Qu’est-ce que la jeunesse ? Définition de la jeunesse

By 18 October 2012

2. Définition et redéfinition de la jeunesse.

Qu’est-ce que la jeunesse ?

« Je ne sais plus – C’était il y a longtemps – C’est ceux qui cassent tout – c’est un âge de la vie – C’est le moment où on se cherche – C’est après l’enfance – Il n’y en a plus – C’est ceux qui traînent dehors à rien faire – C’est notre espoir – C’est difficile – C’est éphémère – C’était la liberté – C’est la précarité – C’est l’adolescence – Ce sont des tracas – C’est un âge perturbé – C’est la vie – C’est la vivacité – Ce sont tous des sauvageons – C’est un état d’esprit – C’est une façon d’être – C’est l’insouciance – C’est un temps nécessaire de cadrage – C’est avant le Lycée – C’est violent ». (Propos recueillis lors de mes recherches ou simplement au quotidien).

Comme on peut le constater, si on écoute le discours sur la jeunesse, cette période semble placée au sein d’un débat. Chacun ayant sa vision qui le renvoie à son vécu ou à son quotidien.

Si on interroge l’Histoire, on s’aperçoit que la jeunesse est un état récent, souvent considéré comme un vecteur du changement social. Pourtant, l’idéologie qui entoure le discours sur la jeunesse semble le plus souvent en décalage avec les comportements des jeunes. En fait, ce que l’on attend d’eux correspond rarement à leurs pratiques effectives. Peut-être est-ce dû à la définition même de la jeunesse.
Médecins et psychologues dans les années cinquante avaient le monopole du discours sur les jeunes. Ils définissaient alors la jeunesse par rapport à des transformations physiologiques et comme une période de maturation psychologique ou morale.

Les fonctionnalistes rangeaient la jeunesse dans un rôle social, voire de renouvellement social, qui se situait plus dans une optique philosophique du «pourquoi des jeunes » plutôt qu’une approche sociologique qui serait «comment s’organise le déroulement des âges »8.
En fait, il semble plus objectif de considérer la jeunesse au sein d’une définition sociale, s’appuyant sur la place qu’ils occupent dans la structure sociale, sur leur participation effective et spécifique aux rapports sociaux.
Pourtant, cette place reste floue, mal définie et provisoire. Cette constatation est à la base de mon interrogation sur la jeunesse.

La jeunesse au sens sociologique du terme n’a pas toujours existé. Il faut que les temps de passage s’étirent pour voir apparaître une certaine consistance sociale. Dans les sociétés primitives, on est enfant jusqu’à ce que l’on passe un ensemble de rituels qui nous conduit vers l’âge adulte. Il n’y a pas d’état intermédiaire. En fait, la jeunesse semble bien être une invention sociale dont la définition évolue avec la société.
Etre jeune n’a pas toujours signifié la même chose. A partir du XVIIIe siècle la bourgeoisie aisée modifie son attitude envers sa descendance. Alors que la Révolution fait triompher l’idée de l’égalité de tous à la naissance, l’attention que l’on porte à ses enfants intervient dans le maintien d’un statut social. S’impose alors la nécessité d’une éducation extra-scolaire visant à assurer la réussite sociale et professionnelle. Ainsi apparaît progressivement un nouvel âge de la vie : l’adolescence.
Philippe Ariès9 pose la thèse que le Moyen-Age et le début des temps modernes ne reconnaissent pas le jeune en tant que tel. Dès l’âge de sept ans, les jeunes sont pratiquement confondus avec les adultes.
Pourtant, en 1982 paraît un article dans les annales de l’Est remettant en cause cette théorie de l’ignorance de l’enfance au Moyen-Age. Quel que soit le débat, il semble bien que ce soit la massification de la scolarisation qui ait engendré le concept moderne d’enfant.

L’étudiant du Moyen Age, très minoritaire, appartient à un groupe spécifique au sein duquel il fait son apprentissage, souvent violent, de la vie. Des communautés juvéniles vagabondent, traversant la France et terrorisant les bourgeois lors de leurs voyages universitaires. L’esprit corporatif est alors très développé.
Cette période initiatique est pourtant réservée à une élite. La plupart des enfants d’alors sont livrés à eux-mêmes et ne reçoivent aucun enseignement scolaire. Et bien que le sentiment d’éducation ne soit pas totalement absent du Moyen-Age, la nécessité de s’établir précocement interdit à l’adolescence de se développer socialement.

