Marché des biens et services au Maroc : composition et évolution

By 26 October 2012

Le Marché des biens et services – Paragraphe III :

I – Sa composition :

Le contrôle par le marché des biens et services contraint le dirigeant à gérer dans l’intérêt des actionnaires. Ainsi, un dirigeant qui opte pour une stratégie visant à satisfaire seulement ses intérêts au détriment des actionnaires peut avoir des conséquences sur les coûts de production et le prix de vente proposé sur le marché. A brève échéance, la firme est moins compétitive à l’égard des clients et devient insolvable à l’égard des fournisseurs, voire de l’Etat54. Plus la concurrence sera forte et plus efficace sera ce mécanisme. Dans ce sens, la pression concurrentielle est souvent présentée comme un facteur dynamique et stimulant entre firmes, dans la mesure où elle conduit à l’élimination des dirigeants les moins performants.

II – Son évolution :

L’adoption par le Maroc de la loi 6-99 sur la liberté des prix et de la concurrence est de nature à renforcer les mécanismes du marché des biens et des services et à le rendre plus efficace en tant que mécanisme de contrôle. En adoptant cette loi, le Maroc visait à moderniser l’environnement juridique et institutionnel de l’entreprise marocaine pour leur permettre d’exercer dans un environnement concurrentiel et de se mettre au niveau requis par la compétition internationale, dans un contexte économique marqué par l’ouverture du commerce, par la globalisation des échanges et par l’internationalisation des marchés55.

Cette loi pose le principe de la liberté des prix et leur détermination par le libre jeu de l’offre et de la demande. Elle renforce les conditions d’une concurrence saine et loyale par l’interdiction des pratiques anticoncurrentielles. Toutefois, les pouvoirs publics se réservent, dans le cadre de ce texte de loi, le droit d’intervenir sur les prix, pour des raisons structurelles (notamment l’existence de monopole) dans certains secteurs, entre autre l’eau, l’électricité, l’activité ferroviaire, les médicaments et le transport56. Dans ces secteurs les entreprises publiques ont une grande part de marché d’où l’inefficience du marché des biens et services en tant que mécanisme de contrôle pour les entreprises publiques en raison de l’interventionnisme de l’Etat, qui fausse le libre jeu de l’offre et de la demande.

Conclusion :

Avec la nouvelle loi sur la S.A le Maroc essaie de mettre en place un cadre propice au développement des principes de gouvernance d’entreprise. Ces derniers s’inspirent beaucoup du modèle français de gouvernance, sans doute à cause de l’histoire et d’une certaine culture liant ces deux pays. Mais le Maroc commence juste à s’ouvrir sur le capitalisme, le libéralisme et le management moderne des sociétés indépendantes et cotées. Le modèle marocain garde sa spécificité, car le rôle de l’Etat y est encore très important. La mise en place d’un certain « benchmarking » sur le modèle français n’a pas apporté les résultats escomptés. Les textes ne règlent rien si les comportements des agents n’évoluent pas et si l’Etat marocain ne parvient fondamentalement pas à aligner sa politique économique, financière, sociale sur les pays européens.

En effet, quelque soit les mécanismes de contrôle interne développés dans les SA, ils restent souvent inefficaces en raison du manque d’indépendance des administrateurs et de réseaux liés entre les dirigeants avec d’autres agents (administrateurs, banquiers, hauts responsables de l’Etat). De ce fait ces organes, qui sont censés représentés les intérêts des actionnaires, suivent les politiques décidées par les dirigeants sans aucunes questions ou remise en cause, et restent de simples chambres d’approbation. Cette inefficacité est encore plus marquée dans les entreprises publiques, où on ne peut parler de réel pilotage et contrôle du projet d’entreprise. En l’état actuel de leur fonctionnement, les divers marchés ne peuvent constituer de véritables mécanismes de contrôle sur les firmes et leurs dirigeants.

Les entreprises marocaines indépendantes cotées demeurent majoritairement familiales, surendettées et souffrent de sous capitalisation. Leur imposer la mise en place de nouvelles structures de gouvernance, et d’une nouvelle culture d’entreprise risquent d’être coûteux et difficile. En outre, les dirigeants de ces firmes cotées privées continuent de bénéficier de réseaux externes et nouent des relations avec l’administration et les pouvoirs politiques, ce qui rend les mécanismes de contrôle dans ces entreprises inefficaces. Dans les entreprises publiques, qui continuent de jouer un rôle important dans l’économie marocaine, les principes de gouvernance d’entreprise ne sont pas encore reconnus. A noter également la dominance de la structure moniste dans les entreprises marocaines avec 83% des sociétés cotées.

Conclusion générale :

Le passage à l’économie de marché reste une étape délicate pour le Maroc, comme pour bons nombre d’autres pays en voie de développement. Pour autant, ce phénomène ne peut expliquer à lui seul, les résultats mitigés des entreprises cotées marocaines. Au-delà des réformes économiques et financières visant l’amélioration et l’assainissement de l’environnement des entreprises, c’est sans doute la culture et l’identité des entreprises marocaines qui sont à moderniser. Ceci passe irrémédiablement par une refonte des systèmes des administrations des sociétés anonymes (mode de direction et de contrôle), mais aussi la modification des comportements des individus impliqués au succès du projet d’entreprise (éthique, responsabilité, transparence, communication, évaluation des performances). D’où l’importance du débat qu’a suscité la mise en place de la loi 17-95 sur la SA ayant introduit des dispositions relatives au gouvernement d’entreprise.

