Bourse marocaine : historique, réforme de 1993 et évolution

By 25 October 2012

Bourse marocaine : léthargie ou dynamisme – Paragraphe II :

I : Aperçu historique

Créée en 1929, la bourse de Casablanca a connu plusieurs réformes12. La première en 1948, a attribué à la bourse des valeurs la personnalité morale. La seconde en 1967, a permis de la réorganiser juridiquement et techniquement et de la définir comme un établissement public. Enfin, la réforme de 1993 a donné à la bourse de Casablanca le cadre réglementaire et technique indispensable à son émergence. L’activité sur le marché boursier marocain est restée limitée et de loin en deçà du potentiel de l’économie marocaine. Cette situation trouvait sa justification essentiellement dans la marginalisation de ce marché en tant que source de financement pour les entreprises marocaines qui se tournaient de manière systématique vers le circuit bancaire, et même en situation d’endettement difficile.

Le véritable décollage de l’activité boursière n’a eu lieu qu’avec les premières opérations de privatisation en 1993 transitant par la bourse de Casablanca puis la réforme boursière la même année.

II- La réforme de 1993 :

Cette réforme (loi n° 1-93-211/212/213) a porté sur trois axes essentiels :

1- Cadre juridique et réglementaire de la Bourse de Casablanca :

la société gestionnaire est la société de la bourse des valeurs de Casablanca (SBVC) devenue la Bourse de Casablanca depuis décembre 2000. C’est une société anonyme de droit privé, son capital étant détenu à parts égales par l’ensemble des sociétés de bourse. Sa principale mission est la gestion et le développement de la bourse des valeurs. L’intermédiation boursière13 ne relève plus du domaine des établissements bancaires, mais d’une nouvelle forme de sociétés d’intermédiation dite sociétés de bourse dont la majorité sont toutefois filiales de banques.

2- Les Organismes de Gestion Collective des Valeurs Mobilières :

en vue d’animer la bourse des valeurs et renforcer l’épargne, en particulier celui des petits épargnants, il a été nécessaire de créer des instruments de gestion collective de portefeuille de valeurs mobilières. Ce sont des instruments de canalisation de l’épargne vers le marché. Crées en 1995, les OPCVM marocains ont connu un essor important et continuent de jouer un rôle significatif dans le développement du marché. De 5 en 1995, ces organismes sont passés à 154 en 2001 et gèrent actuellement un actif net de l’ordre de 43,5 milliards de Dirhams.

3- Le Conseil Déontologique des Valeurs Mobilières :

en tant qu’autorité de contrôle, le CDVM est un établissement public doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière. Il a pour mission de veiller au bon fonctionnement, à la transparence, à l’intégrité et à la pérennité du marché des valeurs mobilières. Il est également chargé d’assurer la protection des épargnants et des investisseurs en veillant notamment à leur information par les personnes morales faisant appel public à l’épargne. Le CDVM qui est l’équivalent de la COB en France, doit participer à l’émergence d’un véritable marché de capitaux au Maroc.

La bourse de Casablanca dispose de deux marchés :

1) Le marché central :

La structure du marché de la Bourse de Casablanca confère au marché central un rôle pilote. En dehors des transactions de blocs, toute transaction sur une valeur mobilière cotée à la Bourse de Casablanca doit passer par le marché central.

2) Le marché de bloc :

En raison de l’absence de contrepartie suffisante sur la feuille de marché au moment où ils sont présentés, certains ordres d’investisseurs institutionnels, du fait de leur importance, ne peuvent être exécutés totalement. Ainsi, la Bourse de Casablanca a mis en place un marché de blocs qui permet la négociation immédiate de tels ordres à un cours issu du marché. La bourse s’est dotée, en 2000, d’un compartiment, « le Nouveau Marché », dédié aux PME-PMI à fort potentiel de croissance et a ouvert le marché aux concessions de services Publics.

