L’impact de la crise des subprimes sur l’économie chinoise

By 11 September 2012

Impact de la crise des subprimes sur la chine – Section 2 :

La Chine représente le quart de la croissance mondiale depuis quelques années, son économie étant grande consommatrice de minerai de fer, de pétrole et d’autres ressources énergétiques. Son économie devrait surpasser devant celle de l’Allemagne cette année et se classer au troisième rang mondial. Selon le ministre du commerce, l’accentuation de la crise mondiale et la volatilité de la situation économique ont fortement affecté l’économie chinoise et entraîné le ralentissement de sa croissance, une baisse des exportations qui n’avait pas été vue depuis des années, une faiblesse des investissements ; des difficultés dans la production industrielle et une baisse tant des bénéfices industriels et commerciaux que des rentrés fiscales.

1) Impact sur le marché immobilier

Le marché de l’immobilier résidentiel a débuté son ralentissement à Shanghai dès 2007. Il est désormais plus marqué que dans le reste de la Chine : la valeur des ventes de biens résidentiels a chuté de 22 % entre janvier et septembre 2008, par rapport à la même période de 2007. Shanghai a, en outre, été l’une des villes (après Shenzhen, touchée dès août 2007), où la baisse des prix de l’immobilier résidentiel s’est manifesté le plus tôt, dès janvier 2008.

Par ailleurs, l’immobilier de bureau souffre, comme dans d’autres villes, notamment de premier rang, d’un taux de vacance élevé et qui tend à s’accroître, hormis pour Pudong et les bureaux les plus prestigieux.

D’autres observations, tirées de secteurs particuliers, fournissent une image contrastée pour le marché interne, mais qui traduit un ralentissement de la demande à l’exportation.

2) Impact sur le secteur de la distribution

Il en va notamment ainsi du secteur de la distribution, où les délais de paiement semblent s’allonger. Ainsi, les fournisseurs de vins signalent des retards de la part de leurs distributeurs, du fait de difficultés à écouler leur stock, motivant un nombre élevé de rabais ou de foires aux vins ; de même, plusieurs magasins de détail ont fermé. Toutefois, ces difficultés sont, pour partie, spécifiques au marché du vin.

Les hypermarchés signalent en effet une bonne tenue de leurs ventes. Leur programme d’ouverture de magasins en 2009, en Chine de l’Est comme ailleurs, reste ambitieux. Certains signalent même que la baisse de l’inflation stimule les volumes vendus.

De ce fait, la consommation a connu, au 1er semestre 2008, sa plus forte croissance depuis 1998 (+ 16,7 %), que n’explique pas seulement la hausse des prix alimentaires. La consommation, plus élevée que dans d’autres régions, constituera ainsi, à Shanghai, un facteur d’amortissement du ralentissement. D’autres secteurs sont toutefois concernés par le ralentissement : notamment, les entreprises commencent à réduire, de manière drastique, leurs charges les plus immédiates (formation, séminaires, transport) ainsi que leurs dépenses en équipement informatique.

La croissance ralentit au 3e trimestre 2008, la Chine subit elle aussi la crise financière et le manque de confiance mondiale. Le taux de croissance annuelle de l’économie chinoise s’est essoufflé pour passer en dessous de la barre des 10% pour la première fois depuis au moins quatre ans, sous l’effet de la crise mondiale du crédit.

Selon le Bureau National des Statistiques, la croissance du Produit intérieur brut (PIB) a ralenti plus que prévu, pour s’établir à 9% en rythme annuel au troisième trimestre 2008, contre 10,1% au deuxième trimestre et 11,7% en 2007.

Par contre en 2009, la Chine a connu une croissance de 7,7%. Cette croissance, bien qu’elle soit en deca du seuil critique de 8%, est liée au plan de relance mais aussi aux banques chinoises qui ont fortement accru leurs prêts (75% de plus sur les neufs premiers mois de 2009 par rapport à l’année 2008)35.

Evoquant ces difficultés, le ministre a souligné que la croissance des exportations et des investissements avaient connu un déclin rapide et que le recul de la production industrielle était évident si on se fait aux chiffres de la consommation énergétique. Le secteur immobilier et celui de l’automobile manquent de dynamisme ; le chômage s’étend et l’agitation sur le marché international décourage les investisseurs sur le marché financier intérieur

3) Impact sur le commerce extérieur

L’évolution la plus tranchée concerne néanmoins les entreprises tournées vers l’exportation ; à l’instar de l’ensemble de la Chine, elles connaissent un fort ralentissement de la demande, notamment à destination des Etats-Unis. Elles sont parfois contraintes d’arrêter leur production et de brader leur stock sur le marché intérieur. Ce tassement de la demande à l’export est perceptible à travers la baisse d’activité des industries amont : ainsi, l’activité des fabricants de containers et de porte-containers était restée soutenue durant les trois premiers trimestres 2008 ; elle s’est fortement dégradée juste après.

L’agence officielle Chine Nouvelle a souligné que, pour la première fois en dix ans, la progression des réserves avait ralenti. L’accumulation est passée de 43,3 % en 2007 à 27,3 % en 2008, selon les chiffres de la banque centrale.

Le commerce extérieur chinois après une baisse continue depuis le début de 2008 a repris sa tendance évolutive en février 2009, tel que le montre le graphique ci-dessous. Les exportations augmentent de 46% (g.a.) (contre 21% en janvier) à 95 mds USD tandis que la croissance des importations se modère à 45% (g.a.) (contre +86% en janvier) à 87 mds USD. L’excédent commercial se réduit à 7,6 mds USD contre 14,2 mds USD en janvier.

