Une structure institutionnelle fixe, le Point Info Jeunesse.

By 20 October 2012

2. Terrains observés, quelques exemples.

Cette partie de mon travail reste très importante dans la compréhension de ma démarche méthodologique. Elle expose tout d’abord une observation menée l’an dernier lors de mon travail de maîtrise, sur une structure institutionnelle fixe, le Point Info Jeunesse. Elle présente donc un travail achevé, réfléchi, analysé et mûri, le temps ayant été suffisant pour en rendre compte.

Elle expose ensuite l’observation d’un groupe de rap, la Pléiade, sur le point d’enregistrer le générique d’un épisode du feuilleton «l’instit », représentant la mobilité de la jeunesse. Cette observation a été faite l’an dernier lors de mon travail de maîtrise mais n’a été que très peu exploitée jusqu’à ce jour.
Les deux autres observations exposées ici, le lieu Odyssée sonore et les rencontres des cultures urbaines de La Villette ont été réalisées cette année et se présentent plutôt sous la forme de monographie que je souhaite pouvoir retravailler plus tard.

2.1. Une structure institutionnelle fixe, le Point Info Jeunesse.

Ce lieu, situé sur une ville du Val d’Oise a été observé lors de mon travail de maîtrise et reste un bon exemple de l’intérêt de ma démarche ethnographique.
Situé en centre ville, au rez-de-chaussée d’un immeuble d’habitations, près de diverses boutiques et d’une librairie réputée, le Point Info Jeunesse occupe l’ancien local de l’ANPE. C’est un espace formé d’une porte vitrée pour l’accès principal, et de nombreuses fenêtres munies de volets.

A l’intérieur, le local est divisé en deux parties. A gauche, le Point Info Jeunesse tient ses bureaux, avec un espace d’attente et une grande salle de réunion. A droite, les locaux sont occupés par une permanence de l’UNICEF. Il y a aussi un espace d’attente, une petite salle de réunion et un bureau.
Le côté occupé par le Point Info Jeunesse est formé de trois bureaux, celui de la secrétaire, celui de la permanence juridique et celui de la responsable. A l’entrée un espace est aménagé avec des sièges accrochés aux murs et, dans le fond, un comptoir, vestige de l’ancien usage des lieux par l’ANPE. Les bureaux sont vitrés et munis de stores. Le sol est carrelé et l’aspect général reste froid et sombre.

Ces locaux appartiennent à la mairie et peuvent donc servir de lieu de réunion, indépendamment de toutes activités liées à la jeunesse.
Lors de mes visites successives, et récemment encore, je me suis aperçue que les volets pouvaient être ouverts ou fermés, alors que le lieu restait accessible. Je me suis donc interrogée sur la signification de ce fait. J’ai pu, après de nombreuses observations à différentes heures et sur différents jours, associer l’ouverture des volets avec la présence de la responsable. Lorsqu’ils sont fermés, seule la secrétaire est présente.
Visiblement, ce fonctionnement non institutionnel est connu des jeunes car leur absence est remarquable quand les volets sont fermés et que la responsable n’est pas là, quelque soit le jour ou l’heure.

Il est aussi important de remarquer que dès que la responsable entre dans le local, la secrétaire ferme la porte de son bureau.
Ainsi l’accès de ce lieu public, destiné aux jeunes, semble régi non pas par les horaires affichés sur la porte, mais par des règles non officielles que chacun est sensé connaître et respecter.
A partir de cette observation, un certain nombre de questions se posent. Ce lieu public cherche-t-il à se protéger des non initiés et donc à devenir, en quelque sorte un espace privé ? Quel est alors le rôle d’un tel espace ?

Si on écoute le discours de la responsable, on entend que son rôle est d’orienter la jeunesse, de l’aider, de l’épauler dans ses recherches, quelles qu’elles soient. La jeunesse a aussi besoin de se réconcilier avec le monde adulte, et surtout les seniors, d’où la situation en plein centre ville du local.
On se retrouve ici face à un discours bienveillant face à une certaine jeunesse, qui accepte les règles qu’on lui impose, à commencer par l’accès au local. Pour les autres, d’autres structures existent ailleurs.
Lorsqu’on interroge les jeunes sur ce local et son projet, un tout autre discours apparaît. Les projets sont triés et les services se bornent à faire signer des contrats, tout au moins pour les musiciens, avec des instances extérieures. Ensuite, chacun se débrouille.

Cette observation, complétée de rencontres, permet donc de mieux saisir l’intérêt du travail de terrain. En effet, si les entretiens m’ont permis de compléter mes informations sur le travail officiel du lieu, mes observations m’ont permis de saisir des faits dont personne ne parle, car ils font partie du quotidien et sont rentrés dans le «normal ».
Pourtant, ils ne correspondent à aucune décision officielle, mais ont dû s’installer, jour après jour, avec la routine du lieu. Tout le monde semble avoir intégré les modes de fonctionnements particuliers de ce Po int Info Jeunesse, tout le monde, ou tout au moins, tout le public que l’on souhaite voir dans ce lieu.

Je ne pousserai pas, ici, plus loin le travail d’analyse de ce lieu voulant simplement montrer au lecteur l’intérêt et la richesse d’un travail de terrain sur le mode ethnographique.

La jeunesse et le rap _ Socio-ethnographie d’un espace intermédiaire
Mémoire – Département des Sciences de l’Education
Université Paris X – UFR SPSE