La jeunesse, un nouveau problème social

By 18 October 2012

3.3. La jeunesse, un nouveau problème social.

On voit donc bien comment la question de la jeunesse évolue tout au long des années, devenant centrale sur la scène politique. Ce n’est plus seulement l’affaire de ministères spécialisés, mais cette question de la jeunesse est de plus en plus confiée à des structures étatiques, concernées par l’insertion professionnelle et sociale.

La jeunesse n’est plus seulement synonyme de loisirs, elle devient un problème social, auquel il faut trouver des solutions sous forme de diverses modes d’intervention. Le temps des équipements et du simple soutien des associations est révolu, il faut mobiliser les citoyens tout en adaptant l’action administrative. La mobilisation des acteurs de terrain devient indispensable dans une volonté de valoriser le local56.

De son côté, la pratique du sport subit une véritable explosion, et les associations sportives se placent au premier rang dans le mouvement associatif. En fait, le mouvement sportif bénéficie d’un soutien accru des municipalités et de l’engouement du «sport pour tous » mis en place par l’Etat. Le temps libre est souvent attribué à une pratique sportive, les mentalités aidées par une certaine publicité, évolue vers le besoin «d’un esprit sain dans un corps sain ». Tout ceci est soutenu par un développement massif de structures sportives au dépend des établissements socio-culturels. On valorise le sport de plein air et on réintroduit des activités de pleine nature au sein des grands ensembles. Des sportifs de haut niveau viennent arpenter les cités populaires, lorsque l’on redécouvre les vertus moralisatrices de l’activité physique. Pourtant, les pratiques sportives sont très différentes. Les formes d’organisation restent très souples et souvent éphémères. Ainsi, le sport a su acquérir plutôt une autonomie qui lui a permis de maintenir des ambitions éducatives. Aujourd’hui, il fait partie du quotidien de la société, s’imposant même comme un moyen d’identité individuelle que chacun peut utiliser selon ses envies et ses besoins.

Depuis ces quinze dernières années, il semble donc que les interventions envers la jeunesse ne sont plus considérées de façon globale. Les politiques d’équipements et les mouvements de jeunesse et d’éducation populaire ne sont plus en mesure d’énoncer un projet spécifique à la jeunesse.
De son côté, le secrétariat d’Etat à la Jeunesse et aux Sports n’a plus l’image d’un lieu d’où émerge une pensée sur la jeunesse, ni même de celui qui distribue les crédits. La crise a entraîné des interventions plus fragmentées, ciblant certains publics. Les mouvements de jeunesse, quant à eux, n’interviennent plus qu’en prestataires de services. C’est l’idée même de la jeunesse qui est en pleine mutation et plus personne ne peut prétendre parler en son nom. Si après 68, on cherche à s’intéresser à cette jeunesse désorganisée, aujourd’hui, les seules structures mises en place pour les jeunes, indépendamment des installations sportives, sont des lieux mobilisant les jeunes de façon ponctuelle, sans aucune appartenance géographique (les Zéniths en sont un bon exemple).
Car en fait, il est important de noter que la multiplicité des micro-groupes, dans l’espace métropolitain, entraîne l’apparition d’une pluralité de microcultures57.

Ces jeunes révèlent de nouvelles relations à l’espace en élaborant des règles différentes et en créant des espaces de transition culturelle. L’espace métropolitain devient un lieu de circulation intense, qui crée des croisements et des évitements entre différents groupes. Et c’est dans des espaces institués qu’ils finissent par se regrouper de façon ponctuelle, le fait métropolitain consistant, alors, en des émissions de culture qui se recomposent sans cesse sur des zones de natures différentes58.
Et c’est la fin des grandes idéologies qui marque aussi celle de l’encadrement par des adultes. Les mouvements de jeunesse perdent leur place prédominante auprès des jeunes et les travailleurs sociaux remplacent peu à peu les militants. En fait, les lieux destinés aux loisirs ne sont plus forcément des lieux de socialisation pour les jeunes. Laurence Roulleau-Berger59 parle des sociabilités informelles qui se développent entre ville et banlieue, «en marge » des institutions et des micro-cultures, où se négocient sans cesse des identités sociales incertaines.

De façon plus générale, Olivier Galland parle de la transformation du mode d’entrée dans la vie adulte, passant d’un modèle de «l’identification » fondée sur l’héritage assumé de l’identité sociale associée à la figure du père, à un modèle de «l’expérimentation » où cette identité se construirait au gré des diverses expériences sociales suivant la décohabitation familiale.

Lire le mémoire complet ==> (La jeunesse et le rap _ Socio-ethnographie d’un espace intermédiaire)
Mémoire – Département des Sciences de l’Education
Université Paris X – UFR SPSE