Depuis le 02 janvier 2002, la Bourse de Casablanca s’est dotée d’une nouvelle gamme d’indices de capitalisation : Le MASI (Moroccan All Shares Index) composé de 57 valeurs, et le MADEX (Moroccan Most Active Shares Index) composé des 10 titres les plus liquides. Dans le même ordre d’idées, une nouvelle classification des sociétés cotées conformes au standard international en la matière a été adoptée. En plus du MASI et du MADEX, des indices sectoriels sont calculés ainsi que des indices de rentabilité brute et nette et des indices en Euros et en Dollars.

III – Evolution du marché boursier :

Au lendemain de la réforme de 1993, la Bourse de Casablanca a connu son petit Big Bang, avec une hausse de tous ses indicateurs. Néanmoins l’accélération est venue surtout de la privatisation. En effet en 1993, les premières opérations de privatisation ont fait appel au grand public par le biais de la bourse et du coup celle-ci a réalisé une progression spectaculaire. Ainsi, la capitalisation boursière est passée de 26 milliards de Dirhams en 1993 à 75 milliards Dirhams en 1996 ce qui a valu à la Bourse de Casablanca le deuxième rang pour ce qui est de la capitalisation boursière sur les places africaines, derrière Johannesburg. Ce mouvement ascendant a continué jusqu’en 1998.

Depuis le pic qu’elle a enregistré en septembre 1998, lorsqu’elle a culminé à plus de 150 milliards de Dirhams, la capitalisation boursière de la Bourse de Casablanca n’a cessé de reculer pour se situer aujourd’hui au-dessous de la barre des 85 milliards14. En somme la capitalisation a baissé de plus de 65 milliards de Dirhams dont 18 milliards pour la seule année 2002 au cours de laquelle la Bourse de Casablanca a continué à afficher des résultats négatifs. L’indice MASI de référence a plongé de 16,5% en dépit d’une légère reprise de l’activité au dernier trimestre.

L’évolution des principaux indicateurs15

ANNEE Capitalisation* PIB* CAPI/PIB Volume des transactions* Volumemoyen quotidien Liq (a) Indice général
Action** obligation Total IGB VAR
1993 25,99 245 10,6% 4,61 0,26 4,87 19,64 4% 259,78 24%
1994 39,83 279 14,3% 7,24 1,41 8,65 34,45 5% 342,33 31,78%
1995 50,40 289 17,9% 20,71 2,49 23,20 92,80 5% 342,39 0,02%
1996 75,58 320 23,6% 18,21 2,15 20,36 82,42 10% 447,13 30,59%
1997 118,62 319 37,2% 27,98 4,36 32,33 130,38 9% 667,52 49,29%
1998 145,15 344 42,2% 48,16 10,02 58,18 235,53 8% 803,68 20,40%
1999 138,05 346 39,9% 84,27 10,79 95,07 380,26 18% 777,08 -3,31%
2000 114,88 354 32,4% 33,33 5,13 38,46 155,10 10% 658,43 -15,27
2001 104,74 376*** 27,9% 19,97 6,75 26,72 108,62 10% 609,74 -7,39%

en Milliards de dirham, avec 1 € = 10,80 DH en juillet 2003
*** estimation du ministère de la prévision Economique et du plan
(a) le ratio de liquidité est égal au volume des transactions-actions, marché central divisé par la capitalisation boursière
IGB : indice général de la bourse
VAR : variation de l’indice

Atteignant à peine 2,2 milliards d’euros, le volume des titres échangés reste à un niveau désespérément bas depuis le départ, au milieu des années 90, des principaux fonds internationaux d’investissements et notamment des anglo-saxons Soros, Hamilton, Morgan- Stanley.

