Des pratiques de curiosité, accrue avec l’avancée en âge

By 11 November 2012

2.2. Des pratiques de curiosité

2.2.1. Des pratiques de voyages pour découvrir et s’ouvrir au monde

Si les loisirs évoluent pour des raisons structurelles, leurs buts évoluent également. Du discours des enquêtés ressort un attrait de curiosité. Les pratiques de voyage sont particulièrement révélatrices de cela, et certains enquêtés ont recentré leurs objectifs propres aux voyages. En effet, certains considéraient auparavant les voyages comme un moyen de profiter du soleil et de se reposer. Mais les voyages assimilés aux vacances et au repos ont pris au fil du temps une toute autre signification. Les voyages sont aujourd’hui pour certains l’occasion de découvrir d’autres cultures, tant les peuples que le patrimoine. Le goût pour la curiosité est donc plus prononcé :
« Maintenant, j’ai plus envie de découverte des populations, découverte de vestiges anciens comme en Egypte ou au Mexique. J’aime bien découvrir une autre civilisation et ne pas rester dans un hôtel à manger et dormir uniquement. Depuis quelques années je suis plutôt attirée par la découverte d’autres cultures. Enfin moitié moitié. Un peu de farniente mais aussi une semaine de découverte du pays. Je trouve que rester au même endroit pendant 15 jours comme je faisais avant, c’est lassant et puis ça n’apporte pas grand chose. » (Marie, F, 49 ans, pharmacienne)

Ce goût accentué pour la découverte constitue une démarche compréhensive du monde. Dans les voyages, les rapports interculturels sont un enrichissement pour l’individu. Cette ouverture au monde peut être comprise comme un désir de d’explorer ce monde face à une perspective temporelle qui se raccourcit :
« On voit d’autres cultures, d’autres manières de penser. On réfléchie, c’est pas des voyages avec le plaisir d’aller au bord de la mer et de se mettre les doigts de pied en éventail. C’est pour comprendre d’autres types de cultures et d’autres mentalités. Finalement on se dit que c’est plutôt ben chez nous. » (Eric, H, 47 ans, administrateur civil)

Cette ouverture au monde se traduit aussi par un rapport plus direct au monde. En effet, certains enquêtés s’adonnent à des escapades particulièrement aventurières lors de leurs séjours à l’étranger. Ce n’est ni le confort ni la détente qui les préoccupe, mais un retour à la nature, et l’essence des choses. S’éloigner du confort caractéristique des pays développés pour se rapprocher de la nature, mais aussi de la culture locale est donc un moyen de se dépayser du quotidien et de la routine qui le caractérise, c’est aussi un moyen de concrétiser un autre rapport au monde :

« Je fais toutes destinations. Ca peut être l’Afrique comme l’Amérique latine, prochainement c’est la Libye, et je vais aussi aux sports d’hiver. Et avant c’était le Venezuela et la Chine. […]Je fais toujours des voyages organisés, mais avec de l’aventure. Toujours un circuit, une quinzaine de jours pour que ce soit quand- même un peu sportif et à la fois découvert de l’intérieur du pays. […] Je recherche une immersion totale dans un pays. Aussi bien chez les paysans que les citadins. Mais je veux voir les deux. […]Le côté aventure ça reste toujours le côté un peu sportif. Et puis le côté un peu précaire, dormir à la belle étoile, ne pas avoir d’eau pour se laver. Et le lendemain basculer dans un bon lit et pouvoir se laver. » (Martine, F, 50 ans, chargée de mission formation)

Les pratiques de voyages caractérisent donc une curiosité qui s’accentue avec l’âge. Cette démarche répond à un désir d’explorer le monde si vaste face à une perspective temporelle restreinte. C’est aussi adopter une autre posture face au monde.

