Les difficultés des sites web du commerce de l’art sur Internet

By 7 October 2012

V. Les difficultés des sites d’art :

Il semble que beaucoup de modèles économiques des sites d’art n’ont pas résisté à la tourmente qui a affecté beaucoup de starts-up.

Les sites d’art contraints à la diversification
*(14) 29 mai 2001

« On nous promettait l’explosion du commerce de l’art sur Internet.
Aux Etats-Unis, comme en France, les projets ambitieux dans le secteur ont fait florès par dizaine au cours des années 1999 et 2000 avec quelques enseignes prestigieuses comme i-Collector, le joint-venture entre la maison de ventes Sotheby’s et Amazon aujourd’hui disparu.

Des galeries virtuelles aux sites annuaires, en passant par les vitrines online des professionnels de l’art et les sites d’enchères spécialisés, le pari des initiateurs de ces entreprises était de faire du Web la plate-forme quasi- incontournable d’un marché qui croît de 10% par an pour un volume global de l’ordre de 100 milliards de francs par an.
La crise financière qui a frappé les valeurs Internet est passée par là. Pour ne pas avoir toujours trouvé une véritable clientèle, pour avoir parfois été délaissés par certains de leurs investisseurs, bon nombre de ces projets ont depuis disparu.

Acteurs Internet français liés au monde l’Art
Société Activités Fonds levés Investisseurs
Artprice Constitution et exploitation de bases d’informations spécialisées sur le marché de l’Art société cotée au Nouveau Marché Agafin (reprise des titres Europ @web) 17%, Groupe Serveur 60%…
Oraos.com

Liquidée

Vente en ligne et magazine d’information éditoriale 14,5 millions de francs Holding Wilson, Sopromat…
n @rt : (fusion avec Artcurial ) Edition, ventes aux enchères, plate-forme de vente entre professionnels… Environ 50 millions de francs Galileo, Sofinova Partners et AGF Equity (23 MF), SGAM (10 MF), Business angels (19,5 MF)
EAuctionRoom société liquidée

17 06 02

Retransmission de ventes aux enchères sur Internet >50 millions de francs Innovacom, Financière Rotschild…
Artface société liquidée Annuaire regroupant 400 marchands du secteur 11,15 millions de francs IRR, Seeft Ventures…

Thierry Ehrmann, président fondateur du groupe Serveur, qui détient la société Artprice cotée au Nouveau Marché et spécialisée dans la constitution et l’exploitation de bases de données sur le marché de l’Art, considère que ces échecs étaient prévisibles.

“Le marché de l’Art est d’abord un secteur régulé par des instances normatives qui légitiment ce marché. Il s’agit en gros des 1.200 grands marchands, organisateurs des grandes biennales qui font autorité sur le marché de l’art mondial. Le secteur est donc très hermétique”
L’image d’un marché fluidifié à l’échelle internationale grâce à des plate-formes

Internet semble donc aujourd’hui se jaunir.

(Artprice.com est le leader mondial des banques de données sur la cotation et les indices de l’art avec plus de 4 millions de résultats de ventes collectés depuis le XVIIème siècle couvrant 270 000 artistes du IVème siècle à nos jours.
Le groupe Bernard Arnault détient via Agafin une participation stratégique dans artprice.com, avec laquelle il développe des synergies industrielles.)
Les données sur Artprice recensent la part visible du marché, celle des ventes publiques. Lui échappent les ventes de gré à gré et toutes celles dont les prix ne sont jamais publiés.
Une partie du site est accessible gratuitement, et pour les professionnels, Artprice propose de s’abonner pour un an au prix de 490 Euros. (septembre 02).

Une réussite : les banques de données en ligne

Grâce aux banques de données en ligne, la cote des œuvres d’art devient plus transparente.

Elles permettent de suivre à la trace le mouvement des œuvres, et entraînent l’élévation du niveau d’information des acheteurs – collectionneurs. Elles détiennent des informations qu’elles peuvent ensuite revendre aux professionnels, sous forme d’abonnement. Par exemple :
Artprice (Art Price Annual) 1 600 000 prix d’œuvres d’art cataloguées, 152 000 artistes référencés… L’argus électronique développé depuis 1987 par l’Adec est une mine.
http://www.artprice.com

Artdata
Version électronique de l’Annuel des Arts, cette base de données offre les résultats des ventes aux enchères à travers le monde, avec plus de 5 millions de références portant sur 68 000 artistes et 650 000 œuvres. Elle répertorie les résultats des ventes depuis 1989. http://www.artdata.tm.fr

Art Net
En ligne depuis 1996, cette base de données américaine, largement illustrée, propose bien sûr des chiffres (1,8 million d’œuvres recensées) mais aussi un magazine des arts, une sélection d’expositions, une librairie “on line”.…Son activité a un aspect commercial puisque qu’elle sert de relais à des galeries et des marchands.
http://www.artnet.com

En consultant ses résultats publiés sur le site, il apparaît que ce site commence seulement à rentrer du « cash », et réduire son endettement.

Ces bases de données deviennent indispensables pour les professionnels de l’art.

“Le marché de l’Art est un marché difficile” Artface

Face au retournement de tendance, certains sites ont été contraints de mettre la clef sous la porte. C’est le cas d’Artface. John Senouf, PDG et fondateur de la société qui devait s’imposer comme une plate-forme de référence en présentant des pièces en vente chez des marchands, confirme lui aussi la difficulté de pénétration sur ce secteur d’activité : “le marché de l’Art est un marché beaucoup plus difficile que les autres.”

Artface, qui avait initialement levé 1,7 million d’euros auprès du fonds IRR dirigé par l’ancien président de Sotheby’s France et, pour une petite part, auprès de Seeft Ventures n’est pas parvenu à boucler une opération de financement prévue de 5 millions d’euros.

