Développement de l’agritourisme en Italie, un processus ancien

By 28 November 2012

Les logiques et les systèmes d’acteurs de la mise en tourisme – Partie 2 :

Introduction :

Le terroir Chianti Classico est aujourd’hui très dynamique, accueillant chaque année des centaines de milliers de visiteurs. Or le tourisme ne se serait pas développé sans l’intervention de protagonistes. Comprendre le processus de mise en tourisme du Chianti Classico invite en conséquence à étudier ces acteurs et leur logique d’action, et ce à différentes échelles. D’autre part, le patrimoine viticole étant à l’origine de l’attractivité touristique d’un terroir, il convient de s’intéresser aussi bien aux responsables de la patrimonialisation qu’aux acteurs ayant participé au développement du tourisme viticole.

Nous présenterons ainsi dans un premier temps le contexte national et régional dans lequel s’est inscrite l’émergence du tourisme viticole au niveau du Chianti. Nous verrons ainsi que l’Etat italien comme la région Toscane ont très tôt encouragé le développement du tourisme rural et viticole.
Nous analyserons ensuite les logiques d’acteurs ayant régi la construction et la mise en valeur du Chianti. Nous mettrons ainsi en évidence le rôle qu’a eu le regard des étrangers et des consommateurs de vin dans le processus de valorisation du patrimoine viticole.

Enfin, nous étudierons les facteurs qui ont amené les acteurs locaux à mettre en tourisme le terroir ainsi que les tensions induites par la diversité des protagonistes impliqués. Nous soulignerons ainsi que la crise du secteur viticole a été un élément déclencheur. D’autre part, nous montrerons que les intentions divergentes des protagonistes donnent lieu à des rivalités dont l’enjeu principal est la maîtrise d’une ressource pourvoyeuse de pouvoir : le patrimoine viticole (VESCHAMBRE, 2007).

1. Un contexte national et régional favorable au développement de l’œnotourisme dans le Chianti

L’analyse du contexte politique et économique dans lequel s’est inscrite l’émergence de l’œnotourisme en Toscane permet de mettre en évidence les facteurs ayant indirectement favorisé le développement de cette filière dans le Chianti à partir des années 1970. En Italie, le tourisme rural a de fait été valorisé dès les années 1960, soit bien avant les deux autres grands pays viticoles européens, la France et l’Espagne. La Toscane fut par ailleurs l’une des premières régions à participer à ce mouvement, d’où sa force actuelle sur le marché de l’agritourisme.

Les études publiées sur le tourisme rural en Italie et en Toscane ont permis d’éclairer cette question.

1.1 Le développement de l’agritourisme en Italie, un processus ancien

Le besoin de développer et d’organiser un tourisme prenant appui sur les valeurs du milieu rural s’est manifesté dès les années 1960 en Italie. En effet, le contexte de révolution agricole a favorisé la mise en valeur d’espaces délaissés par les activités de production. Situés sur des terrains accidentés ou soumis des contraintes climatiques, ces territoires perçus comme non favorables à la pratique d’une agriculture moderne furent convertis en lieux de loisirs. Commença alors une nouvelle phase de retour à la campagne.

Durant les années 1960-1970, le tourisme s’est démocratisé et devient un phénomène de masse avec l’allongement de la durée des congés payés. En outre, entre 1950 et 1970, l’existence d’un réseau routier dense, couplée à la généralisation de la voiture parmi les acquisitions des ménages italiens, favorisèrent la croissance des séjours en campagne durant les weekends et les vacances. Enfin, la densification et l’étalement du bâti qui accompagna la croissance urbaine des années d’après-guerre entraînèrent l’émergence d’une nouvelle demande au sein de la population citadine. L’aspiration au repos, à la détente et au dépaysement pousse les citadins à sortir de leur lieux du quotidien pour se rendre dans des espaces où nature et calme cohabitent durant leur temps libre (DESPLANQUES, 1973).

C’est dans ce contexte que l’Associazione nazionale agricoltura e turismo (ou Agriturist) fut fondée à Florence en 1966 par de jeunes agriculteurs, des économistes et des hommes d’affaires. L’Agritourist lança alors une campagne de communication à travers des dépliants, des expositions, des congrès et la rédaction d’articles dans la presse. L’objectif était de sensibiliser l’opinion à la préservation de la nature et à la protection des campagnes, et d’associer économie, agriculture et tourisme. Le tourisme résidentiel en milieu rural devait permettre de freiner l’exode rural, la présence de visiteurs apportant un appoint de ressources aux producteurs. Il s’agissait d’autre part de faire de l’agriculteur « (…) un marchand de vacances et de détente par la vente de locations de logements, par l’entretien de l’environnement rural, par la commercialisation de produits naturels, par la formation et l’hébergement de centres d’équitation… » (DESPLANQUES, 1973).

Les démarches de l’Agritourist ont rapidement rencontré un succès. Dès 1970, une nouvelle forme de tourisme regroupant toutes les activités de loisirs en rapport avec l’agriculture, nommée agritourisme, apparut et entama une phase de croissance. De nombreuses régions agricoles furent l’objet d’un processus d’aménagement auquel participèrent Chambres de commerces, associations agricoles, organisations régionales, mais aussi des hommes d’affaires, des propriétaires, des notaires etc. Leur accessibilité fut améliorée et les logements furent réhabilités et équipés de l’électricité et de l’eau.

Ainsi, le tourisme rural italien a profité du développement précoce de l’agritourisme, lequel a très tôt mobilisé une très grande diversité d’acteurs privés. Touristes italiens et étrangers ont très rapidement manifesté leur goût pour ce type de tourisme valorisant la vie simple, le calme et les produits traditionnels. Dans les années 1970 déjà, le séjour à la campagne était à la mode, et acteurs locaux et nationaux avaient compris que les espaces agricoles en crise pouvaient profiter de la proximité des concentrations de population des aires urbaines pour relancer leur économie.

Lire le mémoire complet ==> (La mise en tourisme du patrimoine viticole : l’exemple du Chianti)
Mémoire professionnel présenté pour l’obtention du Diplôme de Paris 1 – Panthéon Sorbonne
Université de Paris 1 – Institut de Recherche et d’Etudes Supérieures Du Tourisme