Mesure de l’innovation, réaction du marché

By 4 August 2012

Section 6 : Mesure de l’innovation :
Mesurer l’innovation constitue une tâche cruciale puisqu’elle permet de saisir la réaction du marché à l’égard de toute firme innovatrice. Différentes méthodes sont alors mises en œuvre :
6- 1- Mesure en amont de l’innovation :
Cette première source se réfère aux attributs des activités de recherche et développement.

Les données de R&D constituent les principaux indicateurs de l’innovation. Deux mesures d’input sont principalement utilisées : les dépenses engagées au titre de la R&D et le personnel employé à des travaux de recherche et développement,

Ces indicateurs font l’objet, depuis longtemps d’une collecte régulière et standardisée des données ce qui permet des analyses dynamiques et des comparaisons internationales.

L’OCDE est la principale source des données internationales comparables sur la R&D (recherche et développement). les sources nationales, bien que souvent plus riches, ne permettent pas la comparabilité des données de l’OCDE.

Ainsi, ces données de recherche et développement présentent l’avantage d’être relativement fiable et comparable dans le temps et dans l’espace. Toutefois, elle rencontre un certain nombre de limites :
– Elles ne couvrent pas les activités d’innovation non structurées et occasionnelles engagées notamment dans les petites unités.
– Certaines études ont montrés que les dépenses d’innovation hors R&D peuvent être deux fois plus élevées que celles consacrées à la R&D (recherche et développement).
– Elles mesurent mal les activités d’innovation dans le secteur des services puisqu’il est difficile de savoir si la montée récente de R&D dans ce secteur est due à une meilleure couverture des services dans les enquêtes sur la R&D. (recherche et développement) à l’externalisation de ces activités dans les entreprises manufacturières ou à une réelle implication des entreprises des services dans la R&D. (recherche et développement)

Une deuxième source apparaît afin de combler les lacunes présentées par la première. On parlera donc de mesure en aval.

6- 2- Mesure en aval de l’innovation :
S’agissant des indicateurs relatifs à l’output des activités d’innovation, le brevet constitue le principal outil pour apprécier l’effort d’innovation d’une firme ou d’une industrie.

Un brevet est défini comme étant un droit de monopole temporaire que l’Etat accorde à un inventeur en contrepartie de sa publication de son invention pour une période limitée et à certaines conditions. Il constitue à la fois une arme de dissuasion à la concurrence et une source de revenus.

Les données de brevets présentent de nombreuses qualités. D’une part, les brevets étant systématiquement enregistrés par des organismes publics, de nombreuses statistiques sont disponibles et pour des longues séries chronologiques. D’autres part. ils sont un output direct de processus d’invention et ne reflète pas seulement les résultats des activités du laboratoire de R&D (recherche et développement).

Enfin, les brevets couvrent les inventions dont le détenteur s’attend à ce qu’elles aient un retentissement d’ordre commercial. Cependant, l’utilisation des statistiques de brevets comme indicateur de l’innovation rencontre plusieurs limites :
– Toutes les inventions ne peuvent pas faire l’objet d’un brevet. C’est le cas jusqu’à aujourd’hui en Europe des logiciels qui sont généralement protégés par le droit d’auteur.
– Toutes les inventions ne sont pas brevetées. La propension à innover varie selon le secteur, la taille des entreprises et la proportion d’invention à être brevetée n’est pas connue avec précision. Certaines entreprises protègent leurs innovations par d’autres méthodes notamment le secret industriel.
– La propension des entreprises à déposer des brevets sur le marché intérieur et dans d’autres pays varie en grande partie en fonction des perspectives d’exploitation commerciale de leurs inventions. Dans chaque office de brevet, les demandes déposées par les inventeurs nationaux sont beaucoup plus nombreuses que celles déposées par l’étranger.

Vu les inconvénients présentés par la première et la deuxième mesure, la mesure directe vient pallier à ces insuffisances.

6- 3- Mesure directe de l’innovation :

Les enquêtes sur l’innovation ont longtemps été conduites par des organismes nationaux pour répondre à leurs besoins propres. Les résultats obtenus étaient difficilement comparables. L’OCDE en collaboration avec d’autres organismes, a été à l’origine des travaux destinés à normaliser la méthodologie et les informations recueillies dans les enquêtes sur l’innovation.

Ces travaux sont présentés dans le manuel d’Oslo qui considère l’innovation stratégique de l’entreprise et la définir comme les produits (biens et services) et procédés nouveaux ou améliorés (la nouveauté ou l’amélioration étaient fondées sur des caractéristiques objectives de performance. Dans ce cadre, plusieurs enquêtes ont été élaborées :
* Les enquêtes sur l’appropriation technologique :
Elle a été réalisée aux Etats-Unis au début des années 80 et en France en 1993 par le SESSI. Les entreprises ont été interrogées sur six grands thèmes :
– Le mode de protection des innovations,
– L’accès aux résultats de recherche en universités et laboratoires publics.
– Le recours à la protection par brevet.
– La communication entre la R&D (recherche et développement) et les autres fonctions de l’entreprise.
– Les soutiens des autorités publiques françaises et communautaires et les obstacles à la rentabilité de l’innovation sur les marchés étrangers.
– Les sources de l’innovation.