La société a fait l’objet d’une décision de liquidation judiciaire le 13 mars 2001. “Nous étions en état de cessation de paiement car notre principal investisseur s’est désisté et nous a demandé de trouver un autre financier, explique John Senouf. Mais les conditions du marché ne nous permettaient pas de trouver rapidement une solution. Plusieurs marchands du secteur étaient prêts à investir personnellement mais il nous fallait trouver au moins 5 millions d’euros.”

Oraos

Antoine Bloch, PDG fondateur de la société Oraos, dont le site devait être un carrefour de l’art moderne combinant à la fois contenu éditorial et espace de vente en ligne, a lui aussi jeté l’éponge:
Malgré un financement initial de 4,25 millions de francs, complété par un tour de table supplémentaire de 10 millions de francs en décembre 2000, Antoine Bloch n’a pas pu trouver les fonds qui devaient lui permettre de financer la suite de son développement. Après voir tenté de fédérer plusieurs de ses concurrents,
Antoine Bloch a donc choisi d’abandonner son site dédié à l’art contemporain.

Les tentatives de diversification

D’autres acteurs importants du marché français, ont essayé de diversifier leurs activités.
D’après Thierry Erhmann d’ArtPrice, cette nécessité de la diversification répond, elle aussi, à des contraintes spécifiques au marché de l’art.

“Les grandes maisons de ventes internationales ne veulent pas utiliser le protocole TCP-IP pour la prise d’enchères en ligne car il ne s’agit pas d’une relation point à point. Elle ne garantit donc pas le temps réel.

On nous demande de construire de toute pièce des systèmes point à point pour lesquels le Web n’est qu’un moyen de suivre l’évolution des enchères. Mais les ordres ne peuvent pas être acheminés par ce biais.”

N@ rt

Un autre grand spécialiste français du secteur est le groupe N@ rt dirigé par Antoine Beaussant et Bruno Chabannes.

Après avoir levé plus de 50 millions de francs auprès de quelques-uns des plus importants fonds de capital-risque (SGAM, Galiléo, Sofinova Partners, AGF Private Equity…), N@ rt s’est écarté d’un modèle 100% Internet pour développer d’importantes activités indépendantes du Web.

Une autre stratégie de diversification : Le groupe a notamment constitué un groupe de presse avec le rachat de L’Oeil et du Journal des Arts. Ce pôle génère aujourd’hui 20% du chiffre d’affaires du groupe. Le pôle enchères du groupe a lui aussi été “mortarisé” avec le rachat de l’étude parisienne de Maître Binoche qui est depuis devenu vice-président du groupe.
Si la totalité des ventes est accessible sur Internet, la majeure partie du chiffre d’affaires de ce pôle est désormais réalisée en salle des ventes. Les enchères représentent actuellement 30% de l’activité du groupe

Une simple vitrine virtuelle

Mais l’activité qui dégage le plus important volume d’affaires chez N@ rt (50% du volume global) est le pôle baptisé N@ rt Antix. Il s’agit d’une importante plate- forme de vente d’antiquités et d’œuvres d’art à l’international pour laquelle Internet est une vaste vitrine virtuelle relayée par deux points de vente physiques à Paris et Greenwich à proximité de New York.

La seule activité 100% Internet de N@ rt reste aujour’dhui la société Artcurial.com qui distribue les tirages d’oeuvre d’art éditées par la célèbre galerie parisienne Artcurial. N@ rt possède 60% de la société qui ne devrait générer que 5 à 10% du chiffre d’affaires du groupe cette année. Après avoir dû repousser à trois reprises son introduction en Bourse, le groupe N@ rt se concentre sur ses quatre axes d’activité et privilégie cette année les acquisitions de structures physiques traditionnelles. Il reste encore au groupe à assurer la suite de son financement cette année avant de parvenir à l’équilibre financier attendu pour le début 2002.
Après huit mois de redressement judiciaire suite aux gros problèmes financiers de leur ancien propriétaire Nart, les Publications Artistiques Françaises, alias l’Oeil et Le Journal des Arts, ont été cédées le 22 mai 2002 par décision du Tribunal de Commerce de Paris à Jean Christophe Castelain.

eAuctionRoom

eAuctionRoom, prestataire spécialisé dans la retransmission en direct sur Internet de ventes aux enchères de commissaires-priseurs, a fait évoluer son modèle vers les ventes automobiles et industrielles.

“eAuction Room a commencé son activité dans le secteur de l’Art car il s’agit de l’univers d’origine de ses fondateurs, se défend Laurent Sorbier, actuel directeur général de la société et ancien vice-président de Spray France. L’ouverture au secteur industriel est une simple continuité logique dans notre métier et devrait bientôt représenter la majeure partie de notre chiffre d’affaires.”
Mais la diversification ne suffira pas à sauver la société.

Tous ces sites avaient un point commun : ils partaient de zéro en termes de notoriété et d’image. Ils ont investi généralement des sommes importantes, 50 millions de Francs pour Nart, 75 pour eAuctionroom, mais insuffisantes en termes de publicité et de communication pour des sociétés nouvelles. D’autre part, ils comptaient comme beaucoup d’autres sur des revenus complémentaires provenant de recettes publicitaires, mais ce secteur s’est complètement écroulé en 2000.

D’autres raisons ont causé leur perte. L’étude du cas d’eAuctionroom permettra d’y voir un peu plus clair.

Lire le mémoire complet ==> (Le marché de l’art et Internet
Quel avenir pour la vente en ligne d’œuvres d’art ?
)

Mémoire de fin d’études – IMAC – MST2