Les jeunes et l’encadrement : L’Espace social, urbain et public

By 18 October 2012

4. Les jeunes et l’encadrement.

Lorsque l’on parle des jeunes, bien souvent on les associe à un espace. Pourtant, cette notion reste floue et peut être associée à différents termes : espace social, espace urbain, espace de la jeunesse, espace intermédiaire. Il est donc temps de préciser ce que cette notion cache et en quoi elle intéresse la jeunesse.

L’espace regroupe, au fil des temps, différentes notions caractéristiques du moment et des préoccupations de la société dans laquelle s’inscrit cette notion.
Il y a une quinzaine d’années, les conceptions de l’espace étaient confuses, paradoxales voire incompatibles61. Ce sont les cosmonautes et leurs voyages dans l’Espace qui ont créé une nouvelle mode, celle de l’espace «à tout prix », créant de nouvelles interrogations autour de l’espace pictural, voire musical.

Pourtant, pour la majorité des gens, l’espace reste associé au cosmos. En mathématiques, l’espace est synonyme de géométrie euclidienne et de ses théorèmes, donc d’abstraction. En philosophie, l’espace n’est qu’une catégorie parmi tant d’autres. Enfin, en sciences, l’espace se fragmente d’après des postulats méthodologiques. En fait, il passe pour un milieu vide, contenant indifférent au contenu.
Où peut-on alors placer l’espace social ? Henri Lefebvre le considère comme un produit social. Il sert d’instrument à la pensée comme à l’action, tout en étant un moyen de production, de contrôle donc de domination et de puissance. Il contient des rapports sociaux qui entraînent une multiplicité d’espaces. Chaque société produit le sien et peut donc être analysée au travers de celui-ci, où le passé vient s’inscrire mais qui reste pourtant un produit du présent.

Ainsi, la pratique spatiale d’une société sécrète son espace, les représentations de l’espace identifient son vécu et les espaces de représentation tentent de modifier et d’approprier l’imagination. L’espace est donc perçu (pratique de l’espace), conçu (représentation de l’espace) et vécu (espace de représentation). Se met alors en place un consensus, un langage commun, un code. Les représentations de l’espace seraient donc pénétrées de savoirs en transformation perpétuelle. Les espaces de représentation, plus vécus que conçus seraient la mémoire historique de l’espace et influenceraient sa production. On saisit donc bien ici l’importance de connaître et d’identifier l’espace social de la société que l’on cherche à étudier. De cet espace social découle d’autres espaces qu’ils soient urbains, publics, privés ou réservés voire revendiqués par la jeunesse.

4.1. L’Espace social, urbain et public.

On peut dire que l’espace social enveloppe les choses produites et qu’il résulte d’une suite et d’un ensemble d’opérations, ne se réduisant pas à un simple objet. Effet d’actions passées, il permet des actions, en suggère ou en interdit63 d’autres. L’espace social implique donc de multiples connaissances. La ville reste un espace façonné et modelé, occupé par des activités sociales. Toute œuvre occupe un espace qu’elle façonne. Pourtant l’histoire antérieure ne suffit pas à expliquer un espace social. Celui-ci contient des objets très divers, naturels et sociaux, des réseaux et filières. Ces objets ne sont plus alors seulement des choses, mais aussi des relations. Les formes sociales nouvelles ne sont pas pré-inscrites dans l’espace existant, mais produites à partir des relations spatiales engendrées par l’espace.

Ainsi émerge une nouvelle représentation de l’espace. Et si on considère un espace quelconque, non vide, un «interval », on s’aperçoit qu’il contient des choses non matérielles mais plutôt flottantes, un milieu qui en fait dissimule des «rapports sociaux », ensemble de relations entre les choses.

Ainsi, le caractère social de l’espace devient visible et prépondérant. Il n’est pourtant pas forcément lisible et peut même devenir paradoxal. Ces espaces sont donc produits à partir de la nature impliquant l’économie, la technique, les produits politiques et l’espace stratégique. L’espace est donc intimement lié aux rapports de propriété, mais aussi aux forces productives. L’espace social est donc à la fois formel et matériel. Le concept d’espace social se développe donc en pénétrant le concept de production, devenant un contenu essentiel.
Ainsi, l’espace social est vaste et difficile à retranscrire dans ses moindres détails. Car enfin, il n’y a pas «un » espace social, mais plutôt «des » espaces sociaux, multiples et innombrables. Chaque lieu social étant pénétré par des petits mouvements, ceux des réseaux et des filières, ne se juxtaposant pas seulement dans l’espace social. Ainsi, ce dernier finit par apparaître dans son hypercomplexité car à la fois individuel et particulier, fixe mais aussi en mouvement, fait de flux et d’ondes s’interpénétrant ou s’affrontant.

