Le tourisme d’affaires en Europe et à l’échelle mondiale

By 15 October 2012

1.2 Performance de la clientèle d’affaires et de congrès
1.2.1 L’évolution du tourisme d’affaires à l’échelle mondiale

Il semble curieux que les touristes d’affaires soient si peu connus, si peu étudiés. Peut-être que le tourisme d’affaires n’intéresse-t-il que médiocrement le système politico-organisationnel ?

Pourtant politique et statistique font souvent bon ménage. Par exemple : comment expliquer que les touristes d’affaires canadiens, qui séjournent aux Etats-Unis, ne sont pas comptabilisés ? La réponse est que, implicitement, les touristes d’affaires canadiens font partie intrinsèque de l’univers économique américain et n’ont pas besoin d’être distingués.

L’importance accordée aux gens d’affaires (en voyage) ne semble pas avoir de résonance à d’autres niveaux. Malgré tout, pour le segment des touristes d’affaires, certaines données existent (aussi parcellaires et inexactes soient- elles).
Notre objectif est de connaître l’évolution du tourisme d’affaires au plan international. Nous utiliserons, pour ce faire, les données de l’Organisation Mondiale du Tourisme12. Elles concernent les “arrivées internationales de touristes”.

Malheureusement, très peu de pays disposent (via l’OMT) de données comparables sur une période assez longue de façon à dégager les tendances et comprendre la performance de chacun d’eux.

Problématique de statistiques

Le secteur du tourisme d’affaires souffre d’un manque de statistique très fiable. On retrouve au niveau international deux principales sources d’information :
• The Union of International Associations (UIA).
• The International Congress and Convention Association (ICCA).

L’UIA nous fournit des informations sur le marché des meetings. Les meetings sont organisés principalement par les organisations internationales mais ils peuvent aussi être des rencontres nationales, avec participation internationale.

Plus précisément, ce sont des meetings (source : www.uia.org) aux caractéristiques suivantes :
• 300 participants au minimum.
• Au moins 40% de participants de nationalité étrangère.
• Représentation d’au moins 5 nationalités.
• Durée minimale du séjour : 3 jours.

Sont exclues de leurs statistiques :

• Rencontres essentiellement religieuses, politiques, didactiques, commerciales ou sportives.
• Rencontres des comités, directions, groupes d’experts.
• Rencontres d’entreprises et incentive.

On remarque dès lors que les données chiffrées doivent être appliquées avec une grande prudence pour représenter le tourisme d’affaires global.

L’«International Congress and Convention Association » (ICCA) tient, tout comme l’UIA, des statistiques sur les meetings dans le monde. Elle définit les meeting comme présentant les caractéristiques suivantes :
• Organisés régulièrement.
• Rotation dans 3 pays différents au moins.
• Minimum de 50 participants.

On peut estimer qu’à l’échelle planétaire, le tourisme d’affaires représente un marché d’environ 50 milliards de dollars13. 80% sont dépensés en Amérique du Nord (y compris les Caraïbes et le Mexique), les derniers 20% sont consacrés au reste du monde. Selon l’OMT, la croissance du secteur tourisme d’affaires est supérieure à celle du marché touristique en général (estimation 2.7% par an pour la période 2000-2005).

La tendance nous montre que les villes les mieux classées perdent des parts de marché par rapport aux nouvelles villes émergentes (Prague, Zagreb, Budapest…). Parmi les villes en Europe les plus importantes au niveau des meetings, on trouve : Paris, Bruxelles, Vienne, Londres, Berlin, Amsterdam, Copenhague, Helsinki, Budapest, Strasbourg, Rome, Madrid, Genève, Prague, Stockholm, Edinburgh, Barcelone, Lisbonne, Maastricht, Munich et Oslo.
Au niveau européen, la France tient le premier rang suivie par la Grande Bretagne, l’Allemagne, l’Italie, les Pays Bas, l’Espagne, la Belgique, l’Autriche et la Suisse. A noter que la perte de parts de marché de l’Europe s’est stabilisée depuis 1997. En 1991, la part de meetings en Europe s’élevait à 62.3%. Une rapide comparaison entre les chiffres de l’UIA et de l’ICCA confirme la position de l’Europe largement en tête du nombre de meetings organisés sur son sol.

D’après une étude de l’Organisation Mondiale du Tourisme en 1998 (OMT), les recettes du tourisme d’affaires dans les pays de l’UE en 1998 a été estimé à 162.47 milliards d’euros.
En moyenne, 2.5% du PNB des pays de l’UE étaient dépensés en voyages d’affaires. Sur le nombre total d’arrivées, les arrivées « affaires » étaient estimés à 12.8% en France en 1997. Ce rapport varie de façon importante selon les pays. Il était estimé par exemple de l’ordre de 37.9% en Belgique la même année. Ceci s’explique principalement par la position de Bruxelles en tant que capitale européenne. La présence d’un grand nombre d’organisations internationales, comme l’OTAN ou la CEE, implique la venue de fonctionnaires en mission tout au long de l’année.

