Densité calorique des aliments et Coût de l’énergie calorique

By 31 October 2012

Conséquences de l’effet de prix sur la demande de nourriture et d’exercice physique – Chapitre III :

Plusieurs économistes, dont Lakdawalla et Philipson (2008) croient que la baisse des prix (en dollars réels) de la nourriture et la hausse relative des prix de l’exercice physique, peuvent expliquer partiellement le comportement des agents, qui réagissent en augmentant leur consommation de nourriture tout en diminuant leur dépense calorique. On peut résumer la pensée de Lakdawalla et Philipson en disant qu’environ 40 % de la hausse de poids observée dans la deuxième partie du 20e siècle s’expliquerait par la baisse du prix réel de la nourriture due aux innovations technologiques dans le domaine de l’agriculture. De plus, l’augmentation de la demande en nourriture dense en calories aurait entraîné plus de compétition dans ce secteur et par le fait même des économies d’échelle à long terme grâce au progrès technologique dans les pays riches. En effet, la technologie rend le coût de production moins dispendieux au fil des années, une fois que les coûts fixes sont payés. Cette hausse du prix étant inférieure à l’inflation sur 20 ans, ceci équivaudrait à une baisse du prix en dollars réels de la malbouffe. En conséquence, cela a amené une plus grande consommation d’énergie chez les gens à faible revenu qui vont souvent privilégier ce type de nourriture. L’autre 60 % serait dû à la mécanisation des modes de production et la sédentarisation du travail en Amérique du Nord. Faire de l’exercice physique implique désormais un coût financier et du temps consacré. Cet exercice ne se fait donc plus naturellement dans le cadre du travail. De plus, les loisirs sont dominés de plus en plus majoritairement par la technologie qui nous rend plus sédentaire. L’obésité serait donc une réponse rationnelle aux signaux de prix du marché et une externalité négative des changements environnementaux dus à l’industrialisation. En effet, les changements économiques ont changé les choix de société et le mode de vie des gens en altérant entre autre le coût des choix nutritionnels et de loisirs des individus, car le changement dans les prix relatifs va au-delà du contrôle du consommateur. Ce chapitre se consacrera à l’étude de ces effets de prix.

La loi d’Engel 3 nous dit que la part du revenu alloué aux dépenses alimentaires diminue avec l’augmentation du revenu. La dépense absolue allouée à l’alimentation peut augmenter, même si sa proportion diminue comme on le constate. En effet, la population des pays ayant un revenu moyen élevé (USA, Canada, etc.) est celle qui alloue en moyenne la moins grande part de leur budget pour de la nourriture consommée à la maison (< 8 %). Mais selon Drewnowski (2003) il faudrait ajouter que la composition de la diète change également avec l’augmentation du revenu. En effet, les consommateurs à faible revenu, vivant dans les pays riches consommeraient des diètes de moins bonne qualité et seraient également plus susceptibles d’être obèses que les consommateurs au revenu élevé. En revanche, dans les pays en voie de développement ce sont les gens qui gagnent un revenu supérieur qui seraient plus susceptibles d’être obèses. Il semble qu’un faible revenu soit associé à l’obésité uniquement dans les pays industrialisés et c’est à la situation de ces pays (comprenant le Canada) que nous nous attarderons ici.

3.1 Le lien entre la densité calorique des aliments et le coût de l’énergie calorique

Selon Drewnowski et Darmon (2005), le junk food coûterait moins cher par calorie que la grande majorité des aliments plus sains (comme les fruits et les légumes). La raison donnée par ces auteurs est qu’il y aurait une relation inverse entre la densité calorique de la nourriture (kilojoules par gramme) et son coût énergétique (dollars par mégajoule). Étant donné ce constat qu’une diète dense en calories est associée avec un prix du panier d’épicerie moins élevé, ceci expliquerait le lien entre l’obésité et le statut socio-économique, qui n’est pas intuitif. D’après ces auteurs, l’Américain moyen dépense moins de 8$ par jour (ou 56 $ par semaine), pour sa nourriture et ses breuvages tandis que les familles à faible revenu dépensent aussi peu que 25$ par personne, par semaine. De plus, le coût pour produire du sucre au Brésil est de 4 ¢/lb, le coût du sucre raffiné sur le marché mondial est de 9 ¢/lb, tandis que le prix de la majorité des huiles végétales est de 20 ¢/lb. On peut donc obtenir pour 40 000 calories de gras et de sucre pour seulement 2 $ sur le marché mondial.

