L’alimentation : facteur de l’obésité chez les jeunes au Canada

By 30 October 2012

2.3.2 L’alimentation

La consommation calorique moyenne quotidienne a un lien direct avec l’IMC. Une enquête sur 1 an de Mollard et al. (2007) réalisée auprès de jeunes de 10 à 16 ans établit une corrélation positive importante entre la consommation de nourriture riche en énergie avec le taux d’embonpoint/obésité. De plus, selon ces auteurs, les enfants obèses mangeaient moins de portions de fruits et de légumes par rapport aux enfants ayant un poids santé. Mollard et al. (2007) ont aussi constaté que la taille des portions servie à l’enfant avait une influence sur sa quantité de calories ingérées, à partir de l’âge de 5 ans. Avant cet âge, les enfants écouteraient davantage leur faim et autoréguleraient mieux leur consommation calorique. Nos chiffres confirment le lien précédent entre la consommation de fruits et de légumes et l’obésité.

Tableau 2.23
Taux de poids normal, embonpoint et obésité selon la fréquence quotidienne de la consommation de fruits et légumes, population à domicile de 2 à 17 ans, Canada, 2004
Taux de poids normal, embonpoint et obésité selon la fréquence quotidienne de la consommation de fruits et légumes, population à domicile de 2 à 17 ans, Canada, 2004
Source : ESCC

Ici l’on voit que plus la fréquence de consommation de fruits et de légumes quotidienne de l’enfant augmente et moins il devient susceptible d’être obèse. Dans notre échantillon, 63 % des jeunes canadiens consommaient des fruits et des légumes moins de cinq fois par jour. Chez ceux-ci, le taux d’obésité franche était de 10,41 %. Tandis que dans le 37 % de jeunes qui en consommaient cinq fois ou plus par jour, ce taux était de 8,54 %. Shields (2005) en vient également à la conclusion que les jeunes qui consommaient moins de fruits et de légumes étaient plus susceptibles de faire de l’embonpoint/obésité que ceux qui en mangeaient plus souvent.

La consommation régulière de boissons à haute teneur en sucre serait également liée à l’obésité.
Population-based surveys suggest that there is a strong association between sweetened beverage (soft drink) intake and BMI. Over a 19 month follow-up in children age 11 to 12 years, the change in BMI and the odds of becoming overweight were 1.6-fold higher for every self-reported serving of a sweetened beverage. Impressively, the odds of becoming overweight increased 60 % for every increased daily serving of sweetened beverages. Intervention studies confirm the strength of these associations, as reducing daily intake of sweetened beverages can attenuate weight gain in childhood and adolescents. For example, a school-based program in children 7 to 11 years of age that reduced soft drink consumption by 30 % prevented the age-related rise in the prevalence of overweight seen in the control group. Similarly, a 25-week randomized controlled trial that reduced sweetened beverage consumption by 82% effectively reduced BMI 0.75±0.34 kg/m2). Based on this evidence, monitoring sweetened beverage intake and advising to limit consumption as much as possible could prove useful for promoting healthy weight in youth. (Mollard et al. 2007, p. 8)

De plus, selon Biali (2004), des recherches ont prouvé que si l’on augmente la consommation de calories d’une personne sous forme liquide plutôt que sous forme solide, la personne n’ajustera pas sa consommation totale d’aliments en mangeant moins. Pourtant ce processus se fait naturellement quand les calories consommées en plus ont été ingérées sous forme d’aliments solides. En effet, les signaux de plénitude qui avertissent la personne qu’elle a assez consommé de calories ne sont presque pas activés par les liquides. Étant donné que ces boissons gazeuses rassasient peu, un enfant peut facilement engloutir 300 calories de plus à son repas sans même s’en apercevoir, ce qui est considérable étant donné le fait que les besoins calorique quotidien d’un enfant sont d’environ 1000 calories par jour, plus 100 calories par année ajoutée (soit environ 1400 calories par jour pour un enfant de 4 ans). 2

