Chianti Classico : un riche patrimoine viticole

By 28 November 2012

2. Le Chianti Classico : un riche patrimoine viticole de renommée internationale

Le Chianti Classico est un terroir renommé à l’échelle internationale. Ses vins sont commercialisés dans la plupart des pays européens et sont particulièrement appréciés aux Etats-Unis. Outre ce rayonnement commercial, le Chianti Classico est rattaché à un patrimoine rural, celui des producteurs et de leur savoir-faire, mais aussi celui des huit principales communes sur lesquelles s’étend la zone de production. Il convient donc de présenter les différents éléments qui participent à sa dimension patrimoniale et ainsi à son attractivité touristique.

Les études réalisées par différents chercheurs sur le Chianti Classico ainsi qu’une analyse des actions réalisées par le Consortium Vino Chianti Classico ont permis d’explorer ces différentes questions.

2.1 Un espace économique et culturel homogène

Le terroir Chianti Classico occupe une place particulière parmi les zones de production viticole toscanes. La Toscane se caractérise de fait par une imbrication très forte de terroirs locaux qui, comme en Bordelais, s’enchevêtrent en une mosaïque complexe. Outre le Chianti Classico, plusieurs vins portent la Dénomination d’Origine Controlée et protégée Chianti (Denominazione di Origine Controllata e Garantita) : le Chianti Colli Fiorentini, le Chianti Colli Senesi, le Chianti Montalbano, le Chianti Montespertoli, de Chianti Colli Aretini, le Chianti Rufina et le Chianti Pisane (Fig. 1). Or le terroir Chianti Classico est le seul terroir correspondant à un espace précis, identifié comme une zone de production homogène et immuable car liée à une histoire, à un patrimoine commun. Celle-ci a d’ailleurs été reconnue par un décret ministériel de 1932, et ses limites sont restées inchangées depuis. L’espace du Chianti Classico a de fait toujours été assimilé à la zone originelle de production de Chianti, d’où la reconnaissance de sa primauté et de son identité particulière par les pouvoirs publics.

Aussi, si la production de Chianti s’est étendue vers l’Ouest à partir du 18ème siècle, jusqu’aux abords de Pise, l’appellation « Chianti Classico » ne peut être attribuée qu’à des vins produits dans les limites de la zone de production évoquée précédemment, laquelle s’étend sur deux provinces et comprend neuf communes situées entre Sienne au sud et Florence au Nord, les montagnes du Chianti à l’Est et les rivières de l’Elsa et de la Pesa à l’Ouest : Greve in Chianti située dans la province de Florence, Castellina in Chianti, Gaiole in Chianti et Radda in Chianti situées dans la province de Sienne ainsi que sur une partie des territoires de Barberino Val d’Elsa, de San Casciano in Val di Pesa et de Tavarnelle Val di Pesa administrées par Florence, de Castelnuovo Berardenga et de Poggibonsi qui dépendent de la province de Sienne. A ce critère de distinction de nature historique, s’est ajouté plus récemment un critère d’ordre qualitatif et organoleptique : le terroir Chianti Classico produit un vin auquel l’Etat a attribué une Denominazione di Origine Controllata e Garantita indépendante des autres DOCG Chianti, en raison de la particularité des procédés de fabrication suivis par ses producteurs. Et de fait, les autres vins Chianti sont dotés d’une même DOCG qui n‟est quant à elle pas fondée sur des critères spatiaux et historiques précis.

Carte des appellations de la zone Chianti
Figure 1: Carte des appellations de la zone Chianti

(Dessin de G RAVIGNON, HINNEWINKEL, 2004, Les Terroirs viticoles, Origines et devenirs. p.221). Dès le Moyen Age, la production de vins similaires à ceux du célèbre vin issu des collines du Chianti se développa dans des espaces ruraux périphériques. La spécificité de chaque produit fut reconnue au 20ème siècle, par l’attribution d’appellation Chianti distinctes en fonction des vins et des zones de production.

Le terroir Chianti Classico est donc un espace viticole lisible qui se caractérise par une histoire, des procédés de fabrication et un vin qui lui sont propres. Il correspond donc à un ensemble rural dont l’unité est fondée sur une identité forte et un système socio-économique homogène.

