins favorables pour les artistes que les contrats d’exclusivité, tendent à se développer rapidement. Les investissements liés à la production pèsent lourds sur les artistes. Cette disposition affecte plus les genres musicaux exigeants que la variété. Dans les cas où les interprètes sont sous contrat exclusif, les royautés qui leur sont reversées sont plus élevées pour la variété que pour les genres musicaux plus exigeants.

Mais d’autres organismes soutiennent également l’industrie du disque. En effet, le financement de la création et le renouvellement des talents sont assurés en grande partie par les sommes issues de la copie privée, redistribuée via les sociétés civiles. Citons en exemple l’ Adami qui apporte son financement grâce aux sommes issues de la copie privée, lui permettant de financer l’équivalent de plus de la moitié du nombre d’albums francophones des majors.

Lire le mémoire complet ==> (La circulation de la musique à l’ère du média numérique en ligne : innovations technologiques et impacts sur la médiation des artistes)
Mémoire de Master 1 Projets Culturels – Domaine Sciences des Interactions Humaines
mention Esthétique, Arts et Sociologie de la Culture spécialité Industries Culturelles
Université Paul Verlaine Metz – UFR – Science Humaine et Arts

Table des Matières :

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82 ADAMI, « Filière de la musique enregistrée : quels sont les véritables revenus des artistes interprètes ? », Avril 2006
83 Le prix de vente au public est en moyenne de 14,55 € pour un CD en 2005, selon le SNEP.
ADAMI, « Filière de la musique enregistrée : quels sont les véritables revenus des artistes interprètes ? », Avril 2006.