Un management en équilibre entre fonctionnalité et identité

By 26 July 2012

2.8.0 Un management en équilibre entre fonctionnalité et identité

L’intérêt de la culture d’entreprise pour les organisations consiste à essayer de mettre les individus sous dépendance et de créer des accoutumances. Une combinaison entre les ressources financières et humaines est un marché interne à l’entreprise, c’est-à-dire, qu’elle fournit et propose désormais non seulement du travail, mais aussi une carrière, une formation, une synergie en faveur de la recherche, tout en assurant une fonction centrée sur la production (Chandler, 1988). De telles mesures décentrent l’entreprise de ses premières aspirations essentiellement d’ordre économique et financier : l’entreprise devient un espace de relations, un territoire qui impose lui aussi des règles de jeu. À cela est venu se greffer l’important problème du chômage qui s’est gravé dans l’esprit de chacun et qui a contraint les salariés à s’adapter au marché de l’emploi et non l’inverse (Chevalier, 1966). Ainsi, avec force de communication interne, l’organisation amène les acteurs à faire en partie le contraire de ce qu’ils ont dans la tête. Ce qui conduit directement les conflits sociaux perdre quantitativement de l’importance pour laisser la place chez les acteurs à une analyse des enjeux de pouvoir dans l’entreprise.

L’entreprise conforte son identité au sein d’une civilisation devenue sans projet mobilisateur, en perte de valeurs, de repères et de sens. C’est-à-dire que l’imprégnation de l’entreprise dans le quotidien est telle, que cette même société en a fait son modèle.

La principale difficulté de la communication des organisations c’est qu’elle reflète un dialogue complexe. En référence aux travaux sur la complexité, l’identité de l’entreprise intègre et combine deux logiques contradictoires :
– La logique de l’acteur revendique un degré d’autonomie élevé,
– La logique de l’entreprise cherche à avoir un degré de contrôle, également élevé, sur les situations, les projets et les individus (Morin, 1990).

Le processus de la construction identitaire y est subtil et semble bien s’élaborer à partir d’une accumulation d’expériences. Il est essentiel de ne pas figer ce dispositif et, donc, de le concevoir avec beaucoup de souplesse et de flexibilité. Une organisation qui désire maîtriser son identité par un contrôle étroit et formel se décale par rapport aux besoins d’autonomie et d’indépendance de ses acteurs. Ne pas exercer de contrôle peut provoquer l’éclatement de l’identité de l’entreprise. L’identité d’une entreprise se compose entre la rationalité de sa matérialité professionnelle et la libre expression de sa culture. La culture d’entreprise a eu pour effet d’entraîner au départ, une revalorisation de l’image de l’entreprise, relayée par la suite par le développement économique qui en a résulté (Chevalier, 1966). L’identité de l’entreprise dans la société s’est à ce niveau trouvée affirmée à tel point que, la société par effet de retour, semble s’être progressivement imprégné du langage à l’origine proprement réservé au monde des affaires, à l’économie et à l’entreprise. Exemple extrême de ces propos, n’est-il pas commun dans les cités urbaines de désigner par « business » les actes de commerces délictueux. Il est nettement et quotidiennement fait mention de la compétitivité qui est devenue une modalité de comportement des acteurs économiques et qui a atteint le rang de moyen d’être, la seule chose comptant étant l’efficacité. D’autres exemples illustrent cette tendance, telle l’éthique qui a débordé le cadre du monde des affaires et de l’entreprise pour venir s’implanter dans l’action humanitaire et dans la défense de l’environnement.

À la lecture de la presse, il se trouve que non seulement l’entreprise affecte la société mais que celle-ci l’affecte à son tour. C’est-à-dire que des éléments ordinairement réservés à la société sont attribués à l’entreprise. Ainsi, on évoque maintenant le terme de citoyenneté à l’égard de l’entreprise. C’est explicitement lui reconnaître et légitimer un rôle d’acteur social, créateur de culture et de relations sociales. Dorénavant, il s’agit pour les individus de se réaliser dans le travail, de célébrer leur culte du moi au travers de l’entreprise, le culte du moi ne signifiant pas l’allergie au travail, mais au contraire la volonté de se réaliser dans le travail. La pérennité économique des entreprises actuelles requiert deux aptitudes centrales qui sont la capacité d’innovation et la capacité de réaction. La capacité d’innovation permet de favoriser l’émergence de nouvelles activités économiques dans les organisations existantes. La capacité de réaction, permettant, à travers la flexibilité de l’organisation et de ses structures, de donner à l’entreprise la possibilité de s’adresser à ces nouvelles opportunités. Ces attitudes se retrouvent « dans la littérature organisationnelle, les organisations souples, réactives, matricielles, faisant une grande part à l’autonomie des acteurs de l’organisation sont présentées comme un progrès conséquent par rapport aux structures organisationnelles héritées du taylorisme» (Carayol, 2000, page 251). Conscients de ces enjeux, les décideurs tentent de construire une organisation au pouvoir décentralisé auquel s’ajoute des préoccupations culturelles qui encouragent l’initiative et l’esprit d’entreprise avec l’octroi d’espaces de liberté aux hommes.

