L’émergence du système financier international 1946-1974

By 8 September 2012

Les mutations qui ont affectés le système financier international – Chapitre 2 :

Dès le début des années 40, la communauté financière international était largement convaincue que les perturbations de l’entre deux-guerres étaient dues aux effets pervers de l’étalon or et a l’inadéquation de ce système monétaire face à la dynamique de la croissance économique.

En effet, la principale caractéristique de l’étalon-or n’était pas que la monnaie était définie par rapport à l’or mais que l’expansion de la masse monétaire nationale était limitée par les réserves d’or de la banque centrale. La croissance de l’activité économique venait donc heurter sur une contrainte physique qui est la couverture or légale de l’émission nationale de billets.

La période de l’après-deuxième guerre mondiale était caractérisée par la domination et la prépondérance économique de l’Amérique, C’est cet acteur qui va poser l’essentiel des règles du nouvel ordre monétaire international lors de la conférence de Bretton Woods.

Section 1 : L’émergence du système financier international 1946-1974

I. L’esprit de BRETTON WOODS :

Désireux de permettre une reconstruction rapide et de faire repartir les échanges internationaux les alliés souhaitaient :
* faire reculer la tutelle de l’or et rétablir l’autonomie des nations
Les états refusaient que la présence d’un étalon monétaire externe commun leur retire toute marge de manouvre macroéconomique.
* assouplir le régime de change et élargir la panoplie des moyen de paiement internationaux : une des caractéristiques de l’étalon or est de maintenir le taux de change entre les monnaies quasiment fixes, ce qui facilite et encourage la spéculation.

C’est à partir de ces différentes attentes que, dès 1942, les administrations britanniques et américaines commencèrent à élaborer les projets de réforme.

Les accords de Bretton Woods sont des accords économiques ayant dessiné les grandes lignes du système financier international après la Seconde Guerre mondiale.

Harry Dexter White et John Maynard Keynes en 1946 furent les deux protagonistes principaux de la conférence tenue à Bretton Woods. 14

Chacun d’entre eux a préparé un plan d’ensemble.

1- Le plan défendu par Lord Keynes :

KEYNES a proposait une réforme complète des relations monétaires internationales construite autour d’une banque mondiale, l’union internationale de compensation (UIC), émettant un étalon monétaire propre le « bancor » et chargé de trois grande fonctions :
a. La mise en place d’un système de règlement multilatérale, à la place des règlements bilatéraux en or ou en crédit, les soldes bilatéraux des banques centrales donne lieu à des ouvertures de crédit ou de débit sur l’UIC avec compensation globale.
b. La gestion d’un mécanisme de crédit international. L’UIC demande aux pays créditeurs d’accordés automatiquement des crédits au pays débiteurs, de façon a permettre un retour vers l’équilibre comptable, l’UIC impose aussi bien aux pays créditeurs qu’aux pays débiteurs un ajustement économique ;
c. La surveillance d’un mécanisme des taux de change. Rallié à la thèse des taux de change fixes, Keynes proposait qu’en fonction de l’importance de la position débitrice ou créditrice de la dévaluation ou des réévaluations des monnaies nationales soient possibles.

Ce plan reposait sur un double souci :
* Rétablir l’égalité des traitement des partenaires en institutionnalisant les transfert des excédents vers les pays en déficit, seul moyen efficace pour faire disparaitre les pratiques discriminatoires;
* Ecarter la contrainte de l’or au profit d’une monnaie de crédits garantis (le bancor) repartie en fonction de l’importance commerciale des pays.

Ce projet était manifestement très ambitieux mais surtout, il était loin des réalités politiques.

2- le plan présenté par l’américain Harry Dexter White :

secrétaire aux trésors des Etats-Unis, visait plus simplement a la création d’une coopérative de crédit, le fonds de stabilisation des nations unis et associés, chargée d’absorber les à-coups de la conjointure internationale et de faire appliquer un code de bonne conduite. Constitué par les apports d’or et de devises des pays membres, ce fonds devait par ses crédits :
a. Contribuer à la stabilisation des changes ;
b. Réduire les déséquilibres des paiements internationaux ;
c. Eradiquer les pratiques financières restrictives et discriminatoires ;
d. Faire en sorte que les pays membres veillent à leur équilibre extérieur.

