Origine ethnique de l’obésité chez les jeunes canadiens

By 30 October 2012

2.1.2 Origine ethnique et immigration

Le tableau 2.3 indique une relation entre le poids et l’origine ethnique.
Tableau 2.3
Taux de poids normal, embonpoint et obésité selon l’origine ethnique, population à domicile de 2 à 17 ans, Canada, 2004
Taux de poids normal, embonpoint et obésité selon l’origine ethnique, population à domicile de 2 à 17 ans, Canada, 2004
Source : ESCC

Ces résultats affirment que les Canadiens d’une origine autre que blanche sont davantage sujets à l’obésité (taux de significativité de 5 %) par rapport aux blancs. La littérature scientifique traitant de l’obésité pédiatrique admet que la propension à l’obésité n’est pas la même, selon les individus et les groupes ethniques. En effet, selon Hadjiyannakis (2007), nous ne serions pas tous égaux lorsque nous sommes exposés au mode de vie occidental. Cet auteur a constaté qu’il y avait une prédisposition génétique à l’obésité chez les Premières Nations, les Afro-américains, les Hispaniques et les gens des îles du Pacifique. Cette prédisposition génétique à l’obésité favoriserait des traits génétiques d’économie métabolique qui portent davantage au gain de poids dans les périodes d’abondance alimentaire. Les populations qui ont été historiquement plus exposées à la famine ont probablement, lors d’un processus de sélection naturelle favorisé ces traits. Bien que ces traits génétiques aient été utiles lors des périodes où il y a eu rareté de nourriture, dans notre monde moderne avec le mode de vie nord-américain où il y a abondance de nourriture, cette prédisposition devient davantage nuisible.

De plus, cette prédisposition étant courante chez les gens d’origine hispanique et intermédiaire chez les gens de race noire, ceci serait un facteur qui pourrait expliquer pourquoi le taux d’obésité est supérieur aux États-Unis par rapport au Canada. En effet, d’après les chiffres de Shields (2005), aux États-Unis, le taux combiné embonpoint/obésité était relativement élevé chez les adolescents noirs, hispaniques et latino-américains. Ce taux était de 31 % pour les Noirs, 34 % pour les Hispaniques et 35 % pour les Latino-américains. Ces groupes représentent environ le tiers des jeunes américains, mais ne constituent qu’une très faible part de la population de jeunes canadiens. Par contre, le taux combiné d’embonpoint/obésité chez les jeunes Canadiens et Américains de race blanche était relativement bas et ne différait pas de manière significative entre les deux pays. La composition ethnique différente entre le Canada et les États-Unis serait donc une des raisons majeures de la différence dans le taux d’obésité entre les deux pays.

Au Canada, c’est chez les Autochtones où la situation est la plus critique, particulièrement chez ceux vivant en réserve. « En 2004, près de 55 % des autochtones de 2 à 17 ans vivant dans les réserves souffraient d’embonpoint ou d’obésité. Chez les autochtones vivant hors réserve, ce taux s’élevait à 41 %, leur taux d’obésité franc s’établissait à 20 %, soit deux fois et demi la moyenne nationale. » (Crépeau, 2007, p.4)
Maintenant étudions la relation à savoir s’il y a une différence entre les enfants qui ont immigré au Canada et les enfants qui sont résidants canadiens de naissance.

Tableau 2.4
Taux de poids normal, embonpoint et obésité selon le statut d’immigration, population à domicile de 2 à 17 ans, Canada, 2004
Taux de poids normal, embonpoint et obésité selon le statut d’immigration, population à domicile de 2 à 17 ans, Canada, 2004
Source : ESCC

Ici nos résultats affirment que les enfants non-immigrants comptent presque 3 % plus d’obèses en moyenne que les enfants qui ont immigré au Canada. Ces résultats sont intéressants, car ils semblent indiquer que l’obésité est moins présente chez les nouveaux arrivants, ce que nous croyons peut-être dû au mode de vie et à l’environnement différent dans la plupart de ces pays et au fait qu’il prend un certain temps aux nouveaux résidants pour changer leurs habitudes. En revanche, il semble que plus la durée d’immigration est lointaine et plus ce niveau d’obésité va avoir tendance à augmenter, ce qui peut-être dû aux nouvelles habitudes de vie Nord-Américaines acquises. Bien que l’impact de la durée d’immigration chez les enfants n’est pas vraiment représentative dû au trop petit nombre d’enfants ayant immigré depuis plus de 10 ans dans la base de données, notre analyse des données chez les adultes a permis de confirmer cette théorie. En effet selon les données de l’ESCC, 13,1 % des adultes qui avaient immigré au Canada au cours des 9 dernières années étaient obèses et 26,9 % de ceux-ci affichaient un surpoids. En revanche, ces chiffres étaient respectivement de 24,5 % et de 41,2 %, chez les adultes qui avaient immigré au Canada il y a 10 ans ou plus. Ce phénomène va ensuite se propager de façon encore plus nocive sur les enfants d’immigrants de deuxième ou troisième génération, mais citoyens canadiens de naissance comme nous pouvons le voir au tableau 2.3.

Mentionnons qu’à ce stade, nous nous limitons à établir des corrélations entre certaines variables et le poids. Il faut faire attention à ne pas immédiatement conclure qu’il existe une causalité. En effet, on peut attribuer à l’origine ethnique une importance qu’elle n’a pas étant donné que certains facteurs économiques sont aussi associés à l’origine ethnique. Par exemple, si le revenu est un facteur causal de l’obésité et que les Canadiens non blancs sont moins riches (quelle qu’en soit la raison), on observera une relation entre l’origine ethnique et le poids. Cela ne veut pas dire que les non blancs ont une prédisposition à l’obésité, mais seulement que la pauvreté est concentrée chez les non blancs. Distinguer entre causalité et corrélation peut devenir très compliqué dans ce genre d’étude. La section 2.1.3 qui suit reprend cet argument en démontrant que les facteurs génétiques ne peuvent être invoqués au delà d’un certain seuil marginal.

Lire le mémoire complet ==> (Les déterminants de l’obésité et du surpoids chez les jeunes au canada)
Mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en économique
Université Du Québec À Montréal

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