Le Maroc, soucieux de relancer son économie par de nombreuses réformes, a pris l’initiative de vouloir créer son modèle de gouvernance d’entreprise, qui devait normalement correspondre aux réalités économiques et aux conditions d‘exercice de l’activité entrepreneuriale dans le Royaume. Mais en essayant de copier et d’intégrer in extenso le modèle de gouvernance français, le Maroc se heurte à un choc des cultures et à un problème d’inadéquation, car ces deux pays ne sont pas au même stade de développement économique et de libéralisme. Malgré des réformes, les mécanismes de direction et de contrôle des entreprises marocaines cotées n’en semblent pas plus efficients et efficaces. La transposition du modèle de gouvernance d’entreprise français au Maroc ne donne pas les résultats escomptés.

Certes, le modèle marocain de gouvernance d’entreprises converge vers le modèle orienté réseaux comme la plupart des pays émergents. Mais, en l’état actuel, les mécanismes de contrôle interne ne jouent pas leur rôle disciplinaire en raison des coalitions majoritaires d’actionnaires et des intérêts croisés entre dirigeants et administrateurs. Cette inefficacité est beaucoup plus notable dans les entreprises publiques où les organes de contrôle sont passifs en raison du manque d’intéressement au résultat par les administrateurs et du manque de rigueur dans le management de ces entreprises. Globalement, le problème des entreprises publiques pose la question de l’Etat-actionnaire. L’enracinement des dirigeants marocains à travers le développement de réseaux relationnels leur permet de se créer un pouvoir discrétionnaire. Ces dirigeants parviennent à neutraliser les mécanismes de contrôle externe en jouant sur des asymétries d’informations, et l’interventionnisme de l’Etat qui empêche ces marchés de jouer leur rôle disciplinaire et de régulateur. Aujourd’hui les grandes firmes marocaines indépendantes comme l’ONA, le Groupe Lamrani, le Groupe Benejelloun, ou le Groupe Wafa ne cachent pas leurs relations étroites avec les pouvoirs politiques, qui ne semblent pas incompatibles avec la réalisation de profits. Mais le danger est que cette situation fausse les conditions de libre concurrence entre firmes, et ces réseaux relationnels conduisent souvent au développement de corruption des dirigeants et hauts responsables de l’Etat, à l’accaparation illégitimes de rentes par les dirigeants, et à un pilotage à vue des entreprises (aggravation des pertes et des risques de faillite d’entreprise, et de l’économie nationale).

Par conséquent, l’efficience et l’efficacité des gouvernements d’entreprises marocaines doivent d’abord passer par un changement en profondeur dans les mentalités de l’élite dirigeante (chefs d’entreprises et politiques). Dans cette perspective, les changements doivent être initiés par les entrepreneurs, dirigeants d’entreprises ou représentants des différents stakeholders (actionnaires, salariés, pouvoirs publics), pour faire évoluer les règles de jeu en matière de gouvernement d’entreprise et placer durablement l’économie marocaine dans la voie de la transparence et de la performance. A cet égard, il serait pertinent d’étudier un cas concret d’entreprise cotée sur les cinq dernières années en vue de mesurer si la performance de l’entreprise (ex : mesurée par le ratio de Marris) est corrélée à l’évolution du système de gouvernance (ex : pourcentage détenu par le dirigeant, présence d’un actionnariat étatique, familial, minoritaire, importance et composition du conseil d’administration ou de surveillance). Selon OMRI (2003), « Il existerait un système de gouvernement d’entreprises intermédiaire dans les pays du Maghreb ». En Tunisie, OMRI (2003)57 vérifie que la structure de propriété concentrée à majorité familiale ou étatique explique l’existence d’une relation étroite, positive, entre la performance de l’entreprise et le pourcentage de capital détenu par le dirigeant, son ancienneté, et des conseils d’administration composé de nombreux administrateurs. Sa conclusion est la suivante : « Il existerait un système de gouvernement d’entreprises intermédiaire dans les pays du Maghreb, où la préférence pour des structures monistes marquerait la concentration des pouvoirs entre les mains d’une seule personne, les PDG ».

Il faut donc lancer de nouvelles réformes plus adaptées pour diminuer le risque d’homéostasie des gouvernements des entreprises du Maghreb. De leur capacité d’adaptation dépendra largement leur compétitivité future.

Lire le mémoire complet ==> (Le gouvernement d’entreprise au Maroc)
Mémoire du Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées en Ingénierie Financière
Université de Bretagne Occidentale – Institut d’administration des Entreprises
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53 Gérard CHARREAUX, Philippe DESBRIERES « Le point sur le gouvernement des entreprises », 1997 Working papers FARGO, 097080, université de Bourgogne 1997.
54 Elisabeth GENAIVRE « L’investissement en gouvernement d’entreprise : l’expérience française », Thèse de Doctorat en Science de gestion, IGR, décembre 2000.
55 Rachid BAINA, « Loi sur la concurrence et contexte international : Expérience marocaine » La vie économique du 16 mars 2001.
56 Aziza BELOUAS « Concurrence : un conseil et une loi mais… », La vie Economique Du 8 février 2002.
57 Abdelwahed OMRI « Systèmes de gouvernance et performance des entreprises tunisiennes », Revue Française de gestion, vol 29, n° 142, janvier 2003, pp 85-100