Impacts du vieillissement sur le regard des autres

By 22 November 2012

1.3. Impacts du vieillissement sur le regard des autres

1.3.1. Le poids des signes physiques de vieillissement dans l’image de soi

Pour l’individu, le vieillissement n’altère pas son identité puisque celle-ci est solidement construite dès l’enfance. Au contraire, il cherche à la maintenir et la préserver. Néanmoins, le vieillissement impacte sur le regard des autres dans certaines mesures. Les signes physiques marqueurs de l’avancée en âge font en effet pour certains, l’objet de réflexions de la part de l’entourage. Au fur et à mesure que l’individu vieillit, l’image qu’il véhicule évolue du fait des changements physique :

« Je véhicule une certaine image, en vieillissant les gens vont me voir différemment, ils vont me voir vieillir. Donc l’impact sur les autres va forcément être différent. Les autres vont faire la remarque « tiens elle a vieilli, elle a pris un coup de vieux ». Donc on véhicule une autre image, mais c’est physique. Mais sinon par rapport à la façon d’être, au caractère, je pense pas qu’il y ait de modifications. C’est plus par rapport à l’apparence. » (Marie, F, 49 ans, pharmacienne)

L’avancée en âge assigne également progressivement à l’individu une qualification de « has been ». Les individus vieillissant ayant fait leur temps peuvent être perçus comme des acteurs sociaux qui n’ont plus rien à apporter. Pour certains, les signes physiques du vieillissement leur donne une image moins confiante. En effet, ils sont perçus comme une dégradation qui donne à l’individu une image moins persuasive. Ainsi, le vieillissement est présenté comme un élément nuisant à l’image qu’ils donnent aux autres.

« Quand on se déplace mal, qu’on est un peu courbé, qu’on a des trous de mémoire, on ne donne pas la même image. On a peut-être une petite perte de confiance et on donne moins confiance, on est moins persuasifs envers l’autre. On a moins de force persuasive. Je pense que le vieillissement ça nuit à l’image. » (Jacques, H, 51 ans, anesthésiste)

Si l’individu n’aspire pas à avoir une identité générationnelle, le regard des autres leur alloue une image péjorative, propre au vieillissement et à ses représentations établies indépendamment des pratiques des individus.

1.3.2. Le poids de l’expérience sur le regard des autres

Vieillir c’est aussi acquérir de l’expérience, c’est approcher d’une certaine sagesse. Ainsi certains enquêtés considèrent que l’avancée en âge entraîne un gain de respect, notamment du fait du poids de l’expérience et du vécu :

« J’aurais peut-être un peu plus de respect parce que je vieillis, mais à part ça c’est tout. » (Suzanne, F, 59 ans, assistante maternelle)

Cette marque de respect prend forme dans le monde du travail. Arrivé au point culminant de sa carrière professionnelle, l’individu devient alors un acteur central dans l’entreprise. Il devient même une « référence » professionnelle :

« Je pense par exemple au côté travail, là où je suis-je suis la plus âgée, je ne suis pas vénérée mais presque. J’ai des références intellectuelles, on parle devant moi en positif, on me qualifie de chevronnée, on vient me demander des conseils. Donc dans le côté travail, il y a la positif de la chose. Personne ne me fait des réflexions en disant que je suis moche. On a une certaine reconnaissance de l’expérience, de tout ce qu’on a fait. On me présente comme une référence. » (Claudine, F, 60 ans, médiatrice familiale)

L’avancée en âge impacte donc sur le regard que porte autrui sur l’individu. Qu’il ait un effet dépréciatif ou appréciatif, le regard porté par autrui participe à l’image que l’individu perçoit de lui-même. Ainsi, les signes de respects exprimés au cœur des interactions interindividuelles, constituent un rappel à l’ordre de l’âge et du vieillissement.

« Moi dans ma tête j’ai-je ne sais pas quel âge, mais j’ai pas mon âge. Par moments j’ai 10 ans, j’ai 18 ans, 30 ans. J’ai rarement mon âge. Et des fois je suis saisi parce que des étudiants qui sont respectueux par exemple, ça me renvoie que j’ai l’âge que j’ai. Ca c’est un problème d’identité, d’un seul coup tu prends conscience de l’âge qui tu as. Tu te remets devant la réalité. » (Rémi, H, 54 ans, psychiatre)

En définitive, l’individu ne désire se cloisonner dans un espace sociale générationnel et les pratiques d’ouverture à la culture « jeune » en témoignent. Mais le poids de son capital culturel qualitativement parlant, ainsi que du regard des autres qui lui assignent une image propre aux populations vieillissante, participent à la construction sociale d’une identité générationnelle.

Lire le mémoire complet ==> (Les 45-60 ans : âges de transition)
Master 2, Magistère de sciences sociales appliquées à l’interculturel
Université Paris Descartes, Faculté des Sciences Humaines et Sociales Sorbonne

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34 KAUFMANN, J.C., L’invention de soi : une théorie de l’identité, Paris, A. Colin, 2004, pp 238