On peut penser que pour analyser l’espace il faut avant tout y déceler les rapports sociaux, mais aussi comprendre la production de l’espace et les rapports sociaux inhérents à cette production, afin d’éviter de tomber dans le piège de l’espace «en soi », de la spatialité ou du fétichisme de l’espace. Henri Lefebvre64 préconise donc de détruire les idéologies de la spatialité abstraite, les découpages et représentations de l’espace, c’est à dire les idéologies qui ne se donnent pas pour telles, mais explicitement pour savoir.
La connaissance de l’espace oscille donc entre description et fragmentation voulue par une société qui se découpe, elle-même, en espaces hétéroclites au sein d’une totalité qui se veut homogène. On abandonne alors souvent le global en acceptant la fragmentation ou bien on totalise arbitrairement.

Pourtant, cette analyse peut nous permettre de comprendre comment les sociétés engendrent leurs espaces et leurs temps sociaux, mais aussi apporter des éléments de mise en perspective de l’avenir, dans une société autre, réalisable ou pas. Toutefois, l’espace architectural et urbanistique semble hors de portée. On le connaît sous des noms tels que lisibilité, visibilité, intelligibilité. Mais si on le considère du point de vue social, il est alors le résultat de l’histoire, de la société et de la culture. Force est de constater alors que la représentation de l’espace diffère beaucoup de l’espace de représentation que les gens qui l’habitent ont.

L’espace abstrait entraîne une abstraction pratique de l’usager qui ne se perçoit pas dans un tel espace. Et c’est sans doute en renvoyant à des spécialistes géographes, urbanistes, sociologues, etc, l’étude de l’espace réel (social) et en confiant l’espace vrai (mental) aux mathématiciens et aux philosophes, que l’on crée une scission entre le réel et le vrai, et que l’on s’éloigne alors d’une confrontation entre la pratique et la théorie, entre le vécu et le concept.
Il est donc important, ici, de garder en mémoire le fait qu’aucun espace ne disparaît jamais complètement, mais est remanié par ses propres conditions. Ces espaces superposés n’en forment pas moins un ensemble, un tout. Et c’est là que l’on peut saisir la richesse de l’interpénétration des espaces. Se crée alors des espaces dominés généralement clos, stérilisés et viDès et des espaces dominants transformés par une technique et une pratique. L’appropriation devient alors le «propre de l’homme » dans la transformation d’un espace pour un usage précis. Ainsi, la galerie d’un centre commercial, avec ses bancs pour acheteurs fatigués, peut devenir un lieu de rencontre, remplaçant la place du village où les anciens se retrouvaient pour jouer aux dés ou simplement parler.

Aujourd’hui, on parle beaucoup de réappropriation de l’espace, surtout dans les grands ensembles de banlieue, où l’on pratique le détournement. Cette production d’espaces nouveaux reste très instructive, car elle témoigne de nouveaux besoins d’espaces, différents, mieux adaptés. Ceci dénonce donc, de façon criante, l’inadaptation des anciens espaces et permet de mettre en avant la créativité de certains groupes sociaux qui se servent du détournement 65 pour créer de nouveaux espaces sociaux innovants.
Les espaces publics sont si divers qu’il est difficile d’en donner une catégorie ou une définition uniques. Nous nous intéresserons ici aux espaces que nous révèlent les villes, l’espace urbain avec les formes spatiales et sociales qui s’y rencontrent. La notion d’espace public reste complexe, car faite de dimensions telles que l’environnement, le milieu et le paysage.
La conception des formes urbaines permet de penser qu’un espace est public lorsqu’il est ouvert à tous. A l’opposé, il devient privé quand son accès est contrôlé et réservé à certaines populations.