2.2.2. Des pratiques télévisuelles vecteurs de connaissances

Les pratiques télévisuelles sont des analyseurs des centres d’intérêt des individus pendant leur temps libre. Les programmes télévisés des enquêtés sont d’ailleurs révélateurs d’une démarche de curiosité. Pour certains enquêtés, leurs pratiques télévisuelles ont évolués au fil du temps. Préférant auparavant l’art cinématographique, certains se sont davantage tournés vers des émissions de reportages ou de débats offrant un enrichissement intellectuel. Le passage du divertissement à l’information c’est donc le passage à un regain d’intérêt pour l’enrichissement intellectuel :

« Je dirai que maintenant j’aime plutôt regarder des émissions intéressantes comme Des racines et des ailes, pour découvrir et apprendre, toujours apprendre. C’est vrai que je regardais plus facilement des films. Avant j’étais plus axée sur le cinéma que des films de découverte. » (Marie, F, 49 ans, pharmacienne)

Au-delà de l’enrichissement intellectuel, la télévision est également pour l’individu un moyen de s’évader du quotidien.

Face à une vie routinière bien ancrée comme cela a été expliqué précédemment, la pratique télévisuelle apparaît être un vecteur de « rêve » :
« Moi je suis accès sur tout ce qui peut m’apporter du rêve, Thalassa, Ushuaia. J’aime tout ce qui me permet à avoir à découvrir le monde. Je suis intéressé par tout ce qui est culture, évasion, et imprégnation dans la vie des pays. L’éducation, la façon de vivre. Je suis assez explorateur de ces domaines-là. » (Laurent, H, 54 ans, capitaine de police)

L’activité professionnelle qui limite le temps de loisirs engendre une sélectivité des programmes télévisuels. Ainsi l’individu sélectionne des programmes qu’il considère enrichissants :

« Je connais bien la télé parce que je regarde le programme tous les jours, ça m’intéresse bien la télé. Mais en fait je ne la regarde pas beaucoup, je prends que certaines choses qui me plaisent. Je regarde systématiquement n’importe quoi pendant que je mange par contre. Sinon je regarde certains films qui m’intéressent vraiment, certains documentaires ou des reportages. En fait c’est pour avoir des informations. » (Rémi, H, 54 ans, psychiatre)

2.2.3. Une curiosité continue et accrue avec l’avancée en âge

Cette démarche de curiosité s’insère dans les voyages, les pratiques télévisuelles, mais aussi dans les formations professionnelles que certains enquêtés ont suivi tout au long de leur carrière professionnelle et envisagent de poursuivre :
« Moi j’ai toujours voulu plus. Là je me calme en vieillissant, mais pendant longtemps je faisais une chose je voulais en faire une autre. Et puis j’ai toujours eu une grande soif intellectuelle, j’ai toujours fait des formations, même à plus de 55 ans j’ai fait ma formation de médiatrice, même encore maintenant je vais peut être faire une formation de superviseur. J’avais dit que j’allais arrêter mais !… » (Claudine, F, 60 ans, médiatrice familiale)

Cette démarche de curiosité se rattache également à une recherche de sagesse, qui désigne le savoir et la vertu d’un être. Pour certains, la sagesse constitue un idéal humain, un état de réalisation qui s’appuie sur une connaissance de soi et du monde. Jadis on disait que la vieillesse permettait d’acquérir des facultés particulières : la sagesse qui naît du savoir de l’expérience et des leçons de la vie. Mais aujourd’hui encore, certains enquêtés à l’approche de l’âge de la vieillesse considèrent la sagesse comme une forme de bonheur qu’ils souhaitent atteindre. Cette représentation de la vieillesse impacte alors sur les activités de loisirs insérés dans une démarche de curiosité :
« Je dirais que je recherche une certaine forme de sagesse. » (Eric, H, 47 ans, administrateur civil)

En définitive, les pratiques de voyages et télévisuelles révèlent une démarche de curiosité avec l’avancée en âge. Mais l’avancée en âge s’accompagne également des effets physiologiques du vieillissement entraînant des pratiques adaptées.

Lire le mémoire complet ==> (Les 45-60 ans : âges de transition)
Master 2, Magistère de sciences sociales appliquées à l’interculturel
Université Paris Descartes, Faculté des Sciences Humaines et Sociales Sorbonne