Intégration des signes de vieillissement dans le mode de vie

By 14 November 2012

1.2. Une intégration des signes de vieillissement dans le mode de vie

1.2.1. De la déplaisance à l’accommodation des signes de vieillissement

L’apparition des premiers signes de vieillissement est au départ vécu comme un tournant dans la vie de l’individu. En effet, les premiers signes physiques sont perçus comme une altération car ils modifient l’image de soi.

L’individu éprouve alors des difficultés à accepter au départ ce changement :

« Ca serait quand même grave de ne pas les voir ! J’ai les cheveux blancs, la vue qui baisse. C’est ni déprimant ni angoissant. Mais j’y pense et ça joue un rôle dans le fait que je fais plus attention. » (Rémi, H, 54 ans, psychiatre)

Néanmoins les individus s’accommodent progressivement aux signes de vieillissement. Certains enquêtés ont en effet intégré les effets du vieillissement dans un processus naturel et logique. Si les signes de vieillissement peuvent être considérés dans les représentations comme un déclin, le fait de les considérer comme un processus logique, celui de l’évolution biologique et du temps amène l’individu à introduire ces changements comme une continuité, une avancée dans la vie plutôt qu’une rupture. Les effets du vieillissement sont donc au départ considérés comme anormaux puisque des effets inhabituels comme la fatigue par exemple font leur apparition. Mais la prise en considération de ces effets dans le cadre d’un processus logique amène l’individu à mieux les accepter :

« Au départ je me disais zut, je suis crevée, c’est pas normal. Et puis après je me suis dit c’est l’âge aussi qui fait, je ne peux plus en faire autant qu’à 30 ans sans être fatiguée. Donc c’est une logique. C’est comme la ménopause. Moi j’ai très bien vécue ça parce que j’y étais préparée. Je ne me suis pas mise en tête que c’était la fin de la vie. Maintenant le week end je m’accorde du temps de repos, maintenant je m’écoute. Quand je suis fatiguée je me repose pour être en forme. » (Suzanne, F, 59 ans, assistante maternelle)

1.2.2. Une adaptation des activités quotidiennes aux effets du vieillissement

L’individu s’accommode non seulement progressivement aux effets du vieillissement, mais il prend aussi en compte les contraintes liées au vieillissement dans ses activités quotidiennes. En effet, face à une fatigue physique qui s’exprime plus rapidement, il adapte la fréquence et l’intensité de ses activités. L’avancée en âge amène alors les enquêtés à prendre davantage de temps pour l’action :

« Je tonds la pelouse pendant une heure, je vois que je fatigue. J’aime bien m’occuper du jardin, mais maintenant je fais la moitié aujourd’hui et l’autre moitié demain. A l’époque, c’était différent. Je pense que c’est l’âge. On fatigue beaucoup plus vite. » (Françoise, F, 55 ans, manutentionnaire en intérim)

La possibilité d’adapter les activités quotidiennes aux effets du vieillissement dépend cependant de facteurs stru cturels. En effet, pouvoir prendre le temps de faire les choses suppose que l’individu ait davantage de temps disponible, et un détachement envers certaines obligations. Là encore, le départ des enfants et la diminution des tâches ménagères permet à l’individu, en particulier la femme, de pouvoir remettre les activités au lendemain. Le contexte environnemental permettant alors à l’individu de prendre le temps de faire les choses, c’est un nouveau mode de vie qui s’amorce. Le temps est alors venu de prendre son temps :

« J’ai le temps. Mais c’est vrai qu’à l’époque on n’avait pas le temps, il fallait aller vite, on avait les gosses. Tandis que maintenant si je ne fais pas aujourd’hui, je ferai demain. Je prends du recul, j’ai le temps. Je prends le temps, mais à l’époque si je ne faisais pas le ménage tout de suite ça me rendait malade. Mais c’était dans ma tête, il fallait que je le fasse tout de suite. Mais maintenant je m’en fiche complètement. On respire autrement, c’est une autre façon de vivre. J’ai pris du recul, et pour l’instant je me dis que j’ai le temps. (Françoise, F, 55 ans, manutentionnaire en intérim)

Bien que l’individu s’accommode progressivement aux effets du vieillissement, il n’est pas évident que le vieillissement soit un sujet de discussion parfaitement intégré au sein des interactions. Appréhender le vieillissement et comprendre notamment comment il est vécu par les individus, c’est aussi l’intégrer dans une perspective interactionnelle. Quelle place prend alors le vieillissement dans les interactions verbales interindividuelles ? Est-ce un sujet tabou ou un sujet extériorisé ?

Lire le mémoire complet ==> (Les 45-60 ans : âges de transition)
Master 2, Magistère de sciences sociales appliquées à l’interculturel
Université Paris Descartes, Faculté des Sciences Humaines et Sociales Sorbonne