En fait, le cadre bâti devrait servir de délimitation entre le public et le privé. Pourtant, ceci est loin d’être aussi évident, car si on applique cette réflexion à l’espace, il faut considérer le degré d’accessibilité reposant sur la libre circulation du corps, qui rend l’espace public.
Il serait, cependant, réducteur de ne penser qu’a une sorte de mode d’accès, l’espace n’étant pas une entité en soi, mais il existe différentes espèces d’espace66, le corps l’habitant au moyen de chacun de ses sens. On peut donc tout à fait capter à distance67 en voyant par exemple au travers d’une paroi en verre ou en saisissant des sons parvenant de l’intérieur d’un logement. Ainsi, l’accessibilité sonore68 remet en cause les limites strictes du public et du privé.
L’accès physique corporel et direct ne peut faire oublier l’accès à distance et donc indirect. On constate bien ici qu’il ne peut exister une imperméabilité totale entre le public et le privé.

Du point de vue sociologique, l’espace public est un espace de sociabilité problématique où doit coexister un monde d’étrangers69. Le caractère problématique, ici, vient du fait que l’espace public n’est jamais prédéfini, mais fait l’objet d’une construction sociale.
Pourtant, il est intéressant de constater que l’environnement construit interfère avec l’activité des citadins, que le cadre matériel produit des phénomènes de visibilité réduite, contrastée ou hypertrophiée. L’interaction sociale peut alors prendre lien avec le cadre physique et ce sont les relations mutuelles de l’acteur et du cadre, qui font la scène publique70. On peut se référer à la définition de Habermas sur l’espace délibératif et la mise en public de l’opinion privée71.

Ainsi, les composantes visuelles jouent un rôle important dans l’espace public. Elles permettent d’introduire la notion de «mise en vue », c’est-à-dire, la façon dont les objets et les individus sont donnés à voir dans le cadre construit. G Chelkoff et JP Thibaud mettent en avant trois formes d’accessibilité visuelle : la surexposition, le cadrage et le filtrage. Ces trois configurations permettent de mettre en place une méthode de lecture de l’espace public urbain, articulant les formes spatiales aux formes sociales. Elles permettent aussi d’intégrer la mobilité du citadin, aussi bien physique que visuelle.
L’espace urbain reste donc notre intérêt premier dans notre tentative de comprendre l’espace public et ses acteurs.
Nous ne développerons pas ici tout l’historique et la construction de l’espace urbain, réservant cette partie pour un travail futur. Il nous paraît simplement important de donner quelques précisions sur la ville et ses usages.
L’espace urbain est constitué par la ville moderne, symbole de notre attachement au passé, qui nous interdit définitivement un retour vers nos racines car inscrite irrémédiablement dans la modernité.

Pour Didier Lapeyronnie, notre rapport à la ville est d’une profonde ambiguïté. Nous souhaitons un habitat stable, la cohérence, l’attachement au passé, l’inscription de nos identités et, en même temps, nous sommes animés d’un désir insatiable de rencontres, de nouvelles expériences, de plaisir et de découvertes. Nous voulons être à la fois autochtones et étrangers72. Et c’est sans doute pourquoi nous aimons et nous détestons nos villes modernes. En fait, elles sont un lieu d’appartenance pour ceux qui n’ont pas d’appartenance, mais elles permettent aussi la vie secrète dans l’anonymat. La ville moderne induit aussi la construction de notre identité politique. La rue est le lieu de confrontation des classes sociales. Son atmosphère est le reflet de la société. C’est dans la rue que les minorités deviennent visibles, mais c’est là aussi que s’affirment les majorités et leur pouvoir. La rue est donc un forum où l’on peut être vu et où se jouent les conflits. Elle possède une histoire, un nom, ce qui nous permet d’y inscrire nos différences et nos étrangetés. Notre démocratie reste donc entièrement liée à la ville moderne, autant que nos institutions.

Pourtant, l’urbanisme moderne a créé des zones urbaines désolées, remplaçant les boulevards par des rocades, facilitant l’installation d’une ville globale bénéficiant d’un ensemble de services standardisés et d’un cadre de vie fonctionnel. La mise à l’écart des catégories populaires, ne pouvant se déplacer aussi facilement que les catégories supérieures, a contribué à créer de l’exclusion.
La voie rapide, en se substituant à la rue a coupé les quartiers, les isolant de la ville, maintenant dans l’immobilité toute une population périphérique. Et si au XIXe siècle, la ville industrielle a introduit une certaine distance entre les classes sociales, aujourd’hui, les zones urbaines coincées entre l’autoroute et les terrains vagues sont occupées par les classes populaires, les ouvriers et les immigrés.
Et c’est toute une population, tout un groupe social qui se trouve isolé, mis à distance comme éloigné. Car si la nouvelle organisation de l’espace devait aider à en finir avec l’anarchie d’un habitat traditionnel, donnant à chaque lieu son activité, elle a surtout permis de créer un cadre de vie à des classes aisées, mettant à l’écart le social et les «classes dangereuses ».