Drewnowski et Darmon (2005) utilisent les données de l’Étude Individuelle et Nationale sur les Consommations Alimentaires de 1999 (ci-après INCA), une enquête française, pour démontrer le lien entre la densité énergétique et le coût de l’énergie. La raison de son utilisation est sa grande précision par rapport aux données nord-américaines. L’INCA porte sur les consommations alimentaires de 3 003 individus de 3 ans et plus, représentatifs de la population française. Dans cette enquête, le prix moyen national au détail de 895 aliments a été assigné en tenant compte de plusieurs caractéristiques dont la teneur en différents nutriments de ceux-ci.

Dans cette enquête, on y compare différents aliments sur une échelle logarithmique selon leur densité énergique (kcal/100g) et le coût de leur énergie (Euros/1000kcal). Les auteurs y ont constaté que le gras, l’huile, le sucre, les grains raffinés, les pommes de terre et les fèves ont en commun leur faible coût calorique ($/kcal). En revanche, le coût par calorie de mets qui contiennent davantage de nutriments, mais qui sont moins denses en calories comme : la viande maigre, le poisson, les produits laitiers, les légumes et les fruits frais est beaucoup plus élevé. La différence dans le coût de l’énergie entre la nourriture santé et la malbouffe peut être de l’ordre de plusieurs milliers de pourcents. À titre d’exemple, « le prix pour 1 000 calories de dinde tranchée est d’environ 15,95 $. Pour 1 000 calories de céleri, 15,55$ et pour l’équivalent en pommes : 7,15 $. En revanche, on peut manger 1 000 calories de chips ou de beignes glacées pour 1,65 $ et 1,15 $ respectivement. De plus, 1 000 calories de coca-cola régulier ne coûtent que 2,30 $. » (http://www.mymoneyblog.com/archives/2007/01/what-does-200-calories-cost-the-economics-of-obesity.html) On voit à la figure ici-bas, se basant sur les données de l’enquête diététique Val-de-Marne, une étude française réalisée en 1988-89 avec un échantillon aléatoire de 837 adultes, quelle est la moyenne de la contribution relative de différents groupes d’aliments en termes d’absorption énergétique et l’impact financier de ceux-ci en dollars sur ces individus.

Figure 3.1
Contribution relative en termes de coût de la diète et d’énergie calorique de la nourriture de six groupes alimentaires d’après les résultats de l’enquête Val-de-Marne
Contribution relative en termes de coût de la diète et d’énergie calorique de la nourriture de six groupes alimentaires d’après les résultats de l’enquête Val-de-Marne
Source : (Drewnowski, 2005, p. 271S)

On réalise ici que la viande, les légumes et les fruits contribuent davantage au coût du panier d’épicerie qu’à la quantité d’énergie obtenue. Par contre, les grains, le sucre et le gras fournissent de l’énergie à un coût inférieur. La décision économique motivant le choix de la nourriture peut avoir des conséquences physiologiques importantes.

De plus, des études menées à partir de l’enquête nationale sur les consommations alimentaires (INCA) réalisées en 1999 par l’Agence française de sécurité sanitaire et des aliments ont montré le phénomène suivant.

« Les 25 % de français qui dépensent en moyenne 7,40 euros par jour pour leur alimentation ont un apport énergétique modéré (l’apport moyen recommandé par jour) et des apports élevés en vitamines C, D, E, en bêta-carotènes et en folates. En revanche, les 25 % de français qui achètent leur apport d’énergie moins cher, en moyenne 4,50 euros par jour, ont une alimentation plus pauvre en nutriments essentiels et des apports énergétiques trop élevés (supérieurs de 10 % à l’apport recommandé). » (http://espritlibre.midiblogs.com/archive/2006/02/24/bien-manger-coute-cher-les-chiffres.html)

Lire le mémoire complet ==> (Les déterminants de l’obésité et du surpoids chez les jeunes au canada)
Mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en économique
Université Du Québec À Montréal

Sommaire :

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3 http://dictionnaire.sensagent.com/loi+d’engel/fr-fr/