Au XIXe siècle, on se retrouve face à trois sortes de jeunesse : bourgeoise, ouvrière et traditionnelle. La jeunesse bourgeoise reste une élite très restreinte qui reçoit un enseignement secondaire complet, l’enseignement supérieur n’apparaissant qu’à la fin du XIXe siècle. La bourgeoisie a des sentiments à l’égard de sa jeunesse. Pourtant, si elle encourage le désir de réussite individuelle, elle garde une autorité de fer sur elle, n’hésitant pas à user de son droit tout puissant sur cette jeunesse qui doit avant tout obéissance.
La jeunesse ouvrière n’a pas vraiment de place dans cette société où le travail reste prédominant. L’ancien modèle de la famille paysanne n’existe plus dans ces milieux ouvriers marqués par l’instabilité de l’emploi et la précarité sociale.
L’enfant doit très vite contribuer au soutien de la famille. L’école reste superflue. Il faudra attendre la loi Ferry de 1882 qui instaure l’école obligatoire pour parler de socialisation de la jeunesse ouvrière. Ainsi l’entrée précoce dans la vie active clôt une possible jeunesse.

La jeunesse traditionnelle trouve dans l’école la possibilité de s’évader d’un monde agricole rude. L’instruction est alors reliée à l’accès à une certaine position sociale. La bourgeoisie n’est plus seule à accéder au savoir, et les classes moins favorisées commencent à envisager un avenir meilleur pour leurs enfants.
L’école semble donc bien être à l’origine d’une possibilité pour la jeunesse d’exister et d’échapper au destin que lui réservait, alors, son appartenance à une classe sociale définie.

2.1. La jeunesse autrefois.

Dans la période de l’entre-deux-guerres, la jeunesse populaire est un groupe qui se distingue par le fait qu’il ne va plus à l’école, n’est pas marié et vit chez ses parents, sous leur contrôle.
La jeunesse se détache nettement de l’enfance à treize ans, lorsque l’école s’achève avec une entrée rapide dans le milieu du travail.

A la campagne, le jeune prend part aux travaux de la ferme répartis en fonction des sexes.
A la ville, le jeune est placé en apprentissage ou entre directement dans le milieu du travail. Les filles sont soit placées comme vendeuses, soit envoyées en usine.
Ce passage de l’enfance à la jeunesse reste marqué par des rites sociaux. La fin de l’école est célébrée dans de grandes fêtes populaires où on brûle même les livres et les cahiers. Le certificat d’études marque aussi l’entrée dans la vie adulte en se déroulant de façon théâtrale. La communion solennelle coïncide avec la fin des études. Quand on «fait » sa communion, on devient un jeune à part entière. Les cadeaux reçus alors témoignent de cette entrée dans un nouvel âge (bijou, nécessaire de toilette). L’Eglise catholique solennise, en quelque sorte, l’entrée dans la jeunesse.

La jeunesse populaire travaille, gagne de l’argent, mais n’est pas pour autant indépendante. Le plus souvent, vivant dans leur famille, les jeunes donnent leurs salaires jusqu’à leur majorité. Les garçons restent ainsi jusqu’à leur service militaire. Ce principe de versement intégral des revenus à sa famille est normal et peut même devenir un sujet de fierté. Cette coutume va persister jusqu’au début des années cinquante.
Pourtant, le jeune reste reconnu comme tel. Il n’est plus un enfant, il doit s’amuser avec ses camarades du même âge. En milieu ouvrier et paysan, le jeune reçoit de l’argent de poche, qu’il utilise dans ses loisirs. Le bal reste l’attraction principale où on se rend en bande. On y rencontre souvent son futur conjoint. La collectivité approuve ces façons d’être.

Le mariage marque l’entrée dans la vie adulte. Pourtant, il existe une nette différence entre les garçons et les filles. La fin du service militaire coïncide souvent avec le mariage des garçons. En effet, les dix huit mois passés sous les drapeaux permettent aux garçons de se séparer de leurs familles et de devenir «des hommes ».
A leur retour, ils supportent assez mal la tutelle de la famille. Le mariage leur permet de trouver une autonomie extérieure.