Ces modalités sont les vecteurs de la construction d’une nouvelle identité de l’entreprise. Dans l’organisation, la réalité témoigne que le management aborde les problématiques d’innovation et de réaction en les disjoignant or privilégier, dans leurs approches, soit l’axe de la créativité soit celui de la réactivité. De la nécessité de développer ces deux capacités dans l’organisation, émerge une nouvelle identité celle de « l’acteur entrepreneur ». Cette identité met en exergue l’esprit d’entreprise et la qualification professionnelle des accompagnées de nouvelles modalités organisationnelles. Les PME se fédèrent en confédération et les grandes entreprises éclatent leur structure pyramidale pour mettre en place des unités opérationnelles de service qui positionnent l’acteur en prise directe avec les clients. Reprenant les propos de Pierre à propos du domaine sportif : « Le sport local de loisir répond avant tout à des besoins individuels très personnalisés, contrairement au sport fédéral de compétition qui a pour ambition de créer des valeurs collectives » (Chifflet, 2000, page 35). Les modalités du tourisme sportif se construisent alors sur les qualifications, l’autonomie et la responsabilité des employés. Elles placent l’acteur au cœur du processus en réponse à une quête identitaire qui demande à valoriser le représentatif, le statut professionnel et l’identité sociale.

1° Hypothèse : La construction identitaire de l’entreprise ordinaire

Avec comme point de départ, le constat qu’en France, lorsque la communication des organisations traite de culture d’entreprise, elle se focalise d’avantage sur les valeurs entrepreunariales que sur la fonctionnalité des métiers, il semble que la construction identitaire des organisations s’ancre essentiellement sur la représentation qu’on les acteurs de leurs métiers. Par cela, elle cherche à s’éloigner de l’image banalisante que véhiculent les aspects fonctionnels et rationalisés du secteur d’activités de l’organisation. La communication des organisations contemporaines se construit sur la valorisation de la prise d’initiatives et de l’autonomie des employés. Elle témoigne de l’émergence d’une quête identitaire qui surgit en réaction aux contraintes de la matérialité professionnelle. La conséquence de l’exigence des démarches qualité, des normes, des labels et des certifications, ces processus de rationalisation des activités se perçoivent comme une déqualification chez les acteurs.

Pour valider cette première hypothèse, la recherche met en évidence une invariance dans la communication des organisations ordinaires, quand elles font face à une évolution organisationnelle notable. La démonstration porte sur une série d’études de cas concernant six entreprises Françaises. Les études visent à démontrer que face aux évolutions de la matérialité professionnelle, la communication des organisations qui se construit en retour témoigne de l’émergence d’une quête identitaire de ses acteurs. Dans les études de cas, les firmes subissent une conjoncture qui s’impose de manière brusque et impérative et les contraint à ajuster leurs modalités organisationnelles.

2° Hypothèse : La construction identitaire du tourisme sportif :

La résistance à l’industrialisation des activités sportives peut s’expliquer par la divergence existant entre, d’une part les idéologies véhiculées par le sport et la représentation sociale du tourisme qu’en ont les professionnels. Témoin de cette représentation, la communication de ces organisations est axée principalement sur la fonctionnalité sportive. La communication des organisations du tourisme sportif présente des cours de natation, des palanquées en plongée sous-marine, des descentes de rivière en canoë, des cours de ski ou des courses en montagne, limitant le rôle et le statut du professionnel à une fonction marchande. Dénuées de leurs aspects culturels, ces dénominations rappellent le courant taylorien. C’est une réaction qui suit à l’identique le processus des acteurs des organisations industrielles face au sentiment de déqualification de leurs métiers.

Par résistance à l’image fonctionnelle que l’organisation de tourisme sportif confère à ses professionnels, ils s’inscrivent dans une quête identitaire, construite sur les valeurs culturelles du sport qui s’élèvent en opposition à sa représentation marchande. Cette quête est un processus de projection personnelle dans une certaine dignité du métier, une image de marque de la profession. Ce n’est pas simplement une identification aux membres d’un groupe de référence, celui de l’organisation, mais une revendication d’idéaux, de valeurs et de modèles. Dans ce processus, ce sont les caractéristiques personnelles de l’individu qui priment et non la structure de tourisme sportif pour et dans laquelle il agit. L’organisation se perçoit comme un groupe social réunissant des individualités autour d’un projet en commun. Au sein de la structure, les places se définissent selon le statut (professionnel, bénévole, volontaire, client) et le degré de maîtrise de la pratique sportive (débutant, sportif initié, pratiquant averti, spécialiste engagé). Ce statut assure le positionnement social des acteurs dans l’organisation.

Cette hiérarchie de personnes s’articule dans un réseau d’acteurs selon un principe qui rappelle la distribution verticale de l’autorité : Le professionnel est investi d’une autorité sur l’action qui se renforce devant l’incertitude et les risques inhérents à la pratique. La communication qui s’établit au sein de l’organisation régule les relations entre les différents acteurs et définit ces zones d’autorité. Elles restent un attribut de la personne et s’exercent de manière diffuse, globale et personnalisée. Par exemple, lorsque l’activité requière plusieurs professionnels, bien que tous possèdent la même qualification aux vues des lois, chacun présente un certain domaine de spécialité, forgé par l’expérience. On s’adresse à lui selon ce domaine implicitement reconnus par les acteurs qui se subordonnent alors à ce supérieur informel. Les acteurs des organisations sportives marchandes expriment leurs identités professionnelles par l’ensemble de ce processus. Il s’observe au travers des manifestations de résistance qui collaborent à la construction d’une identité liée à certaines valeurs sociales du sport. Le sous-développement organisationnel dont souffre l’offre de tourisme sportif serait une des conséquences de ce processus de construction identitaire.

Le tourisme sportif en quête d’identité
La construction identitaire dans les organisations de tourisme sportif, entre idéologies sportives et matérialité professionnelle marchande
Thèse de doctorat de 3° cycle – Sciences de l’Information et de la Communication
Université de Nice Sophia-Antipolis