Pour résumer la pensée de Mollard et al. (2007), les adolescents qui déjeunaient tous les matins ou la plupart des matins de la semaine avaient un IMC moins élevé en moyenne que ceux qui ne déjeunaient pas ou rarement. Ceci pourrait s’expliquer par le fait que le corps s’il ne déjeune pas se maintient dans un état de jeûne jusqu’à l’heure du midi, ce qui diminue le métabolisme. Aussi, le fait de déjeuner diminue l’appétit au courant de la journée ce qui réduit l’envie de trop manger tard dans la journée. Selon Huot (2009), au Québec, 11 % des enfants de 9 à 12 ans et 36 % des adolescents disent sauter le petit-déjeuner au moins une fois par semaine. De plus, selon Mollard et al. (2007), les jeunes qui apportaient un lunch à l’école étaient moins obèses en moyenne que ceux qui achetaient de la nourriture sur place. En effet, la nourriture servie dans certaines écoles est souvent plus calorique en moyenne par rapport à un lunch conventionnel. La quantité de fructose et de carbohydrates consommée aurait également un impact sur l’obésité. Selon Parks et al. (2008) le corps humain aurait tendance à transformer rapidement le fructose en graisses. Ces résultats semblent donner raison à la théorie qui jette le blâme de l’épidémie d’obésité sur l’utilisation massive de sirop de maïs (dont le contenu en fructose est élevé) dans les aliments transformés.

La consommation de fast-food est également un déterminant majeur de l’obésité. Ce constat a été établi par l’étude du Coronary Artery Risk Development in Young Adults (CARDIA) qui a été réalisée sur une période de 15 ans aux États-Unis. Cette étude confirme un lien clair entre fast-food, obésité et résistance à l’insuline. Celle-ci a été réalisée suite à quelques observations clés. Tout d’abord, la consommation de fast-food est en augmentation. McDonald (2007) prétend que dans les années 1970, les enfants et les jeunes adultes recevaient 18 % de leurs calories de nourriture préparée à l’extérieur de la maison. Mais au début des années 1990, ce ratio avait passé à 32 %, dont le tiers provenait du fast-food. Pour résumer la pensée de McDonald (2007), les principaux problèmes du fast-food sont sa densité calorique qui est environ le double de la densité calorique idéale pour l’humain, tel que recommandé par les nutritionnistes, sa pauvre teneur en nutriments qui lui donne un pouvoir de satiété moins élevé que les autres aliments, le fait qu’il soit souvent servi en portion copieuse ce qui amène un état de surconsommation passive et son index glycémique élevé qui a comme effet d’augmenter l’appétit. Une large base de données a été établi incluant différentes variables (démographiques, de santé, d’habitudes de vie ainsi que de consommation alimentaire par semaine (fast-food, fruits et légumes, produits laitiers, boissons gazeuses etc.). La cible principale de l’étude était d’investiguer la relation entre les habitudes déclarées de consommation de fast-food et les changements à long terme dans la masse corporelle de l’individu et dans le développement de la résistance à l’insuline.

En résumé, voici les résultats de CARDIA observés par McDonald (2007) : les hommes et les afro-américains consommaient davantage de fast-food que les femmes et les blancs. Chez les gens de race blanche, la consommation de fast-food fréquente (plus de 2 fois par semaine) était associée de façon significative avec un plus bas niveau d’activité physique, un plus bas niveau d’éducation, davantage de temps devant l’écran, une moins grande consommation de grains entiers, de fruits, de légumes et une plus grande consommation d’alcool et de boissons gazeuses. De plus, les individus qui mangeaient du fast-food plus de 2 fois par semaine gagnaient en moyenne, au bout de 15 ans, 4,5 kg de plus que ceux qui en consommaient rarement (moins de 1 fois par semaine). Il y avait aussi une association significative et linéaire chez les individus qui consommaient déjà du fast-food, plus de 2 fois par semaine au début de l’étude et qui en ont augmenté leur consommation à plus de 1 portion supplémentaire par semaine au cours des 15 années suivantes. Ces individus sont ceux chez qui le gain de poids moyen a été le plus important (environ 17 kg). En comparaison, les individus qui consommaient du fast-food moins de 1 fois par semaine en moyenne et qui ont réduit leur consommation au cours des 15 années suivantes sont ceux chez qui le gain de poids moyen a été le moins important (environ 11kg). Donc pour conclure, l’étude de CARDIA démontre que les habitudes de fast-food sont fortement corrélées avec le gain de poids et la résistance à l’insuline, sur une période de 15 ans, indépendamment des autres variables démographiques ou de mode de vie.

Lire le mémoire complet ==> (Les déterminants de l’obésité et du surpoids chez les jeunes au canada)
Mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en économique
Université Du Québec À Montréal

Sommaire :

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2 http://www.bioweight.com/enfkcal.html