La jeunesse est finie et les garçons ne manquent pas «d’enterrer leur vie de garçon ». Les filles sont plus discrètes. La noce peut avoir lieu et être sanctionnée par une cérémonie religieuse, le couple annonce à la collectivité son changement de statut.
On constate donc que cette société définit de façon claire les rôles sociaux de chacun et surtout de sa jeunesse. Ce temps transitoire est accepté par tous. Il n’y a pas de conflits de génération, ou s’ils existent, ils surviennent à la frontière avant le passage vers l’âge adulte, chez les jeunes filles «bonnes à marier » ou chez les garçons revenus du service militaire.
En fait, cette organisation intègre par avance sa propre contestation. Le groupe des jeunes reste l’avenir de la société. Elle lui reconnaît des caractères spécifiques (tapage, exubérance), «il faut bien que jeunesse se passe ».
Les aubades du jour de l’An données aux élus locaux et lors du Carnaval permettent à la contestation d’être désamorcée10.

La jeunesse bourgeoise connaît des transitions moins bien définies avec l’âge adulte. La fin de l’école primaire et la communion solennelle ne marquent pas une étape, car les études se prolongent.
Le service militaire conserve une place importante dans la vie de la jeunesse, le sursis d’incorporation (1905) permettant de finir ses études. La place sociale de cette jeunesse lui donne le droit de traverser ce temps, en conservant une vie sociale autonome. Le passage sous les drapeaux n’a donc pas la même signification que pour les simples soldats, issus des milieux populaires. D’autre part, on distingue nettement les garçons des filles.

Le jeune bourgeois fait des études, ne travaille pas, n’habite pas chez ses parents et échappe à leur contrôle. Il n’est pas marié et doit donc avoir des aventures.
Dans l’entre-deux-guerres, les études prennent une place importante dans la bourgeoisie. En effet, la société change, l’inflation menace, on prend conscience de l’impossibilité de continuer à ne vivre que de ses rentes. On se prépare donc à gagner sa vie. Les études deviennent sérieuses, la jeunesse commence seulement après l’obtention du baccalauréat. Avant cela on reste un enfant étroitement surveillé. Si l’étudiant ne vit pas dans sa famille, il est pensionnaire au collège et au lycée. Après le baccalauréat, la vie change. On prépare les grandes écoles, on «fait » médecine ou droit. Il faut alors partir vers une des vingtaines de villes qui proposent ce genre d’études. Le jeune bourgeois vit loin de chez lui tout en dépendant financièrement de ses parents. Il jouit pourtant d’une véritable indépendance, loin de tout contrôle.

Il goûte à ce style de vie et n’est pas pressé de s’établir. Il se marie tard, plutôt vers la trentaine, cette étape marquant pour lui la fin d’une période de transition, il faut déjà être installé dans la vie pour «prendre une femme ».
Les jeunes filles, elles, arrêtent leurs études après le secondaire, accédant progressivement au baccalauréat. Ensuite, elles reviennent auprès de leur mère pour apprendre le métier de maîtresse de maison.
Cette tutelle peut parfois peser lourd. Ainsi les jeunes filles trouvent le salut dans le mariage qui reste un véritable seuil. Elles se marient donc plus jeunes que les garçons.

Pourtant, l’entre-deux-guerres et l’inflation grignotent les dots, il paraît plus prudent aux filles d’obtenir plus de diplômes. Dès 1930-31, les jeunes filles entament des études supérieures principalement en lettres. Les mariages bourgeois s’en voient bouleversés. En faisant des études, la séparation stricte des sexes durant la jeunesse n’est plus. Les familles ne contrôlent plus les rencontres, le mariage d’amour prend alors une grande place et l’installation définitive en ménage n’est plus une obligation pour la vie en couple.
Enfin, contrairement au milieu populaire, le jeune étudiant bourgeois peut faire preuve d’esprit de contestation. La famille étant loin, on peut à loisir la critiquer. On peut aussi transgresser les lois vestimentaires, langagières et morales11.
L’après-guerre voit une jeunesse s’affirmer dans ses sociabilités et au travers d’une culture qui lui est propre. Des idoles naissent, une presse spécialisée voit le jour et le phénomène de «bande », avec une identification comportementale et vestimentaire, apparaît.
En fait, la scolarisation massive permet aux jeunes de tous les milieux de prendre une place dans la société. La classe d’âge adolescente est constituée grâce au temps scolaire.

