Le marché financier marocain : organisation et évolution

By 26 October 2012

Le marché financier – Paragraphe II :

I- Son organisation :

En cas d’opportunisme avéré ou de mauvaise gestion, les actionnaires peuvent vendre leurs titres pour exprimer leur mécontentement par leur droit de vote, selon le principe d vote par les pieds. Cependant, la part du flottant à la Bourse de Casablanca reste très faible pour la plupart des sociétés cotées, le capital des entreprises cotées étant verrouillé par des intérêts de groupes familiaux49 et les petits actionnaires n’ont pas de rôle actif et sont généralement tributaire de la bonne volonté des dirigeants. En outre, les marchés financiers ont des difficultés à refléter en temps réel l’information financière. Au plan mondial, c’est la pression des investisseurs institutionnels qui a modifié les relations entre actionnaires et les dirigeants avec l’émergence de la création de valeur actionnariale qui s’est imposée à la fois comme le critère de décision stratégique pour l’entreprise et comme l’indice de satisfaction de son actionnariat. Cette situation est susceptible de se produire au Maroc si les investisseurs étrangers reviennent à la bourse de Casablanca. Actuellement, le marché boursier reste peu dynamique et le cours de la bourse est déconnecté de la valeur intrinsèque des sociétés. Les prises de contrôle ou les OPA traduisent la fonction disciplinaire exercée par le marché financier sur la gestion des entreprises (soit mal gérée ou disposant d’un potentiel de croissance intéressant). Mais en raison du manque du dynamisme de la Bourse de Casablanca, les OPA restent rares et ne constituent pas un mécanisme de contrôle et mêmes lorsqu’elles interviennent c’est dans une logique stratégique ou de restructuration. Au Maroc, le management des sociétés cotées échappe alors à la sanction des marchés financiers.

II- Son évolution :

Le marché financier doit en théorie jouer un rôle disciplinaire important pour les entreprises. Or, en l’état actuel des choses, la Bourse de Casablanca n’a pas acquis la maturité nécessaire et ne peut s’acquitter de cette mission. L’interventionnisme des pouvoirs publics est important, puisqu’ils contrôlent la diffusion et la standardisation des informations publiques sur les firmes cotées. D’autre part, l’Etat doit avoir une action plus directe en suppléant les défaillances du marché financier et en encourageant le développement de structures qui stimuleraient l’efficience du marché.

Selon le rapport ROSC50 de la Banque Mondiale (BM), sur le gouvernement d’entreprise, réalisé en octobre 2001 et revu en avril 2002, les marchés financiers devraient fonctionner de manière efficace et transparente en matière de contrôle des sociétés. En effet, toujours selon le même rapport, il n’existe pas au Maroc un code régissant les offres publiques d’achat ou de vente ni de règles concernant les appels d’offres obligatoires lorsqu’un actionnaire affranchi un certain seuil. En outre, la BM recommande l’établissement d’un plan pour aligner les normes marocaines sur les normes IAS. Les projets de loi adoptés par le gouvernement marocain le 13 juin 2003 viennent au bon moment pour remédier à ces insuffisances, combler le vide juridique et renforcer le marché financier51. L’un de ces textes se propose de réglementer les offres publiques d’achat, d’échange, de retrait et de vente.

Et ce à travers des dispositions garantissant le respect des principes de la transparence, la régularité du marché et l’égalité entre les actionnaires en matière d’information afin d’en protéger les droits et intérêts52. Le nouveau projet de loi prévoit également le renforcement de l’information des actionnaires et le passage à une périodicité trimestrielle au lieu de semestrielle pour la communication financière des sociétés cotées.

Ces textes qui ne sont pas encore finalisés sont de nature à dynamiser le marché financier et le rendre en mesure de jouer son rôle de contrôle.

Les banques et les établissements de crédit continue de dominer le système financier marocain. Ils sont aussi impliqués dans le gouvernement d’entreprise dans la mesure où ils veillent à ne pas subir a posteriori un accroissement du risque économique et financier de l’entreprise à laquelle ils ont prêté des fonds53. Par conséquent, ils doivent donner l’exemple aux autres sociétés en matière de respect des principes de la corporate governance. Un phénomène de contagion peut alors venir de ces prêteurs –les banques- ceux-ci étant eux même soumises aux dispositions de gouvernement d’entreprise.

Lire le mémoire complet ==> (Le gouvernement d’entreprise au Maroc)
Mémoire du Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées en Ingénierie Financière
Université de Bretagne Occidentale – Institut d’administration des Entreprises
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48 Abashi SHAMAMBA « Premier capitaliste du pays, l’Etat actionnaire ignore les règles du gouvernement d’entreprise », L’Economiste Du 12 décembre 2000.
49 Selon les propos de Dounia TA présidente du (CDVM) recuillés par L’Economiste du 21 avril 2003.
50 Rapport sur le Respect des Normes et Codes, qui n’a pas encore reçu l’aval du gouvernement pour sa publication.
51 « Bourse : le gouvernement entérine six projets de loi », L’Economiste du 16 juin 2003
52 L’Economiste du 16 juin 2003, option citée.