Graphe III-2-3 : évolution du commerce extérieur chinois
évolution du commerce extérieur chinois
« Source : www.ambafrance-cn.org »

La Chine a connu au premier semestre de 2009 une croissance de 7,1%, bien loin des niveaux à deux chiffres auxquels elle était habituée avant la crise, entre 2003 et 2007

Le commerce extérieur chinois est soumis à la conjoncture internationale et ne pourra décoller qu’à la condition que les investissements étrangers et la demande extérieure reprennent.

4) Impact sur les capitaux étrangers

Les répercussions de la crise économique mondiale sur l’économie chinoise se traduisent par le ralentissement des exportations et des IDE. La situation la plus grave est constatée dans l’industrie légère (près de 53% des entreprises exportatrices de jouets auraient fermées au cours de sept premiers mois de 2008)36. Les secteurs mécaniques et électroniques ne semblent pas être épargnés, même si ce dernier résiste encore.

Autre manifestation de la crise mondiale en Chine est la chute de 36,52% en glissement annuel des investissements directs étrangers (IDE), qui décéléraient depuis dix premiers mois de 2008, et ont représenté 5,32 milliards de dollars en novembre 2008. La reprise de l’attraction des IDE reprend en 2009.

Graphique III-2-4 : flux des capitaux etranger en chine entre jan 2009 et mars 2010
flux des capitaux etranger en chine entre jan 2009 et mars 2010
Source : national bureau of statistics.Mofcom,the BeijingAxis Analysis.

Les IDE en Chine ont représenté 34,05 milliards de dollars sur les cinq premiers mois de l’année 2010, soit un repli de 20,4% par rapport à la même période en 2008. La Chine reste toutefois l’une des principales destinations privilégiées par les investisseurs étrangers.

Malgré la crise la Chine continuera à élargir l’accès à son marché pour les investisseurs étrangers en même temps qu’elle continuera à mieux gouverner les flux de capitaux étrangers.

5) Impact sur le marché boursier

Le secteur financier chinois n’a pas été gravement touché, le développement des activités de titrisation étant balbutiant. Le pays dispose par ailleurs de réserves en devises confortables.

De façon générale, comme les banques chinoises possèdent peu de produits financiers liés aux subprimes, les pertes directes seront en rapport avec ce niveau de risque relatif. Cinq banques commerciales chinoises ont rendu public leur exposition directe à la banque Lehman Brothers, pour un montant consolidé d’environ 455 Ms USD37, soit un chiffre très faible par rapport à l’actif total de ces banques (moins de 0,02 %).

La Bourse de Shanghai après des flambées de 130% en 2006 puis de 97% en 2007, a particulièrement souffert de la crise financière de 2008 en perdant plus de 65,5 % de sa valeur en terminant l’année 2008 à 1 820, 81 points soit une perte de 3 000 milliards de dollars de capitalisation boursière.38(cf graphique ci- dessous).

Graphique III-2-5 : évolution des indices de la bourse de Shanghai entre 2007 et 2010
évolution des indices de la bourse de Shanghai entre 2007 et 2010
évolution des indices de la bourse de Shanghai entre 2007 et 2010

* Des deux indices boursiers de SHENZEN et SHANGAI, il est clair que la perte de confiance a commencé à se ressentir vers le mois de novembre 2007 et poursuit sa décélération pendant 2008 et atteint son plus bas niveau vers la fin de l’année pour reprendre ensuite son rythme de croissance.

* Parmi les points positifs de la crise sur la Chine et le fait que sa bourse devient le deuxième marché boursier au monde, derrière les Etats-Unis et devant le Japon, en termes de volume de transactions. Selon la World Federation of Echanges, le volume de transactions quotidien des actions de type A39 sur les bourses de Shanghai et de Shenzhen a récemment dépassé celui de la bourse de Tokyo. En 2009, le volume de transactions quotidien des actions A était de 142 mds CNY (21 mds USD) soit une augmentation de 93% par rapport à 2008.

La Chine a traversé en 2009 une crise économique inédite depuis les grandes réformes engagées il y a trente ans. L’accentuation de la crise mondiale et la volatilité de la situation économique ont affecté l’économie chinoise et entraîné le ralentissement de sa croissance, une baisse, quoique légère des investissements étrangers, le retournement du marché immobilier mais aussi et surtout une baisse drastique des exportations qui n’avait pas été vue depuis des années car les clients principaux, les USA et le marché européen, sont aussi en crise et en ralentissement de consommation.

Lire le mémoire complet ==> (Le système financier international en temps normal et en temps de crise : Quelles réformes ?)
Ecole doctorale management international des entreprises
Mémoire de magistère – Faculté des sciences économiques, commerciales et sciences de gestions

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35 Brice Pedroletti, “L’afflux de liquidités provoque encore une flambée boursière à Hongkong et en Chine”, Le Monde du 3/11/2009
36 Compte rendu de la réunion organisée dans le cadre du cercle de réflexion des économies asiatiques avec Françoise Nicolas, économiste de l’IFRI, et présidée par Valérie Niquet, Directeur du Centre Asie de l’IFRI.
37 www.ambafrance-cn.org
38 Le Monde, 1er janvier 2009
39 Bourse de type A est une bourses d’opérateur locaux