La financiarisation de l’économie mondiale (depuis 1982)

By 8 September 2012

La financiarisation de l’économie mondiale (depuis 1982) – Section 3 :

Porté par la déréglementation et les décloisonnements quasi généraux des marchés financiers, a fait de la décennie 80, celle de la globalisation financière

I- Les caractéristiques de la plus récente phase d’évolution du système financier international

La troisième et plus récente phase d’évolution du système financier international se caractérise par :

1- la généralisation des politiques monétaires :

La généralisation des politiques monétaires axées essentiellement sur la lutte contre l’inflation et les variations libres des taux d’intérêt et des taux de change à condition que les objectifs anti-inflationnistes soient respectés. On le comprendra, dans un monde dominé par la détention privée des liquidités internationales, le contrôle de ces taux est des plus illusoires. Le marché se verra donc attribuer les pleins pouvoirs sur les taux d’intérêt et les taux de change.

2- La « fragilisation » du système financier international :

Cette fragilité s’est révélée dès le début de la période par ce qu’il est maintenant convenu d’appeler la crise d’endettement du tiers-monde. Les risques de rupture que faisait peser cette crise sur le système financier international incitèrent les banques à partager et à généraliser les risques de financement : ce sera la marchéisation, autrement dit, l’abandon du financement bancaire traditionnel et son remplacement par un financement par titres de plus en plus soumis aux conditions des marchés financiers. L’élasticité de l’offre de prêts deviendra alors quasi infinie. Ces marchés des « instruments financiers dérivés », La fermeture des marchés au tiers-monde ne sera pas un obstacle à leur développement, une nouvelle demande «solvable » prendra la relève avec le financement des déficits budgétaires et des déficits des comptes courants dans les pays industrialisés. Dans le secteur privé, l’engagement des institutions financières dans les opérations à effet de levier, c’est-à-dire dans des opérations de restructuration financière après acquisition par endettement, va accélérer cette nouvelle tendance que sera la marchéisation. Voyons un peu plus précisément ce qu’il en est de ce nouveau phénomène qui aura des conséquences considérables sur la stabilité et le fonctionnement des institutions et des marchés financiers internationaux.

a. La marchéisation du financement :

L’un des phénomènes les plus marquants des 15 dernières années, la marchéisation de l’intermédiation financière, couvre deux éléments très interdépendants :
– l’ampleur croissante de l’intermédiation financière assurée par les banques à des conditions qui sont presque entièrement déterminées par le jeu des mécanismes du marché ;
– l’ampleur croissante de l’intermédiation financière qui s’opère sur les marchés des capitaux, donc sans apparaître dans les bilans des banques et des institutions financières.

La marchéisation, c’est donc ni plus ni moins la généralisation des financements aux prix du marché. Deux phénomènes lui sont liés : d’une part, les financements par émission de titres s’accroissent au détriment des financements bancaires traditionnels ; d’autre part, ces derniers sont de plus en plus affectés par les conditions des marchés financiers.

b. L’innovation financière et les instruments financiers dérivés

Il importe de noter que la marchéisation ne veut pas dire une réduction du rôle des banques, bien au contraire; c’est plutôt à une mutation de leur rôle à laquelle nous allons assister.

La grande volatilité des taux d’intérêt et des taux de change qu’a connue ces dernières années le système financier international va créer une demande pour des « instruments financiers dérivés » et appeler des stratégies de couverture plus efficaces. On assistera aussi à une autre tendance : la suppression des intermédiaires. Cela entraînera une concurrence croissante entre les banques, phénomène qui provoquera la réduction des marges bénéficiaires sur les opérations traditionnelles et la nécessité de sources nouvelles de revenus. Enfin, les modifications importantes dans la distribution géographique des flux nets d’épargne et d’investissement au niveau international et les changements dans le cadre réglementaire financier vont également contribuer grandement à l’innovation financière.

Ces éléments, combinés au développement de l’informatique et des télécommunications, ont stimulé et accéléré l’essor des nouveaux « instruments financiers dérivés », ceux-ci permettant aux entreprises de transférer le risque, d’augmenter globalement la liquidité internationale et de créer de nouvelles ouvertures aux prêteurs et aux emprunteurs tout en assurant des sources de revenus diversifiées aux entreprises financières.

Les principaux « instruments financiers dérivés », c’est-à-dire ceux que l’on peut qualifier d’activités hors bilan, sont les suivants :
– les garanties et lettres de crédit,
– les engagements de crédits,
– les contrats de change à terme,
– les swaps de taux d’intérêt et de monnaies étrangères,
– les ententes relatives aux taux d’intérêt futurs (FRA pour Forward rate agreement),
– les options sur monnaies étrangères et taux d’intérêt,
– les facilités d’émission de titres de créances (FEE ou NIF pour Note Insurance Facilities) et les facilités renouvelables à prise ferme (FRPF ou RUF pour Revolving Underwriting Facilities).

L’intérêt pour les institutions financières d’utiliser ces instruments réside dans la possibilité qu’ils offrent de segmenter les différents risques des opérations financières et de les transférer à d’autres. Ces possibilités d’échanges de créances ont entraîné l’homogénéisation des conditions offertes et l’interpénétration des marchés.

3- Un risque généralisé croissant

Les années 60 ont vu, comme nous l’avons dit, se développer un marché financier international de type classique; les années 70 ont été marquées par le transfert du risque des créditeurs aux débiteurs, donc par la vulnérabilité des emprunteurs face aux conditions du marché; les années 80, elles, ont été marquées par la grande fluidité des sources de liquidités. Cette fois, la vulnérabilité n’est pas du côté de l’emprunteur mais du côté des institutions financières.

Après que les sources de liquidité des emprunteurs se soient avérées plus difficiles, c’est maintenant celles des prêteurs qui deviennent moins prévisibles. Globalement, les bilans se fragilisent. Comme l’écrira Jean-Claude Paye, secrétaire général de l’OCDE, dans sa préface à une étude sur les nouveaux instruments financiers :
Les nouveaux instruments financiers présentent de nombreux avantages pour les opérateurs Mais, en même temps, ces instruments sont eux-mêmes porteurs de risques : risque de défaillance de la contrepartie, risque de liquidité et risques liés aux taux d’intérêt et de change. Ces risques, bien qu’ils puissent avoir des répercussions importantes sur les résultats et la situation financière des entreprises, n’apparaissent souvent pas dans leurs états financiers.

La croissance phénoménale de l’activité de prêts sur les marchés internationaux nous donne un bon exemple de ce processus d’amplification du risque. Les prêts ont presque quintuplé dans la dernière décennie passant de 1274,4 à 6 163,6 milliards de $ US, mais les opérations interbancaires sont les principales responsables de cette croissance. Elles ont été multipliées par plus de sept en 10 ans contre près de trois fois et demi pour les prêts nets accordés aux autres institutions. Aujourd’hui, sur les marchés internationaux de prêt, la grande majorité des activités sont réalisées par et pour les banques, à environ 60 %.

L’imbrication des institutions prêteuses les rend de plus en plus solidaires. 15

Lire le mémoire complet ==> (Le système financier international en temps normal et en temps de crise : Quelles réformes ?)
Ecole doctorale management international des entreprises
Mémoire de magistère – Faculté des sciences économiques, commerciales et sciences de gestions

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15 Marc FLANDEREAU, économie internationale, la revue du CPE II, 1999, P32.