Dans un souci d’orthodoxie, les tirages sur le fonds de stabilisation n’étaient pas automatiques et celui-ci recevait le pouvoir de contrôler la gestion économique des pays en difficulté.

3- Adoption du programme proposé par l’américain Harry Dexter white

La forte prépondérance économique, financière et militaire des Etats-Unis leur permet d’imposer leur vues et c’est en grande partie sur les propositions de white que se créèrent au cours de plusieurs réunions bilatérales, en septembre et octobre 1943, la base de l’accord.

Le texte final sera signé par 44 pays le 22 Juillet.

Les accords prévoient la création de deux institutions internationales, le fonds monétaire international (FMI), et la banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD). Le statut du fonds monétaire international FMI définit un nouveau système financier international : le Gold Exchange Standard.

III- Les caractéristiques formelles du SMI issu de Bretton Woods

Ce système peut se définir comme un régime de liberté et de multilatéralisme des paiements internationaux, des cours de changes fixes mais ajustables car chaque pays membre du fonds monétaire international FMI doit faire en sorte que les cours de changes pratiqués sur sa monnaie ne puissent s’écarter de plus ou moins 1% par rapport a la parité officiellement déclarée en or ou en $ cela induit d’un côté une souplesse dans la gestion de ce système par rapport a l’étalon or et d’un autre coté éviter l’instabilité que le régime de taux de change flexible avait induit pendant l’entre deux-guerres.

1- Un étalon de change-or : la solidité du $ et le fait que seul cette monnaie était convertible en or en 1944 imposant un système monétaire tournant autour du $, un rapport de changes fixes fut instituée entre l’or et le $.

35$ l’once (taux retenu en 1934)
1 once Troy = 31,103 g
1 $ = 0, 888671 g d’or

2- La dynamique monétaire et financière de 1946 à 1959

* Le 1er mars 1947, le fonds monétaire international FMI débuta ses activités en plein désordre monétaire international et fut rapidement confronté à l’irréalisme de ses statuts.

Le fonds jugea non conforme la pratique des taux de changes multiples adoptée par plusieurs pays membre comme moyen de défense de leur balance des paiements.

Il rappela que ses ressources ne pouvaient servir à des fins de reconstruction, de secours, de remboursement des dettes de guerre ou de soutien à des monnaies surévaluées.

3- La mise en place de l’offre primitive de liquidités (1958-1972)

La première phase correspond au développement des activités de l’euromarché sous l’impulsion de firmes multinationales et d’une économie américaine à la recherche de nouveaux modes de financement et de voies de contournement des politiques monétaires restrictives de la Réserve fédérale.

La création de l’euromarché et son développement ont en effet d’abord constitué une réponse du secteur privé à la gestion publique des liquidités internationales. Compte tenu du développement des activités internationales, le secteur privé devait s’assurer d’une alimentation autonome en liquidités par de nouveaux circuits financiers, ce qui lui permettait difficilement les structures et les institutions monétaires officielles héritées de Bretton Woods.

Dès les années 50 et jusqu’au début des années 70, la croissance de l’euro- marché répondra essentiellement aux besoins de financement du commerce international et au déploiement des firmes multinationales. Cette première période se distingue par la mise en place de crédits bancaires internationaux. Il s’agissait alors de structurer une offre privée de liquidités parallèlement à celle du secteur officiel. Cela aura pour effet de saper l’un des fondements même du système monétaire international officiel : le contrôle de la liquidité. Les contraintes de Bretton Woods furent contournées et, finalement.