* L’enquête communautaire sur l’innovation :
Cette enquête a concerné les pays de la communauté européenne. Une dizaine des pays hors Union Européenne appartenant à l’OCDE mènent des enquêtes nationales de même type.

Ce type d’enquête constitue une source d’information sans précédent sur les activités d’innovation puisqu’elle touche toutes les catégories d’entreprises et pas seulement celles qui engagent des dépenses de recherche et développement ou déposent des brevets. Elle permet d’appréhender les activités d’innovation des petites unités, du secteur des services ou encore les unités qui s’engagent dans l’activité d’innovation de manière occasionnelle.

* L’enquête « les compétences pour innover » :
Elle a été lancée en 1997 par le SESSI. Elle permet d’éclairer l’organisation de l’activité à l’intérieur de l’entreprise (François et Al 1998). Le questionnaire a permis de répondre à quatre grandes questions relatives à neuf types de compétences :
– Quelles sont les compétences souhaitables à détenir pour innover?
– Quelles sont les compétences détenues?
– Quels sont les moyens dont l’entreprise dispose correspondant à ces compétences ?
– Quelle est l’efficacité de ces moyens?

Innover ne veut en aucun cas dire inventer. En fait, l’invention constitue l’origine de toute innovation qui de part et d’autre, vient envahir le marché ces dernières années et provoque une dynamique importante au sein des entreprises.

Conclusion :

Dans ce chapitre, nous avons découvert les compétences requises pour innover. Une entreprise ne peut être innovatrice que si elle gère bien les compétences de ses membres, c’est-à-dire sa connaissance collective. Le processus de gestion de savoir s’avère donc un moteur efficace même primordial pour innover.

La question technologie – organisation se pose encore à ce niveau : est-ce que l’innovation requiert de l’infrastructure technologique ou plutôt de l’intelligence organisationnelle ?

La réponse ne peut être que nuancée, car les deux composantes ont un rôle déterminant dans développement d’une entreprise innovatrice. Mais, la recommandation que les auteurs des nouvelles méthodologies de gestion et de la nouvelle économie de savoirs proposent aux dirigeants des entreprises modernes est la suivante : gérer mieux votre connaissance pour innover.

Cette recommandation ne diminue en rien l’importance de la technologie. Mais la firme, pour exploiter la technologie avec efficience, nécessite une intégration profonde de ses connaissances pour optimiser les solutions proposées par le progrès.

De nos jours, le transfert technologique a donné accès pour tout le monde aux nouvelles technologies notamment les NTIC. Elles ne sont plus une source d’avantage compétitif défendable. Ce qui fait la différence donc, est bien entendu le savoir, l’intelligence et la culture de l’entreprise.

Ce changement du mode de voir les compétences à innover, nécessite des efforts importants en matière de reconfiguration organisationnelle et de reconception de processus de management. Ces efforts peuvent s’orienter par exemple vers l’implantation des modèles du reengineering, de l’ingénierie concourante et du benchmarking

Conclusion de la partie théorique :

La mondialisation des activités renforce le besoin de différenciation des cultures et des inspirations. Cette différentiation se manifeste essentiellement par l’adhésion dans la nouvelle économie de savoir, où l’information détermine l’avenir des gens ; la connaissance est une richesse pour les organisations ; l’innovation est un objectif de croissance.

La survie des entreprises modernes passe par leur capacité à répertorier leurs connaissances de manière dynamique et à la rendre accessible à l’ensemble de leur personnel pour favoriser l’innovation, les plates formes technologiques étant les outils tout désignés pour y parvenir

Elles doivent passer d’une société qui produit et vend à une organisation qui pressent et réagit constamment aux nouveaux courants par le biais de la pro- activité, de la réactivité, de la veille et de l’intelligence économique..

Ce passage nécessite bien évidemment beaucoup de travail en matières d’apprentissage organisationnel, de développement de processus et de mode de gestion, de reconfiguration et surtout en matière de culture d’entreprise.

La gestion du savoir implique des changements profonds dans plusieurs fonctions de l’entreprise : organisation, recherche et développement, ressources humaines, méthodes et procédés, système d’information, etc.

Il s’agit d’un enjeu ; comme l’a souligné Peter Drucker (1979) « la productivité des travailleurs du savoir se situe à peu prés aujourd’hui au niveau de celle des travailleurs manuels en 1900 ». « On gère encore les connaissances comme on fabriquait autrefois des souliers : de manière artisanale ».

Cela ne veut pas dire, selon Richard McDermott (expert-conseil en Knowledge Management) que les choses n’ont pas changé depuis un quart de siècle. En effet, 76% des gains de productivité enregistrés aux états unis entre 1995 et 1999 sont imputables à l’utilisation massive des technologies de l’information (TI) dans six secteurs employant une très forte proportion de cols blancs : la vente de détail, le courtage, les télécommunications, la fabrication d’ordinateurs et semi- conducteurs.

Dans la suite de notre travail, on va proposer des exemples signifiants d’organisations innovatrices qui ont mené des efforts en matière de gestion de savoir et qui ont touché les résultats de ces efforts sur leur compétitivité et leur performance.

Lire le mémoire complet ==> (Gestion des connaissances et Innovation)
Projet de fin d’études
Institut des Hautes Etudes Commerciales – Carthage