Le tourisme rural en Toscane : une filière secondaire

By 29 November 2012

1.3 Le tourisme rural en Toscane : une filière secondaire mais complémentaire aux tourismes urbain et culturel

La Toscane est la première région touristique d’Italie en termes de poids économique et de fréquentation. Elle accueille en outre les flux de visiteurs dont les origines sont les plus diversifiées. Touristes étrangers, italiens, toscans et excursionnistes sont tous attirés par les villes culturelles et les stations balnéaires du territoire. Certes, le dynamisme de la Toscane repose principalement sur les tourismes urbain, culturel et balnéaire. Néanmoins, les espaces ruraux préservés de l’industrialisation profitent de ces flux de visiteurs pour écouler les produits locaux et promouvoir leur patrimoine artistique (BALLESTRIERI, 2005). De plus, ils bénéficient de la venue de touristes s’étant déplacés jusqu’en Toscane pour visiter les villes historiques de Florence, Pise et Sienne. De fait, beaucoup d’entre eux souhaitent être logés dans des communes offrant un cadre rural toscan typique, et idéalement localisées pour se rendre dans les différents hauts lieux urbains durant leur séjour. (R. POLI, chargée de la promotion au sein de l’Agence pour le tourisme de Florence, Annexe E, entretien n°6).

Cette situation est liée au fait que l’agritourisme est un phénomène ancien dans cette région de l’Italie. Il a en effet été importé de l’étranger dès la fin des années 1950. A la fin des années 1940, suisses, allemands et britanniques se sont installés en Toscane pour transformer des hameaux en chambres d’hôtes. Par la suite, influencés par le modèle des campagnes tyroliennes et anglaises, les grandes familles de l’aristocratie terrienne ont aménagé des hébergements touristiques sur leurs domaines afin de rentabiliser leur patrimoine rural. Dans sa thèse sur les campagnes péri-urbaines, Coline Perrin dresse une chronologie du développement de l’agritourisme en Toscane.

De 1965 à 1985, les agritourismes se multiplient surtout dans le Chianti ainsi que sur le littoral et l’Ile d’Elbe sous l’effet de la mobilisation des grands producteurs. En 1973 et 1976, deux syndicats de petits exploitants créent leur propre association et en 1975, Agritourist publie le premier guide de l’hospitalité rurale, référençant chaque année les exploitations agricoles offrant des services d’hébergement et de restauration. Le modèle connaît alors une forte croissance: on passe de 80 exploitations référencées en 1975 à 1500 en 1980. En 1980, les trois associations s’unissent dans le Consortium Anagritur, chargé de prospective et de promotion.

La loi-cadre nationale de 1985, qui fut ensuite complétée par la politique d’aide de la Politique Agricole Commune16 (RANDELLI, SCHIRMER, 2009), marque ensuite un tournant : à partir de cette date, l’agritourisme se diffuse rapidement partout en Toscane. Prévoyant des avantages fiscaux aux producteurs qui accueillent des touristes au sein de leur propriété, la loi entraine une progression du nombre d’agritourismes. Les activités considérées comme relevant de l’agritourisme sont en outre variées, laissant une certaine marge de manœuvre aux intéressés. Sont ainsi mentionnés par la loi l’hébergement, la restauration (service de plats et de boissons produits par l’exploitant ou par des exploitants de la même zone géographique), l’organisation de dégustations, et l’organisation d’activités culturelles, récréatives et didactiques visant à la valorisation du patrimoine rural. Ainsi, malgré la loi régionale de 1987, qui impose que l’activité agricole reste la principale, tant en termes de temps de travail que de chiffre, l’agritourisme progresse et s’impose dans pratiquement toutes les communes rurales17. Parallèlement il se diversifie : des exploitations de taille inférieure prennent le pas et créent une offre destinée à une clientèle moins aisée, plus italienne, et adaptée aux séjours plus courts. Le camping à la ferme se répand.

Pour certains territoires toscans en marge, le tourisme a alors été conçu comme un moyen de développement. Le succès de l’agritourisme et de l’agro-industrie, lié à la sensibilité accrue à la protection de l’environnement et aux bienfaits des produits locaux, ont favorisé l’essor d’espaces autrefois en crise (BALLESTRIERI, 2005). En raison de ce succès auprès des exploitants, la Toscane est devenue la région d’Italie où l’agritourisme est le plus développé. Elle concentrait ainsi en 2007 plus de 25% des structures, 35% des nuitées et près de 45% des nuitées des étrangers dans les agritourismes italiens. L’offre a encore augmenté de 77% entre 2001 et 2006. Or, comme nous l’avons vu, la politique régionale a largement favorisé cette tendance, la région ayant très tôt perçu que le tourisme pouvait servir de support à l’agriculture.

Lieu de naissance de l’agritourisme, et région motrice de la dynamique nationale qui a suivi, les acteurs toscans se sont très tôt mobilisés pour structurer et promouvoir cette activité.

Les pouvoirs publics ont d’ailleurs encadré cette diffusion par l’élaboration de lois, percevant le potentiel de ce secteur en termes de développement rural. Aujourd’hui, les concentrations d’exploitations sont toutefois plus fortes dans les zones pionnières du littoral et des collines intérieures et le Chianti au sens large reste le véritable « épicentre agritouristique » (PERRIN, 2009). La mise en tourisme du patrimoine rural toscan est donc un processus qui a commencé dans les années 1950 et la production de vins de qualité a constitué et constitue encore aujourd’hui un des éléments les plus attractifs de la campagne toscane.

Lire le mémoire complet ==> (La mise en tourisme du patrimoine viticole : l’exemple du Chianti)
Mémoire professionnel présenté pour l’obtention du Diplôme de Paris 1 – Panthéon Sorbonne
Université de Paris 1 – Institut de Recherche et d’Etudes Supérieures Du Tourisme

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16 L’agritourisme étant reconnu comme une activité agricole par l’Union Européenne, la Politique Agricole Commune a mis en place un dispositif d’aides aux propriétaires se lançant dans le secteur depuis le début des années 1990.
17 La loi sur l’agritourisme de 2003 (n°30 du 23 juin 2003) renouvelle le principe selon lequel l’activité centrale de l’exploitation doit rester l’agriculture et les produits de l’exploitant ou d’origine locale doivent être privilégiés.