2.2 Le patrimoine du terroir Chianti Classico
2.2.1 Le vin Chianti Classico : un produit historique et culturel

Outre l’appellation attribuée à son vin, le Chianti présente une forte identité qui s’est construite au cours des siècles autour de la viticulture. Et de fait, le vin a structuré le système économique local très tôt, créant une culture et une organisation sociale particulières. La vigne y est cultivée depuis l’Antiquité. Les premiers relevés parcellaires datent de la fin du 14ème siècle. Dès cette époque, le Chianti apparaît comme un vin de référence. Apprécié par la classe dirigeante sous les Médicis, il est produit en quantités pour approvisionner Florence en vins de qualité. Egalement convoité par les anglais, les exportations à destination de l’Angleterre deviennent régulières à partir du 17ème. Il bénéficie ainsi déjà à cette époque d’une renommée internationale. Enfin, le Chianti classico, cœur historique du Chianti, fut la première région viticole délimitée à l’échelle mondiale. De fait, en raison de sa réputation, de nombreuses imitations du vin Chianti étaient produites dans des espaces ruraux extérieurs à la zone de production traditionnelle. Aussi, afin de mettre fin à la contrefaçon, Côme III, duc de Toscane décida en 1716 d’émettre un édit selon lequel il reconnaissait officiellement les limites du district du Chianti (Fig.2). Ainsi, l’espace rural est spécialisé dans la production de vin d’exportation depuis le 15ème siècle, et Sienne et Florence revêtent depuis cette époque le statut de capitales du Chianti. Or cette demande extérieure a favorisé la création progressive d’un espace tourné vers la fabrication d’un produit gastronomique emblématique, le vin rouge Chianti Classico (Doc 2 ; ICOMOS, 2005 ; HINNEWINKEL, 2004).

L’évolution des vignobles de Florence depuis le Moyen Age
Figure 2 : L’évolution des vignobles de Florence depuis le Moyen Age (ANGER V.)7

La société locale s’est en effet très tôt organisée pour produire des vins de qualité destinés à diffuser une image prestigieuse des grands propriétaires locaux et à satisfaire les attentes de haute bourgeoisie et de l’aristocratie. Le mode de mise en valeur choisi a en conséquence façonné les paysages au cours des siècles. Les vignes ont été plantées sur les flancs des collines et dans les vallées du Chianti, en alternance ou avec les oliviers (Fig. 3). Les vallons sont couronnés de villas en pierres ceinturées de cyprès flammes. L’ensemble forme ainsi le paysage toscan archétypique représenté sur les tableaux et décrit dans la littérature. De même l’ancienneté de la spécialisation viticole a contribué à l’émergence d’une identité étroitement liée à la production du vin. L’année est marquée par une diversité de manifestations traditionnelles destinées à célébrer les grandes étapes annuelles de la fabrication du vin : fête du vin, fête des vendanges etc.

Photographie du paysage chiantigiano
Figure 3 : Photographie du paysage chiantigiano (ANGER V., San Casciano in Val di Pesa).

Vigne, oliveraies et cyprès flammes composent le paysage rural du Chianti et le rattachent au paysage toscan si recherché et apprécié par les visiteurs.

2.2.2 Il paesaggio chiantigiano

Le vin renvoie aussi aux paysages qui lui sont associés et qui contribuent à sa renommée. De fait, le Chianti est produit dans une région où les paysages sont admirés pour leur beauté et nourrissent tout un imaginaire. Aujourd’hui particulièrement convoités aux Etats-Unis, en Angleterre, et en Allemagne, leurs représentations se sont façonnées dès la Renaissance. Ces images idéalisées du bel paesaggio sont présentes dans les tableaux Renaissance à l’image du Bon Gouvernement, fresque créée par Ambroggio Lorenzetti en 1336, sur laquelle on peut voir le duc de Sienne inspectant les travaux des champs et notamment des vignes. Les écrivains ont également contribué à la renommée de cet espace. Stendhal ou Anatole France ont témoigné du plaisir et de la sensation de tranquillité qu’ils ont éprouvée en contemplant les collines toscane. Il est à noter que ces représentations sont souvent celles de citadins ou d’étrangers fantasmant cette nature habitée, entretenue, parcourue et fertile. Elle est devenue un endroit reposant par opposition à la ville bruyante et densément construite pour les habitants de Florence (PERRIN, 2009).

