Le tourisme viticole : un ensemble d’activités touristiques

By 26 November 2012

1.3 Le tourisme viticole : un ensemble d’activités touristiques construit autour de la thématique du vin et de son patrimoine.

Le tourisme viticole, plus couramment appelé œnotourisme repose sur l’attrait du patrimoine construit par les sociétés rurales spécialisées dans la viticulture. L’œnotourisme est en effet une forme de tourisme où le divertissement des visiteurs passe par la pratique d’activités de loisirs dans un espace viticole. Sophie Lignon- DARMAILLAC le définit ainsi comme « réunissant l’ensemble de toutes les activités touristiques, de loisirs et de temps libre dédiés à la découverte et à la jouissance culturelle et œnophile de la vigne, du vin et de son terroir » (LIGNON-DARMAILLAC, 2009).

Ces activités sont diversifiées et peuvent avoir pour intérêt une pluralité de thématiques reliées à la notion de patrimoine. La découverte du patrimoine gastronomique est ainsi au cœur de la dégustation, de la pratique de l’œnologie ou de la sommellerie. L’organisation de visites de caves, de chais, de vignoble, les rencontres avec les métiers du vin ou encore la mise en tourisme de la pratique des vendanges participent de la valorisation du patrimoine immatériel que représentent les métiers et les techniques de la vigne et du vin. Enfin, le paysage constitue un attrait majeur : des itinéraires permettant de se promener parmi les champs de vignes et le patrimoine bâti qui lui est associé sont proposés. Le survol des terroirs viticoles en avion ou en montgolfière fait également partie de l’offre touristique dans certaines régions. (LIGNON-DARMAILLAC, 2007). Enfin, la visite de musées fait également partie intégrante de l’œnotourisme, au même titre que la découverte de l’architecture des bâtiments et des villages spécialisés depuis des décennies dans la production du vin.

Toutes ces activités relèvent donc du tourisme rural et du tourisme vert, le but étant de découvrir le fonctionnement d’une société dont les sources de revenus proviennent de la culture de la terre et de la fabrication d’un produit alimentaire consommé depuis des siècles voire des millénaires. L’œnotourisme favorise d’ailleurs l’apparition de pratiques censées amener les touristes à s’imprégner du patrimoine culturel des territoires dans lesquels ces sociétés ont évolué. En attestent la réanimation ou l’ouverture aux visiteurs de fêtes locales qui autrefois étaient organisées pour marquer les étapes importantes du processus de fabrication du vin dans certaines régions viticoles.

Le développement de l’œnotourisme est à mettre en relation d’une part avec la dimension culturelle du vin, produit noble par excellence, d’autre part avec la baisse globale de la consommation de vin. En effet, le vin est rattaché à deux types de pratiques alimentaires, lesquelles sont associées à deux catégories sociales distinctes, et ce depuis l’antiquité. La première est celle de la consommation de vin de table de qualité médiocre, qui avait pour objectif de donner de la force aux paysans, qui servait de remède en cas de maladie, et qui était bu quotidiennement dans de nombreux foyers. La deuxième est celle de la classe dominante qui a toujours apprécié le vin de qualité (LIGNON-DARMAILLAC, Annexe E, entretien n°1). A titre d’exemple, la connaissance des vins produits par les grands châteaux bordelais ou toscans et la pratique de la dégustation a toujours fait partie de l’éducation des jeunes hommes dans les milieux de la noblesse et de la bourgeoisie. Or depuis une trentaine d’années, les modes de vies ont évolué en Europe. Des préoccupations nouvelles telles que le bien-être, la santé, les méfaits de l’alcool sont apparus. Aussi, la demande de vin de table de consommation courante a fortement diminué. Il accompagne de moins en moins le repas quotidien des européens. Les consommateurs se tournent désormais davantage vers les vins de qualité issus de terroirs renommés ou dotés d’une appellation, qu’ils consomment seulement lors d’occasions particulières. Les classes moyennes adoptent ainsi progressivement des pratiques anciennes de la classe dominante. La consommation du vin est maintenant plus une affaire de goût, de culture et d’éducation qu’une habitude.

« Comme les jeunes filles de bonne famille devaient faire un peu de piano, aujourd’hui si vous êtes éduqués, vous savez parler un peu de vin. Notre président qui ne boit pas de vin a pris des cours d’œnologie. Voilà, c’est culturel. Si vous ne savez pas parler de telle volaille, ce n’est pas très grave mais le vin, c’est au cœur de la gastronomie. Et assortir les mets au vin, c’est un fait de culture. Ça s’apprend, et ça fait partie de l’éducation » (LIGNON- DARMAILLAC, Annexe E, entretien n°1).

Cette tendance a touché le monde du tourisme et a contribué à la création de nouvelles formes de pratiques destinées à faire découvrir aux visiteurs les différents types de vins et les savoir-faire locaux. Cet apprentissage passe par le déplacement et l’immersion dans la zone de production, où les traditions de la société sont mises en valeur par les acteurs locaux pour attirer les visiteurs. Sophie LIGNON-DARMAILLAC souligne cette importance de l’identification géographique dans l’expérience gustative (LIGNON-DARMAILLAC, 2007) :
« Telle la madeleine de Proust, ces bons vins doivent se déguster dans leurs vignes ou dans les souvenirs des lieux auxquels ils appartiennent, les vins sont bons à boire là où ils les vignes sont à voir. La qualité du produit est à l’image de la qualité du lieu, du paysage et du travail auquel il se réfère. »

L’idée directrice de l’œnotourisme est donc de plonger le touriste dans le milieu géographique qui est à l’origine de la fabrication du vin afin qu’il comprenne tous les aspects historiques, culturels et sociaux du produit présenté. L’apprentissage, la découverte du plaisir de la dégustation et le dépaysement sont en effet conçus comme des moyens de redévelopper les ventes directes de vins.

Lire le mémoire complet ==> (La mise en tourisme du patrimoine viticole : l’exemple du Chianti)
Mémoire professionnel présenté pour l’obtention du Diplôme de Paris 1 – Panthéon Sorbonne
Université de Paris 1 – Institut de Recherche et d’Etudes Supérieures Du Tourisme

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6 Cf. Etude thématique, Les paysages culturels viticoles dans le cadre de la convention du patrimoine mondial de l’Unesco, 2005, p.5.