Ce que l’on appela dans les années 60 la crise du système monétaire international tiendra justement à cette confrontation entre les détenteurs privés et des détenteurs officiels de liquidités internationales. La perte de contrôle du stock de liquidités par les autorités minait leur capacité d’intervention sur les marchés des changes et remettait ainsi en cause le maintien des parités fixes de change telles qu’elles étaient définies par les statuts du Fonds monétaire international. L’érosion des pouvoirs d’intervention des autorités monétaires sur les marchés des changes sonnera bientôt la fin des parités fixes. Dix ans suffirent pour détruire l’édifice construit à Bretton Woods. Pour contrer la spéculation contre le dollar américain, les autorités monétaires créèrent, dans un premier temps, un « Pool » de l’or, puis, devant les insuffisances de cette mesure, elles instaurèrent un double marché de l’or (1968), un marché privé et un marché officiel. La création des droits de tirage spéciaux (1970) sera la dernière étape avant l’abandon définitif du système des taux de change fixes. Ce qui devait se confirmer le 15 août 1971, lorsque l’administration du président Nixon supprima la convertibilité du dollar américain en or, fondement de tout le système d’étalon de change-or.

En fait, il est important de voir que dans un marché de liquidités abondantes et très mobiles, les banques commerciales pouvaient facilement trouver des sources de financement et de refinancement sans passer pour cela par les autorités monétaires nationales. Les banques se retrouvaient à l’abri des politiques restrictives des banques centrales et pouvaient de façon induite créer une offre monétaire sans affecter les réserves officielles. Les autorités officielles se trouvaient ainsi à devoir partager leurs attributs de gestionnaire de la monnaie avec le marché, c’est-à-dire avec les grandes banques internationalisées. N’étant plus les uniques détentrices des liquidités internationales, les autorités officielles perdront ainsi la responsabilité de déterminer seules le taux de change et de financer ultimement le solde de la balance des paiements. Enfin, la transformation de ces liquidités internationales en monnaie nationale viendra accroître la masse monétaire en circulation dans les pays concernés, accroissement qui, en l’absence de mesures contraignantes, sera totalement hors du contrôle des banques centrales.

IV- La fin du système monétaire de Bretton Woods 1973

Le passage au flottement face à l’ampleur des mouvements des capitaux, la généralisation du flottement s’imposa non comme un choix souhaité mais plutôt comme un aveu d’impuissance des autorités,

1- Accord de paris :
Le 11 Mars les pays membres de la communauté (l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, la France, le Luxembourg et les Pays-Bas) « accord de paris » ont annoncés leurs décision de flottement concerté de leurs monnaie, tout lien avec le dollar était rompu.

2- Le cours du dollar n’est plus défendu :
Le 16 Mars quatorze 14 pays (les neuf de la communauté, les Etats-Unis, le canada, le japon, la suisse et la Suède) déclarent qu’ils renonçaient à défendre le cours du $.

3- le monde du flottement :
Le 19 Mars les marchés des changes reprenaient leurs activités dans un nouveau système monétaire ou les taux de changes n’était plus définis mais constates sur le marché.

4- L’écroulement définitif du système des taux de change fixes :
Le système des taux de change fixes s’écroule définitivement en mars 1973

Après 15 août 1971 : suspension par Nixon de la convertibilité or du $. Le président décide de taxer les importations faites par les USA. Pas de dévaluation car pressions des investisseurs américains.

Décembre 1971 : la pression européenne devient très forte et oblige à la dévaluation. Élargissement des marges de fluctuation des monnaies par rapport à leur cours officiel avec les accords du Smithsonian Institute.

Le 8 janvier 1976, les Accords de la Jamaïque confirment officiellement l’abandon du rôle légal international de l’or. Il n’y a plus de système monétaire international organisé.

Pour résumer, l’originalité des années 70 tient à l’abandon des taux d’intérêt fixes pour les taux variables ce qui aura pour conséquences de transférer le risque des créanciers aux débiteurs et d’éliminer en fait la notion de long terme. La période se terminera par la « fragilisation » des débiteurs mais aussi par celle des créanciers, l’actif des institutions financières (leurs avoirs) n’ayant plus la qualité désiré.

Lire le mémoire complet ==> (Le système financier international en temps normal et en temps de crise : Quelles réformes ?)
Ecole doctorale management international des entreprises
Mémoire de magistère – Faculté des sciences économiques, commerciales et sciences de gestions

___________________________
14 Michel DROUIN, le système financier international, ARMAND COLIN, Paris, 2001, P20.