Ce paysage témoigne en outre de l’héritage du passé. Les centres des communes du Chianti abritent un riche patrimoine médiéval (Remparts, Vieux Palais, Eglises etc.). Greve in Chianti présente ainsi en son centre une place de forme triangulaire entourée de constructions médiévales et qui donne sur une église en pierre datant de l’époque moderne. De même, San Casciano in Val di Pesa, Barberino Val d’Elsa et Radda in Chianti ont conservé leur rempart ainsi que la trame urbaine médiévale de leur centre historique (Fig. 4 et 5). Plus globalement, des palais et des bâtiments édifiés au Moyen Age à l’époque moderne donnent aux neuf communes une allure pittoresque, en rupture avec l’architecture moderne et urbaine. Des châteaux et des villas hérités de la Renaissance et de l’époque moderne sont encore visibles au cœur des espaces agricoles. Les châteaux de Verrazzano (San Casciano in Val di Pesa), de Meleto, de Brolio (Gaiole in Chianti), sont autant d’édifices construits par les grandes familles locales ayant marqué l’histoire du Chianti. Les paysages et l’organisation actuelle de l’espace sont en partie liés à l’évolution et à l’ancienne structure de leur domaine. Le système de la mezzadria qui a prévalu dans cette région du Bas Moyen Age au XXème siècle a en effet donné naissance à de grands domaines appartenant à la noblesse citadine, lesquels étaient exploités par des paysans liés au propriétaire par un contrat. Une terre et un bâtiment d’habitation, nommé podere, étaient attribués à l’exploitant, il mezzadro. L’adoption de ce mode de faire valoir indirect s’est en conséquence accompagnée d’une restructuration des espaces ruraux : les poderi furent aménagés autour d’un château ou d’une fattoria (l’édifice central d’une propriété) faisant office de résidence de campagne ou de logement pour le régisseur principal du domaine. Or le paysage chiantigiano est fortement marqué par cette organisation socio-économique, qui a prévalu jusque dans les années 1950. La répartition actuelle du patrimoine naturel et monumental témoigne ainsi aujourd’hui de cette période fondatrice.

Vue aérienne du bourg de Gaiole in Chianti Vue aérienne du bourg de Radda in Chianti
Figure 4 : Vue aérienne du bourg de Gaiole in Chianti Figure 5 : Vue aérienne du bourg de Radda in Chianti

Gaiole et de Radda in Chianti, deux communes membres de la ligue du Chianti au 13ème siècle, ont conservé leur centre médiéval. Elles témoignent donc de l’héritage historique du Chianti. En outre, construites sur un site surélevé, elles offrent une vue sur les paysages de vignes environnants. (Source : http://voyagesenduo.com/italie/chanti.html)

Enfin, le Chianti est aussi associé à l’histoire des provinces dont il dépend, et aux villes culturelles qui l’environnent. Dès le Moyen Âge, le Chianti était en effet un espace rural convoité par les deux cités de Florence et de Sienne. Son contrôle fut l’objet de nombreuses batailles entre les deux provinces, lesquelles eurent un impact sur l’identité collective locale.

Et de fait, au 13ème siècle, suite à la victoire de Florence sur Sienne, le Chianti passa sous le contrôle de la province de Florence. Il fut alors demandé aux communes d’organiser leur propre défense. Cinq communes fondèrent la Ligue du Chianti, et décidèrent de prendre un coq noir pour emblème. Depuis, cette image est restée associée au Chianti. Le Consortium du vin Chianti Classico a ainsi a ainsi choisi un coq noir, il gallo nero, comme logo pour ses bouteilles de vins. La campagne du Chianti est en outre visible depuis la coupole de la cathédrale Santa Maria del Fiore de Florence et depuis le beffroi de Sienne. Ces perspectives sont caractéristiques de ces villes et participent à leur attrait. Le paysage de Chianti constitue donc un patrimoine riche et créateur d’imaginaire à l’échelle internationale.

Lire le mémoire complet ==> (La mise en tourisme du patrimoine viticole : l’exemple du Chianti)
Mémoire professionnel présenté pour l’obtention du Diplôme de Paris 1 – Panthéon Sorbonne
Université de Paris 1 – Institut de Recherche et d’Etudes Supérieures Du Tourisme

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7 Copie du dessin de N. Pau-Martinez, HINNEWINKEL, 2004, Les Terroirs viticoles, Origines de terroir, p 209