Selon les chiffres de l’ICCA, les meetings internationaux en Europe se déroulent pour la plupart dans des centres de congrès (V. The MICE Industry, P. 29).

Lieux de déroulement des meetings en Europe en 1999

Lieu %
Centre de congrès (avec hébergement) 29%
Centre de congrès (sans hébergement) 28%
Université 20%
Hôtel 19%
Autres 4%

Source : ICCA (1999)

On constate par ailleurs une majorité de petits meetings au niveau européen.
majorité de petits meetings au niveau européen
Source : Horwath Consulting (1999)

La première étude sérieuse sur le marché MICE (Meeting Incentive Congress Exhibition) a été faite en 1999 par le groupe Horwath Consulting lors de la European Incentive and Business Travel And Meetings Exhibition (EIBTM) à Genève. Les exposants de toutes les branches du tourisme (transport, hébergement, agences diverses) au nombre de 2500, représentant 112 pays, s’y sont retrouvés pour faire la promotion de leurs services et produits.

Le Groupe Horwath a procédé à une enquête auprès de 120 entreprises actives dans MICE. Après retour des questionnaires, l’étude s’est finalement basée sur les données complètes de 15 entreprises. L’analyse se porte donc sur 118 voyages de groupe avec un nombre de participants minimum de 20 personnes (9 450 personnes au total).

On remarque que le marché des meetings est encore très peu structuré. Certaines agences Destination Management Companies offrent plusieurs services simultanément, tandis que d’autres, bien que répertoriées dans le “Swiss Travel Handbook”, n’offrent tout simplement plus de services MICE.

1.2.2 LE TOURISME D’AFFAIRES EN EUROPE

Le volume d’affaires des différents segments qui composent le tourisme d’affaires atteint 1 000 milliards de francs, soit 14% du volume total14. Des dizaines de milliers d’emplois sont engendrés par ces mêmes segments du tourisme d’affaires.

Ils jouent également un rôle prépondérant vis à vis des activités annexes dans les économies locales. Ces activités induites, estimées de 1.5 à 2 fois le chiffre d’affaires direct du secteur, émanent essentiellement des congrès et expositions.

Le volume d’affaires direct du tourisme dans l’Espace Economique Européen

Segments Chiffre d’affaires En millions d’euros % du secteur
Voyages d’affaires individuels 115 000 70.8%
Congrès 5450 3.3%
Séminaires 20240 12.6%
Voyages de stimulation (incentives) 3900 2.4%
Expositions, foires, salons 17700 10.9%
TOTAL 162470 100%

Source : Horwath Axe Consultants, 1995

Au regard des chiffres ci-dessus, on peut observer la faible part représentée par les voyages de stimulation (2.4%) face à celle des voyages individuels (70.8%). Néanmoins, les voyageurs d’affaires individuels sont difficiles à cibler car ils ne sont pas regroupés, contrairement aux touristes en congrès, en séminaire ou en voyage de stimulation. L’évaluation est faite par sondage auprès des entreprises par une évaluation des déplacements professionnels individuels.

Le tourisme d'affaires en Europe et à l'échelle mondiale
Source : European Travel Monitor, 1994

Le voyageur individuel d’affaires a pour motif premier le déplacement dans une destination donnée, alors que pour les autres segments du tourisme d’affaires, le déplacement n’est qu’un moyen de locomotion, l’objet du voyage étant le séjour, dans une destination donnée, pour assister à une manifestation professionnelle déterminée.

Le marché européen des congrès et conventions est la partie la plus visible du tourisme d’affaires puisque les événements rassemblent, dans un même lieu et durant une période courte, un nombre important de participants. Ceci explique pourquoi les informations transmises concernent souvent ce secteur.

Les informations présentées laissent apparaître un manque de données sur le secteur du tourisme d’affaires et le marché des congrès en Europe, une définition trop floue par rapport au tourisme d’agrément, des blocages de nature fiscale et légale, et une promotion trop dispersée.

Politiquement, l’accent est surtout mis sur le secteur du tourisme des loisirs qui touche un plus grand nombre d’individus. Pourtant, le secteur du tourisme d’affaires génère des retombées économiques indéniables et largement supérieures aux retombées du tourisme d’agrément.

Pour faire face à la concurrence internationale une stratégie globale à l’échelon national voire européen doit être envisagée pour que le tourisme d’affaires reste une activité motrice dans l’économie de l’Union Européenne et réponde aux attentes de la demande internationale mais aussi de la demande européenne.

Lire le mémoire complet ==> (Le tourisme d’affaires en Provence alpes côte d’azur: un enjeu pour l’avenir)
Mémoire de DESS en Economie et Gestion du Tourisme – Faculté des sciences économiques et de gestion
Université de la Méditerranée AIX-MARSEILLE II – CEDERS