Observer la jeunesse et ses espaces

By 21 October 2012

Observer la jeunesse et ses espaces

3. Conclusion.

Lorsque l’on va sur le terrain et que l’on tente de s’immerger et de s’ouvrir pour saisir les faits quotidiens de lieux, on s’aperçoit qu’il existe une marge entre le fonctionnement officiel, que l’on nous présente au travers d’un discours institutionnel et les usages qui en sont vraiment fais. Et c’est là que doit se placer le travail du chercheur. S’intéresser au quotidien, interroger des faits bénins que plus personne ne remarque, comprendre les rouages de la routine des lieux et des personnes doit permettre à l’ethnographe de comprendre les faits sociaux du groupe qu’il étudie.

Dans le cas de ces jeunes rappeurs, le fait de ne les trouver dans aucun des lieux dans lesquels on voudrait les voir reste très interrogeant. Et c’est là que toute ma recherche prend sa source. La jeunesse reste absente des lieux où on est sensé l’attendre et se retrouve où on ne l’attend pas.
On peut alors s’interroger sur la façon dont se négocient les choses entre les jeunes et les autres. Cela entraîne forcément un décalage dans les modes de socialisation, dans le monde des loisirs, mais aussi dans l’insertion des jeunes. Tout ceci ayant une incidence directe sur les marges de ces secteurs.

On peut aussi s’interroger sur l’argent que l’on continue à investir dans des structures institutionnelles qui ne répondent plus aux besoins pour lesquels elles sont financées.
Enfin, il est temps de remettre en cause la formation de

ces personnes destinées à s’occuper de notre jeunesse, qui n’ont pas su suivre l’évolution de leur public. Car si les jeunes sont absents là où on voudrait qu’ils soient, ils sont quand même présent, ailleurs, dans des espaces connus de tous.
Je pense que l’approche ethnographique peut me permettre de suivre le parcours très mobile de la jeunesse, de saisir des faits éclairant sur leurs envies et leurs désirs, sur leur monde, fait de pratiques qu’ils adaptent à leurs besoins, mais aussi de comprendre la société dans laquelle ils évoluent, se servant d’elle pour accéder à leurs rêves, ce que l’adulte a bien souvent du mal à comprendre, se retrouvant en décalage avec sa jeunesse.

D’autre part, les lieux et événements réservés à la jeunesse se dotent de plus en plus de techniques modernes comme internet pour communiquer et informer plus largement leur public. On peut donc imaginer que la notion de terrain puisse être utilisée sur le «net », envisageant donc d’observer les sites internet des institutions observées par ailleurs de façon plus «traditionnelle ». Il faudrait alors réinventer une nouvelle forme d’observation ethnographique, avec une posture d’apparence distante car située derrière l’écran, mais pourtant très participante, car munie d’une souris qui nous ouvre les portes du «surf » sur internet.

Comme on le voit, la notion de terrain n’est jamais figée, et la méthodologie permet d’évoluer avec son temps et de toujours coller au plus près de l’innovation, position primordiale dans l’approche de la jeunesse.

Conclusion générale, observer la jeunesse et ses espaces. :

Comme on a pu le voir précédemment, s’interroger sur la jeunesse demande d’abord de comprendre toute l’histoire de cet âge de la vie et toutes les actions mises en place, pour encadrer une population que l’on connaît mal et qui inquiète.

Et si on s’interroge alors sur l’encadrement des jeunes, qui trouve une place dans l’histoire même de notre société, on constate alors comment notre jeunesse a su sortir du cadre dans lequel des institutions publiques ou privées voulaient l’enfermer, optant pour des espaces hors cadre, devenus espaces de la jeunesse.
Et ce sont ces espaces intermédiaires, construit collectivement, qui nous intéressent aujourd’hui. Constater que ceux-ci sont pleins d’innovations et d’envies réalisées, nous pousse à nous interroger sur leur existence, leur fonctionnement, leur identité.
Ces espaces sont nombreux et divers, pourtant, le mouvement hip-hop issu de la rue et d’une population jeune vivant souvent l’exclusion, reste un espace riche de création et d’espoir, pour toute cette population jeune issue des banlieues.

Au sein de ce mouvement, le rap est une possibilité d’expression abordable par tous, redonnant la parole à ceux qui en sont privés.
Observer ces jeunes, pour comprendre de quelle manière ils tentent de prendre place dans la société qui ne peut plus être qu’adulte, reste primordial dans l’approche de la jeunesse d’aujourd’hui.
Observer des lieux qui se disent destinés à la jeunesse et qui semblent pourtant en panne de public, reste aussi primordial pour pouvoir comprendre, enfin, où se cache notre jeunesse, ou plutôt où celle-ci se tient.

Observer enfin ce que fait la jeunesse pour «s’occuper » et surtout pour évoluer, s’intégrer et changer sa situation, autrement et loin des espérances adultes, marchant vers une nouvelle société où la jeunesse trouvera, peut être enfin sa place.
Afin d’essayer de saisir cette jeunesse, je voudrai donc mettre en place une recherche, avec une approche socio-ethnographique, sur des lieux réservés à ces jeunes, pratiquant le rap comme moyen d’expression et d’insertion vers un droit de cité retrouvé.
Des lieux comme «Odyssée sonore » et «les rencontres des cultures urbaines » présentés plus haut, devront me servir à mieux saisir la place que l’on réserve aux jeunes.

Pourtant, je veux aussi pouvoir observer l’activité d’un quartier, mais aussi d’un service de jeunesse, pour saisir les volontés des politiques de la jeunesse, et les réalités, au quotidien, en situation. Différents lieux s’offrent à moi sur la ville de Saint Denis, sur la ville d’Epinay ou sur le Val d’Oise, par l’intermédiaire du responsable des musiques amplifiées de l’ADIAM. Il me reste donc à déterminer quel lieu sera le plus propice à mon travail. Il serait aussi intéressant d’étudier toutes les plaquettes199 et autres flyers* qui tournent dans le milieu du rap, mais aussi plus généralement de la jeunesse, pour comprendre quelle image et quelle représentation veut-on donner de cet âge de la vie.

Il me faudra aussi retravailler mon approche socio-ethnographique, pour redéfinir une forme correspondant à mes attentes et à mon travail de recherche. Cette méthodologie reste suffisamment souple pour pouvoir être adaptée à ma propre démarche, tout en conservant toutefois son esprit premier, que j’ai présenté plus haut.
Tout ce travail devrait donc me permettre de mettre en évidence les pratiques émergentes des jeunes, utilisant toutes les opportunités qu’ils trouvent sur leur chemin. Il est temps que la jeunesse trouve enfin une définition et une place suffisamment satisfaisante dans la société et dans l’esprit de tous, pour qu’enfin on puisse comprendre quelles sont ces attentes face aux adultes et aux institutions, et quel futur elle souhaite construire.

La jeunesse ne doit plus être un problème insoluble, son encadrement doit désormais se construire hors des cadres qu’imposent trop souvent les aînés et leurs institutions, oubliant de laisser l’avenir prendre place.

Lire le mémoire complet ==> (La jeunesse et le rap _ Socio-ethnographie d’un espace intermédiaire)
Mémoire – Département des Sciences de l’Education
Université Paris X – UFR SPSE