Il faut noter aujourd’hui la faiblesse de la capitalisation boursière (9 milliards d’Euros contre 11 milliards en 2001) de la soixantaine de sociétés cotées à la Bourse de Casablanca. Cette dernière repose essentiellement sur une dizaine de valeurs dont le secteur bancaire et l’Omnium Nord-Africain (ONA), un conglomérat véritable locomotive du capitalisme marocain avec des participations dans les mines, les assurances, l’audiovisuel ou l’agroalimentaire en partenariat avec des multinationales françaises (Axa, Danone, Paribas..). Les perspectives du marché s’annoncent peu prometteuses, il sera difficile d’inverser la tendance baissière entamée depuis septembre 1998 et mettre un terme à une crise qui est à la fois conjoncturelle et structurelle, étant donné le déficit important déjà réalisé et la faible corrélation entre les résultats des sociétés cotées et le comportement des investisseurs à la Bourse de Casablanca.

Le marché boursier marocain souffre actuellement de plusieurs anomalies comme :

– Le nombre limité de sociétés cotées qui est en déclin
– La spéculation immobilière : c’est une valeur refuge qui constitue une concurrence déloyale au marché boursier
– Le manque « de papier nouveau »: peu d’introduction en bourse
– Une non dynamique du marché obligataire de la bourse de Casablanca
-La bourse de Casablanca rencontre des difficultés pour attirer des investisseurs étrangers16. En effet, leurs critères de choix pour la majorité d’entre eux sont exogènes (risque pays, données économiques et perspectives de croissance et de développement du pays). La bourse ne peut pas agir sur eux.
– La structure du capital de la société de la Bourse de Casablanca est à repenser. En effet, en France les sociétés de bourse étaient les seuls actionnaires de SBF- bourse de Paris, les banques qui contrôlaient la majorité des intermédiaires n’étaient pas organisées en cartel comme au Maroc. Leur nombre est important dans l’hexagone et dépasse la quarantaine. En conséquence, les jeux de la concurrence étaient ouverts entre les établissements bancaires. Ils ne pouvaient pas abandonner des parts de marché dans le secteur boursier en croissance

Conclusion :

Le Maroc a vécu, pendant des années dans l’attente de réformes permettant d’asseoir les fondements d’une économie ouverte sur l’environnement international et disposant d’atouts pour affronter la concurrence internationale. Ce n’est qu’à partir des années 1990 qu’il s’est lancé dans un programme de réformes concernant l’environnement des affaires et le secteur financier. Ces réformes ont abouti à l’amélioration et la modernisation de l’environnement des entreprises marocaines et doivent se poursuivre à un rythme plus accéléré car les entreprises marocaines sont confrontées à des exigences incontournables en matière de modernisation et de compétitivité.

Néanmoins, les actions de restructuration des entreprises ne visent pas uniquement son environnement, elles visent aussi les entreprises elles-mêmes. Les entreprises marocaines doivent entreprendre des restructurations afin d’améliorer leur compétitivité et acquérir des parts de marchés étrangers. En conséquence, elles doivent s’aligner aux normes internationales notamment en matière de gouvernement d’entreprises. Pour le Maroc le gouvernement d’entreprises constitue une étape importante pour compléter le dispositif de mise à niveau des entreprises et pour les ancrer dans la globalisation. C’est pourquoi, nous devons apprécier, dans une seconde partie, les fondements sur lesquels se sont développés les principes et la pratique de la gouvernance des entreprises au Maroc.

Lire le mémoire complet ==> (Le gouvernement d’entreprise au Maroc)
Mémoire du Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées en Ingénierie Financière
Université de Bretagne Occidentale – Institut d’administration des Entreprises
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11 « Note de conjoncture Mai 2003 », Direction du Trésor et des Finances Extérieures.
12 « Fact book », Rapport annuel de la bourse de Casablanca, 2001.
13 Mohammed OUYACHOU « Opérations de bourse et dénouement des transactions à la bourse des valeurs de Casablanca », mémoire pour le Master d’assurance et gestion de patrimoine, ESG Paris 2000-2001.
14 Hamid JBARI « 18 milliards de DH se sont évaporés à la bourse de Casablanca », La vie Economique Du 24 janvier 2003.
15 « Fact book », Rapport annuel de la bourse de Casablanca, 2001.
16 Omar BELGHITI « Orientations et marketing pour la promotion du marché boursier », mémoire Du DESS management du secteur financier : Université de Tours : 1999-2000.