Le centre ville est devenu un non-lieu fonctionnel, de spectacles ou de musées ôtant à la zone périphérique la possibilité d’un enracinement dans des identités ou des appartenances. Les civilités et les expériences de la modernité ne sont plus, et les projets qui devaient aider les catégories populaires à sortir de la misère et de la promiscuité n’existent plus. La liberté est devenue synonyme d’isolement, et l’urbanisme moderne à l’origine d’un certain déracinement. En supprimant la rue, on supprime aussi, en quelque sorte, les catégories populaires et c’est donc tout l’espace politique de la ville que l’on supprime. L’urbanisme moderne a transformé les conflits de classe en ségrégation urbaine.

L’autre problème majeur, rencontré par l’individu dans la ville contemporaine, est la difficulté d’entrer dans une relation. Ne pouvant s’insérer dans une mémoire collective, l’individu se retrouve isolé. Il se renferme donc sur lui-même dans une sorte de fantasme d’une identité entièrement autosuffisante73. Il plonge donc dans le monde de l’apparence et se dépersonnalise très vite.
L’individu de la ville moderne est donc un nomade solitaire qui perçoit la présence de l’autre comme une menace. Pour les catégories populaires, l’assignation à l’espace engendre un repli des identités fondé sur l’exclusion de l’autre.
On s’aperçoit donc que la question de la ville développe un enjeu plus grand que les «simples » questions de tensions urbaines. Elle touche les formes de subjectivité personnelle et politique, mais aussi les capacités de communications et de conflits entre les groupes et les individus.
Il me semble donc important de s’intéresser aux pratiques et au travail des individus singuliers et collectifs, pour créer des relations et s’engager dans des conflits afin d’échapper à la fragmentation. Il paraît primordial de comprendre comment l’individu arrive à inventer de nouvelles pratiques, mettre en place de nouvelles représentations, afin de renforcer la capacité des acteurs à inscrire leur passé dans la ville et donc à se l’approprier sous la forme d’une mémoire, transformée finalement en culture commune.

La rue est la première image de la ville. La ville est un monde étrange, immense, c’est un lieu de troubles de turbulences en même temps qu’un état d’esprit74. C’est à la fois un système d’individus et d’institutions en interdépendance, et un ordre spatial75.
La fonction première de la rue reste la circulation, ce qui lui attribue automatiquement deux sortes d’usagers, le piéton, mais surtout l’automobile. Il faut pourtant distinguer deux sortes de rues. Celles du centre ville, animées et commerçantes, emblème de l’univers urbain. Celles qui courent dans et autour des grands ensembles, que l’on peut à la fois considérer comme voie piétonne mais aussi voie de garage. On les trouve aussi dans les centres commerciaux et les galeries marchandes. Il faut aussi remarquer que l’intérieur des grandes surfaces est souvent agencé en un ensemble d’allées similaires à des voies d’accès. Ces quasi-rues76 ont la particularité d’être à la fois publiques et privées.

La rue est donc synonyme d’extérieur, et à l’opposé de l’espace du domicile considérée comme espace privé, le dehors, la rue peut être estimée comme espace public, lieu privilégié pour les interactions, l’adaptation et la transgression.
La rue possède donc une fonction de socialisation, partant d’une certaine connaissance des règles, avec la possibilité d’une visibilité des comportements, mais aussi par les interactions qui se nouent entre les espaces publics et hors des lieux de socialisation plus traditionnels.
Alors, comment peut-on définir la rue aujourd’hui ? Certains auteurs la définissent en trois catégories : la rue-lien, la rue sauvage et la rue-polis77. La rue-lien mélange, sépare, rassemble et lie les acteurs. Elle permet les relations sociales et reste le lieu privilégié de rencontre entre jeunes exclus et travailleurs sociaux. La rue est donc bien au centre de la problématique du dedans et du dehors. Elle peut servir d’échappatoire au milieu familial et devenir un lieu de reconstitution du dedans.
Elle permet aussi un certain apprentissage des règles et des rôles sociaux, soit au cœur même de la rue, soit dans des lieux extérieurs aménagés pour des grands événements ou des concerts. Elle joue donc le rôle de condensateur et de transformateur des sociabilités interdites ailleurs.