Pourtant, cette explosion juvénile au milieu d’une société d’adultes va forcément avoir des conséquences et entraîner un affrontement dans toutes les classes sociales. Les bandes et blousons noirs dans les classes populaires, la révolte étudiante dans les classes moyennes et universitaires.
Cette explosion juvénile est tout d’abord liée au taux de natalité qui, dès 1942, croit régulièrement. Ceci est certainement dû à la généralisation et l’augmentation des allocations familiales.
A partir de 1946 naissent annuellement plus de 800 000 enfants contre 600 000 avant la guerre12, et environ 700 000 aujourd’hui.
Pourtant, comme nous l’avons annoncé plus haut, le fait scolaire reste prédominant dans cette nouvelle place de la jeunesse.

« L’école joue sans doute un rôle essentiel parce qu’elle a une fonction de catégorisation et a le pouvoir de définir des classes d’âge »13.
De 1945 à 1958, la population scolaire du secondaire double et s’accroît encore de 69% entre 1959 et 1964.
On peut donc dire que les années cinquante voient apparaître une nouvelle catégorie sociale, avec de nouveaux comportements juvéniles qui lui sont propres et qui commencent à inquiéter la société adulte.

L’ère des blousons noirs est en marche. Influencée par des films américains comme ceux de James Dean (A l’Est d’Eden, La fureur de vivre…) ou de Marlon Brando (Un tramway nommé désir), qui mettent en scène des héros adolescents révoltés, en quête d’authenticité, mais aussi et surtout par une musique venue des Etats-Unis, le rock’n’roll, la jeunesse française se crée une nouvelle image.
Le rock’n’roll est né aux Etats-Unis, de la révolte d’une jeunesse petite bourgeoise, qui s’ennuie à l’école et qui dénonce l’autorité des parents. Cette musique violente et agressive s’est inspirée, au départ, de la musique noire américaine, le rythm’ and blues.

Une presse d’idoles apparaît et remporte un vif succès. C’est d’ailleurs elle qui va donner une nouvelle figure à la jeunesse, en créant des idoles moins bruyantes que les rockers. La France voit alors apparaître les «yé-yé », que les Etats Unis connaissent aussi sous une forme analogue. Ces chanteurs n’ont pas de message de révolte ou de rupture à faire passer, ils mettent juste en scène une certaine jeunesse édulcorée qui dérange moins.

Un nouveau marché de la jeunesse se crée et la société exploite ces nouvelles formes culturelles, tout en s’en méfiant (l’été 1963 voit la grande fête de la musique organisée par Salut les copains tourné au drame, c’est « le soir de la Nation »). Le côté commercial de la culture juvénile est ainsi rattrapé par son côté moins anodin, moins aseptisé. Dans le reste de l’Europe apparaissent aussi des mouvements de violence au sein de fêtes juvéniles. Cette violence, trop souvent gommée, reste très présente dans les années cinquante/soixante, en prenant la forme de bandes ou de blousons noirs.

Les membres de ces bandes ne sont généralement pas des marginaux. Ils sont souvent scolarisés ou occupent un emploi. Ces jeunes développent une attitude de «sursitarisme »14, de latence sociale qui provient d’une différenciation des seuils d’entrée dans la vie adulte. Au sein des villes, cette indétermination entraîne les jeunes à se regrouper en petits groupes.
Cette sociabilité juvénile construit peu à peu un code moral, preuve de l’appartenance à un groupe que la société n’est pas prête d’accueillir. Cette forme culturelle originale est à la fois spécifiquement populaire et juvénile. Elle se crée autour d’échanges verbaux, à propos d’objets d’identification ou de mythes, de vedettes du cinéma ou de la chanson, ou tout simplement de coiffures et de vêtements. Cette morale ségrégative de la jeunesse a persisté d’une certaine façon jusqu’à nos jours15.

On voit donc apparaître une culture spécifiquement juvénile qui finit par investir la culture de masse, elle-même imposant une certaine influence, un échange informel et réciproque s’installant.
En même temps les étudiants voient leur situation changer. L’augmentation des effectifs et le changement rapide de la composition sociale de l’Université remet en cause l’harmonie entre le système universitaire et le système social, créant une crise. En effet nous ne sommes plus dans l’Université de Bourdieu et Passeron16, presque exclusivement bourgeoise dans ses recrutements. L’afflux d’étudiants des classes moyennes et l’ouverture des débouchés de type «semi-professionnels » bouleversent l’équilibre du système.
Toutes ces mutations sont en partie à l’origine de la création d’un syndicalisme étudiant. Une identité sociale autonome apparaît et pousse les étudiants à intervenir en tant qu’acteur politique. L’UNEF prend alors parti dans la lutte contre la guerre d’Algérie (1960), dénonce la politique de limitation des sursis et n’hésite pas à affronter la police. L’indépendance vis-à-vis des partis politiques traditionnels est prise et la mobilisation est forte.
Cette période voit aussi la mise en place du FUA, front universitaire antifasciste qui regroupe, de façon inorganisée, des militants socialistes dissidents et quelques groupes confessionnels non satisfaits du peu d’action de l’UNEF.

