Les éléments constitutifs des patrimoines viticoles

By 19 November 2012

1.2 Les éléments constitutifs des patrimoines viticoles

Le vin est désormais reconnu comme un élément à part entière d’un art de vivre et d’une gastronomie régionale, autrement dit, comme le produit spécifique d’un terroir façonné par l’homme (LIGNON-DARMAILLAC, 2007).

« Le terroir pour Roger Dion, c’est bien sûr le milieu mais ce sont aussi les hommes qui ont fait du bon vin et qui ont su faire du bon vin, c’est les chais, c’est les méthodes spécifiques à telle ou telle appellation. Je crois que ce terroir n’est pas lié uniquement aux chais mais à tout ce qui s’y rattache. Ce sont les fêtes vigneronnes très importantes, qui sont une tradition, et qui participent de ce patrimoine à part entière. Et cela rentre dans la définition de terroir, car c’est le milieu et les hommes qui l’habitent. Ce qui est engendré, c’est à la fois la vigne, des établissements (des chais, des caves, la géographie du vignoble) et puis des traditions locales dans la façon de vendre, dans la façon de festoyer, dans la façon de faire son vin » (LIGNON-DARMAILLAC, Annexe E, entretien n°1)

Ainsi, les paysages viticoles, les villages, les constructions et les objets se rapportant aux travaux de la vigne constituent des témoignages matériels de cette activité qui a structuré l’organisation des sociétés locales. Les caves, les chais, les cuveries, la configuration des bâtiments agricoles, les villages, le matériel agricole et les outils utilisés pour les travaux se rapportant à la vigne et au vin intéressent les visiteurs du fait de leur dimension mémorielle. Les savoir-faire, les fêtes, les légendes et les croyances qui ont façonné les cultures locales sont considérés par ailleurs comme ayant la valeur d’un patrimoine immatériel qu’il faut conserver pour les générations futures.

Malgré la dimension marketing des légendes réanimées, voire transformées, par les professionnels du vin dans un but purement commercial (HINNEWINKEL, 2004), la société contemporaine se montre de plus en plus préoccupée par la préservation et de la mise en valeur de ce patrimoine depuis une trentaine d’années. En atteste le regard nouveau porté sur les paysages viticoles. En effet, le paysage5 défini comme étant une portion d’espace terrestre perçue par un observateur, implique un point de vue, une interprétation de l’espace où s’articulent plusieurs plans et où l’on peut identifier des objets. Il correspond aussi au produit d’une société qui a transformé l’espace au cours du temps afin de l’adapter à ses activités et à ses besoins. Aussi, parce qu’ils sont le produit et donc le reflet d’une organisation sociale locale, laquelle est visible à travers la répartition de l’habitat, les traces de pratiques culturales mises en œuvre et la configuration du parcellaire, les paysages viticoles se distinguent des autres aux yeux des spécialistes comme des amateurs : « Ils sont généralement reconnus parmi les formes les plus remarquables de paysages résultant de l’activité humaine, à la fois par la marque qu’ils impriment au territoire et par les traditions culturelles qui leur sont associés ». Par ailleurs, il faut rappeler que ces paysages sont nés la plupart du temps de volontés politiques (ICOMOS, 2005). Ils ont été soumis à des décisions ou à des événements de l’histoire qui en ont orienté les caractères, et ils leur demeurent associés.

Les imaginaires qu’ils éveillent depuis le 15ème siècle doivent également être soulignés. Les champs de vignes ont souvent été représentés par les artistes, avant même que le terme « paysage » apparaisse. Leur dimension esthétique est reconnue depuis plusieurs siècles. En outre, ils sont porteurs de valeurs gustatives : l’observateur admire le travail des producteurs ainsi que la maturation des fruits qui donnent, après transformation, la boisson tant appréciée. De fait, les paysages viticoles renvoient souvent aux vignobles réputés, et surtout à des dénominations géographiques associées à des vins : Tokaji, Bourgogne, Champagne, Meursault, Jerez, Frascati, Saint-Emilion, Napa Valley, Rioja, évoquent non seulement un vin, mais un lieu et un paysage (ICOMOS, 2005).

Les paysages viticoles présentent ainsi une dimension patrimoniale indéniable et aujourd’hui reconnue par la communauté internationale. Résultant de travaux d’aménagement commencés par les générations précédentes, leur transmission aux générations futures s’est imposée en raison de leurs valeurs picturale et mémorielle. Depuis 1992, la catégorie des paysages culturels a ainsi été introduite dans la Liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO et trois sites viticoles majeurs ont déjà été inscrits (l’ancienne juridiction de Saint-Émilion, la vallée du Haut Douro, la côte de Tokaj). Dans d’autres paysages culturels inscrits au Patrimoine mondial, la vigne joue un rôle majeur (Wachau, Cinqueterre, val de Loire, vallée du Rhin…). D’autres régions de vignobles sont en cours d’examen par l’ICOMOS et le

Comité du Patrimoine mondial, font l’objet d’un dossier en préparation, ou encore figurent sur les listes indicatives de leur pays6.

Lire le mémoire complet ==> (La mise en tourisme du patrimoine viticole : l’exemple du Chianti)
Mémoire professionnel présenté pour l’obtention du Diplôme de Paris 1 – Panthéon Sorbonne
Université de Paris 1 – Institut de Recherche et d’Etudes Supérieures Du Tourisme

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5 « Paysage : Agencement matériel d’espace – naturel et social – en tant qu’il est appréhendé visuellement, de manière horizontale ou oblique, par un observateur. Représentation située, le paysage articule plusieurs plans, permettant l’identification des objets contenus et comprend une dimension esthétique » (LEVY-LUSSAULT).