Privatisation et actionnariat des entreprises marocaines

By 24 October 2012

IV : Perspectives de l’économie marocaine

Le Maroc est parmi les pays qui cherchent à miser davantage sur les forces du marché et sur l’entreprise privée. En libéralisant l’économie et en mettant en place un cadre de réformes institutionnelles et de mise à niveau de son économie, le Maroc s’est voulu un pays attractif pour les investisseurs et cherche à s’intégrer progressivement dans l’Union Européenne. Ainsi, le Maroc s’est résolument engagé dans la voie d’un accord d’association avec l’union européenne qui est entré en vigueur le premier mars 2000, l’instauration progressive d’une zone de libre-échange s’installera sur une période de 12 ans.

Par voie de conséquence, la restructuration du tissu industriel marocain et la mise à niveau des entreprises s’imposent pour assurer la survie et la pérennité de l’entreprise marocaine face à la concurrence européenne dont les effets commencent déjà à se faire sentir. Les entreprises marocaines en quête de compétitivité doivent entreprendre un effort majeur d’adaptation et de mutation de leurs méthodes et pratiques d’organisation, notamment en matière de technologie, d’innovation, de gestion et de gouvernance d’entreprise. Cette mutation peut être favorisée, d’une part, par le chantier lancé par l’Etat marocain en matière de transparence et de moralisation : pénalisation de la fraude fiscale, pacte de bonne gestion, code des marchés publics et lancement de la modernisation de l’administration, d’autre part par une éventuelle réforme du fonctionnement des administrations et des entreprises.

Paragraphe II : Privatisation et actionnariat des entreprises marocaines

I : Programme de privatisation

Depuis 1996, l’économie marocaine est libérale même si le rôle de l’état est non négligeable. Mais ce n’est qu’après un PAS particulièrement douloureux que l’état choisit le désengagement. A cet égard l’une des décisions les plus importantes était le lancement du programme de privatisation. Ce dernier fait suite à l’établissement d’un constat de carence concernant la performance des entreprises publiques6.

Le programme de privatisation, composante essentielle de la politique de libéralisation économique suivie par le Maroc, est jugé par son impact sur la situation des finances publiques et l’accroissement des performances des entreprises privatisées7. Les objectifs de ce programme consistent dans l’allègement des charges du budget de l’Etat, la limitation et la gestion de la concentration capitalistique et la chance à donner à de nouveaux entrepreneurs. Depuis la mise en œuvre du programme, en 1993 (loi 39-89), les recettes cumulées des ventes s’élèvent à 39,4 milliards d’Euros.

S’agissant du problème du sort des dirigeants des entreprises privatisées, dans la majorité des cas, les repreneurs des entreprises privatisées, dans leur stratégie de développement gardent en place les dirigeants et cadres de ces entreprises en s’appuyant sur le dynamisme et l’expérience de ceux-ci tout en cherchant à adapter la gestion de ces entreprises aux enjeux à venir. Néanmoins, même s’ils restent en place, les dirigeants des entreprises privatisées qui autrefois étaient nommés par le roi risquent de perdre les avantages dont ils bénéficient (autorité, immunité, influence, pouvoir…)8 et doivent par conséquent se soumettre aux règles de gouvernance des entreprises privées.

Le processus de privatisation doit se poursuivre à un rythme soutenu au cours des prochaines années. Il favorisera l’assainissement, la restructuration et la transparence et représentera un apport important en devises. Aujourd’hui, la question-clé de ce changement n’est pas tant de privatiser les firmes que d’améliorer les structures de gouvernement d’entreprise.

II : Actionnariat des entreprises marocaines

Bien que la capacité entrepreneuriale du secteur privé se soit affirmée durant ces dernières années, et son assise financière élargie entraînant un accroissement soutenu de sa contribution à l’investissement, l’importance de son action reste largement conditionnée par le volume de l’épargne. Ainsi ce sont essentiellement les institutionnels, porteurs de valeurs mobilières (les banques, les compagnies d’assurance, etc.) qui ont repris une partie importante du capital des entreprises transférées au secteur privé. Ainsi à côté de l’Etat, les investisseurs institutionnels restent les principaux actionnaires des grandes entreprises marocaines.

Structure de propriété de l’entreprise cotée en 20019

Type

d’actionnaires

Flottant Banques et

Assurances

Etrangers Etat personnel Investisseurs

Institutionnels

Actionnaires

Principaux

Famille
Pourcentage de

détention

20% 13% 10% 2% 0,15% 22% 30% 3%

En ce qui concerne les entreprises cotées, leur capital est détenu à 30% par des actionnaires majoritaires sous forme de holdings, viennent après les investisseurs institutionnels dont certaines institutions de l’Etat, puis le flottant qui constitue 20%. Les banques et assurances qui représentent 13% sont présentes sur tous les secteurs de même que les étrangers. A signaler, l’absence de fonds de pensions sur la place de Casablanca et la faible part de l’Etat.

Malgré la privatisation, le secteur public reste incontournable. Présent dans le capital de 721 entités dont 253 détenues à 100%, l’Etat et ses démembrements constituent de loin le premier capitaliste du pays. Pour certains secteurs dont l’Etat doit conserver la propriété, des concessions pourraient être conclues avec des opérateurs privés. Plusieurs opérations de concession ont été déjà réalisées dans différents secteurs, notamment : la production de l’électricité, la distribution d’eau, d’électricité, les télécommunications…

Malgré le désengagement entamé dans les années 1990, l’Etat actionnaire doit composer aujourd’hui avec de « nombreux bras cassés » dont il a du mal à se séparer, faute de repreneur. En dépit de tous les leviers dont il dispose, on ne peut affirmer que l’Etat actionnaire ait fait preuve de rigueur dans le pilotage de ses entreprises. Le premier grief vise surtout l’agencement et le fonctionnement des gouvernements des entreprises. Les investisseurs étrangers ont apporté 77,9% des recettes de privatisation. Les plus importants sont : Vivendi Universal, Holderbank, Dragofina, Shell Petroleum International, Mobil corporation, Samba Finance, Morgan Stanley etc.

Lire le mémoire complet ==> (Le gouvernement d’entreprise au Maroc)
Mémoire du Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées en Ingénierie Financière
Université de Bretagne Occidentale – Institut d’administration des Entreprises

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6 Abdelhak SAHIB EDDINE « Investissement Etranger et Privatisation au Maroc », Thèse pour le doctorat de l’Université de Bourgogne, 1997.
7 Abdelhak SAHIB EDDINE, option citée.
8 Ahmed EL AOUADI, « Les stratégies d’enracinement des dirigeants d’entreprises : Le cas marocain », Working Paper n° 599, CEROG, IAE Aix En province, mai 2001
9 « Fact book », Rapport annuel de la bourse de Casablanca, 2001 ; NB : rapport 2002 non disponible à ce jour