La rue sauvage, lieu de peur par excellence où l’on retrouve toutes les émotions collectives du quotidien. Elle reste l’espace d’intervention mais aussi d’inscription sociale, le lieu où survient l’accident public. La rue est aussi la possibilité d’oublier qu’il n’y a «rien à faire ». Enfin, la rue sauvage est la possibilité de mettre en scène, dans une expression publique plus ou moins violente, tous les rapports sociaux.
La rue-polis, enfin, est le reflet de la forme du lien social global. Elle donne les codes et règles de conduite et rend visible le maintien de l’ordre et de la sécurité, affichant les recommandations de l’Etat. Elle est aussi le lieu de modelage des institutions et reste au centre du lien civique, se retrouvant au sein d’enjeux territoriaux. Cet espace public reste aussi un espace privilégié de la publicité, organisant ce qui se voit et ce qui disparaît, permettant aux groupes et à l’individu de se rendre visible ou invisible, d’apparaître ou de disparaître publiquement.

La rue est donc un espace intermédiaire entre la maison et le reste du monde. La notion de proximité joue alors un rôle important. En effet être dans la rue peut signifier être en bas de chez soi, dans le hall de son immeuble, dans la montée des escaliers ou simplement sur le parking. Nous sommes là dans une situation de proximité qui n’enlève pourtant rien à la notion d’extériorité. Les jeunes sont dehors, mais pas tout à fait dans la rue. La notion de territorialité prend alors tout son sens, entraînant aussi une promiscuité, qui peut devenir pesante, et une immobilité avec l’occupation sauvage d’espaces de passage, qui pose alors question. Pourtant, cet état ne peut être que provisoire, avant l’intégration dans des institutions loin de la rue.
L’apparition de la jeunesse dans la rue est aussi guidée par des cultures de rue formées de pratiques s’exprimant dehors. Le Hip-Hop en est un exemple, dans cet apprentissage extérieur au milieu familial, fait d’épreuves et de sélections.
Pourtant, la rue peut simplement être un lieu de passage entre le domicile et le lieu de formation.
Car enfin, la rue est ouverte 24 heures sur 24, sept jours sur sept, elle rend visible l’invisible, permettant aux jeunes de se faire voir, mais elle peut aussi devenir un lieu de disparition, soit qu’il faille circuler, ne pas se rassembler, soit qu’elle symbolise la désertion des lieux destinés à la jeunesse.
Il semble alors important de s’interroger sur la perte d’influence des équipements et lieux de socialisation. La rue ne joue plus aujourd’hui un simple rôle de passage entre institutions et jeunes, mais devint plutôt un espace d’accueil temporaire révélant une nouvelle jeunesse sans territoire fixe, mais avec une envie d’être ensemble, de se situer par rapport à l’autre, même si la situation ne reste qu’éphémère.

On peut donc constater qu’il ne peut y avoir de monde social sans construction ou réappropriation de l’espace avec l’autre. Il y a donc un certain sentiment d’appartenance à une structure émotionnelle, au sens de Max Weber78, avec une modulation de l’espace. Le fait d’être dans un lieu avec d’autres et de partager ce lieu, fait société et permet de comprendre le lien social. Il semble donc intéressant de connaître les modes d’investissements des lieux par des jeunes, la façon dont ils se mettent en scène 79 et dont on les met en scène, dans des situations et des interactions, dans l’espace public. Se pose alors la question de l’accessibilité des jeunes à une diversité de situations, de rôles et de contextes en milieu urbain, à partir de la production d’événements dans l’espace public, sachant que «structures sociales et interactions se trouvent intimement liées, s’influençant réciproquement au cours du temps »80.

Lire le mémoire complet ==> (La jeunesse et le rap _ Socio-ethnographie d’un espace intermédiaire)
Mémoire – Département des Sciences de l’Education
Université Paris X – UFR SPSE