Si tous ces événements ont voilé les problèmes purement universitaires, le plan Fouchet, projet de réforme de l’enseignement supérieur, ravive toutes les questions de la massification de l’enseignement.
Il propose de traiter deux types de population étudiante. D’une part une masse de futurs cadres moyens de l’industrie et de l’enseignement, d’autre part, une élite de pointe engagée dans des cycles longs débouchant sur la recherche.
La réaction des étudiants est très forte, aussi bien sur le plan de la mobilisation que sur le plan combatif. De nombreuses manifestations ont lieu pendant deux ans, avec des actions plus ponctuelles (occupation de la Sorbonne).

Un mouvement de masse est né opposant les étudiants, le pouvoir politique et les autorités des Universités. L’université traditionnelle ne convient plus ni dans ses objectifs ni dans son fonctionnement.
Le 22 mars 1968 éclate à Nanterre la révolte étudiante. Nanterre reste un lieu symbolique dans la manifestation de la fin du monopole de la Sorbonne. D’autre part sa situation géographique isole encore plus les étudiants dans une marginalité sociale et une menace de marginalité professionnelle.
Enfin, Nanterre a déjà su prendre une certaine distance avec le cérémonial universitaire et s’interroge sur le rôle de l’université.
Les étudiants se battent donc contre une université archaïque, mais aussi contre un avenir sans bagage scientifique ou culturel.

Après la fermeture de Nanterre, le 2 mai, et la mise en examen de Daniel Cohn-Bendit, le centre du mouvement étudiant se déplace vers le quartier latin et la Sorbonne. Le 3 mai le recteur fait évacuer la Sorbonne, ce qui entraîne divers accrochages dans le quartier latin. Le 6 mai éclate de violentes bagarres à Maubert et à Saint-Germain-des-Prés. Le 10 et 11 mai, c’est la nuit des barricades dans le quartier latin. Le 13 mai, la grève est générale, on manifeste de la gare de l’Est à Denfert-Rochereau et on occupe la Sorbonne. Le mouvement social s’étend alors au-delà du monde des étudiants et remet en cause toute la société.
Ainsi les préoccupations strictement universitaires sont dépassées par une mise en cause, plus globale, du statut de la jeunesse dans la société française des années soixante. Le code moral dictant les rapports sociaux entre les jeunes et les adultes se retrouve en contradiction avec le nouveau fait juvénile.

Edgar Morin expose ainsi le fond commun entre l’explosion de la culture juvénile des années soixante et le mouvement étudiant : l’émancipation de la jeunesse et l’abolition de son statut mineur17.
Il y a quarante ans, donc, la jeunesse faisait son entrée sur la scène publique en revendiquant une nécessaire révolution culturelle. Le changement était en marche vers une ère du collectif et la fin d’un certain ordre social. La génération 68 a créé de nouveaux parents et une nouvelle jeunesse de référence, avec le signe d’une appartenance générationnelle forte.
L’après 70 révèle la crise ; avec elle apparaît une génération de jeunes issus des banlieues. Dans le même temps, le mouvement punk18 émerge en rupture totale avec le mythe de la communauté, de l’authenticité et de la transparence. Une nouvelle jeunesse apparaît dans le milieu urbain avec une culture qui lui est propre. La ville est son territoire, l’invention sa chance pour déjouer la précarité, les relations sa nouvelle famille face à une situation sociale et économique très incertaine.

C’est cette jeunesse, précisément, qui nous intéressera, car elle semble au sein de nombreux enjeux politiques, mais aussi sociaux et culturels.

Lire le mémoire complet ==> (La jeunesse et le rap _ Socio-ethnographie d’un espace intermédiaire)
Mémoire – Département des Sciences de l’Education
Université Paris X – UFR SPSE