Tourisme sportif, apparition et définition du tourisme sportif

By 15 July 2012

1.1.3 L’apparition et la définition du tourisme sportif

L’expression « tourisme sportif » témoigne d’un phénomène relativement récent et ne peut réellement se prévaloir d’une tradition comme celle des pratiques sportives. Au sein de la littérature spécialisée, essentiellement anglophone, il faut attendre les années 80 pour trouver un article traitant de ce sujet spécifique (Glyptis, 1982). L’absence de dimension historique, entraîne une investigation sur la rencontre entre les travaux portant sur le sport et le tourisme dans la littérature française.

Par analogie aux travaux portant sur la communication des organisations, le tourisme sportif, imprégné de signification culturelle, peut s’appréhender « comme un territoire de communication caractérisé par un nœud, une multiplicité d’échanges » (Bernard, 2002, page 158). Le tourisme sportif est un carrefour. Il répond à des besoins très personnalisés de clients actifs. Il est le lieu d’expression de stratégies économiques d’organisations à la recherche de profit et il représente un espace identitaire pour des acteurs professionnels qui y exercent. C’est un espace morcelé : « Contrairement à l’univers fédéral, le secteur des loisirs est un secteur éclaté, dans lequel il est difficile de repérer le sentiment d’appartenance à une communauté. Les organismes qui offrent des loisirs sportifs à des clients ne sont pas organisés en réseau, sauf parfois sectoriellement pour des raisons commerciales. On ne peut donc pas parler d’univers des loisirs sportifs dans lequel un ensemble de valeurs seraient communes aux organisateurs et aux pratiquants » (Chifflet, 2000, page 32).

Pour poser une définition actuelle du tourisme sportif, la recherche parcours les différents essais de définition. Ils témoignent de l’évolution des travaux qui oeuvrent à rapprocher le sport et le tourisme depuis une vingtaine d’années : Si une première définition en provenance d’Outre-Atlantique valorise « l’association des usages du sport à un déplacement» (Standeven & De Knop, 1999), la définition Américaine actuelle du tourisme sportif valorise « le rapport aux formes de déplacement et de participation» (Gibson, 2002). La plus récente définition est d’origine Française. Elle porte spécifiquement sur « l’identification des opérateurs de l’objet du tourisme sportif » (Pigeassou, 2002).

Trois typologies émergent de l’actualité des réflexions sur le tourisme sportif :
1/ Un courant outre atlantique propose une « typologie des pratiques selon les services proposés » (Kurtzman, 1996). Cette typologie Nord Américaine, différencie les différentes lignes de produits en se basant sur des mobiles strictement sportifs :
– Le tourisme sportif ciblé sur l’utilisation des attractions sportives. Les musées sportifs, les congrès, les conférences sportives, les exhibitions, les démonstrations sportives, les parcs sportifs, les zones d’activités aquatiques et de rafting, les golfs, les pistes de ski, les stades, les patinoires,…
– Les séjours de tourisme sportif dans les centres, des stations ou des camps de loisirs ou d’entraînement sportif. Les activités peuvent être aussi diverses que la pêche, la chasse, le ski, le tennis ou les camps d’entraînement pour des sports comme le football, le basket, le volley-ball.
– Les croisières à objectif sportif dont l’objet est un sport. La rencontre de sportifs, l’accès à un évènement sportif, les visites de lieux sportifs.
– Les voyages de tourisme sportif pour l’exercice de la pratique d’une activité sportive : golf, tennis, randonnée, trek, safari, marathon, cyclisme, escalade, excursions, expéditions.
– Le tourisme sportif à l’occasion d’un évènement régional, national ou international : Tout ce qui concerne les déplacements orientés vers les spectacles et les rencontres sportives entrent dans cette catégorie.

2/ Une classification Française s’appuie sur « le type des prestations fournies et la façon dont ces services se présentent aux consommateurs » (Pigeassou, 1997, 2002) :
– Les offres intégrées qui associent l’ensemble des prestations dans une ou un nombre limité de formules, dont le prototype est le tout compris. On rangera dans cette catégorie les agences et les voyagistes qui promeuvent des séjours (UCPA, Club Med.,…), le tourisme sportif d’aventure, la participation à des évènements sportifs,…
– Les offres associées proposent à la clientèle captive une gamme de services sportifs plus ou moins étoffée, dont l’usage est personnalisé et dont le coût est un coût additif aux prestations de base. Ces services sont rarement internalisés aux structures touristiques et se composent d’organismes indépendants, parfois rassemblés dans une aire déterminée et qui participent à la dynamique touristique.
– Les offres de diversification qui sont des services sportifs disponibles au sein d’un même espace touristique. Ils ont pour objectif de promouvoir les potentialités d’un espace et d’établir une image sportive et ludique d’une zone, relayé par les différentes organisations en charge du tourisme local, départemental ou régional.

3/ Une typologie basé sur la localisation des activités existe également « La typologie regroupe les produits par leur ligne générique » (A.F.I.T., 2000) :
– Une ligne de produits liée à la mer : comprenant la plage, le bain, la voile de plaisance, les activités de nautisme et la thalassothérapie.
– Une ligne de produits liée aux activités de pleine nature : regroupant les activités d’eau vive, la randonnée pédestre, le tourisme équestre, les activités du cyclisme sur route et sur tout terrain et les sports d’escalade.
– Une ligne de produits spécifiques à la montagne enneigée : associant le ski alpin et le ski de fond avec les activités de randonnées en raquettes et de chiens de traîneaux.
– Une ligne de produits résiduels hétérogènes : portant sur le golf, les sports aériens, les parcs de loisirs et les activités de la forme.

On propose une typologie personnelle originale opérant en fonction de la dimension culturelle apportée par les activités sportives comme facteurs du développement d’activités touristiques au niveau local : « Ces activités font émerger une représentation forte et originale du territoire dans une perspective culturelle ».

La typologie proposée présente deux grandes familles d’activités sportives :
– Une première famille regroupe les activités fortement rationnelles. La valeur ajoutée est à dominante « matérielle ». On retrouve les sports se préoccupant d’esthétique, de santé, de forme et de sculptage du corps comme les activités artistiques, d’expression, le fitness, le jogging, le body building,…
– Une seconde famille rassemble les activités liées à des particularités locales. L’intérêt dominant est « culturel». Cette famille regroupe les sports permettant la découverte, la rencontre et l’émotion partagée, à l’image des activités physiques de pleine nature et du tourisme d’aventure,…

Les deux conceptions s’opposent, mais ne sont pas antinomiques. L’intérêt de la recherche s’oriente plus spécifiquement vers la seconde famille à la fois caractérisée par sa signification culturelle et dépendante des clients de l’industrie touristique (transport hébergement, services,…).

Concernant, le tourisme sportif, la majorité des auteurs s’accordent à dire que l’offre s’insère dans le contexte général des vacances et que son développement épouse celui du tourisme en restant souvent une offre d’accompagnement et de diversification de ce dernier. Selon l’Organisation Mondiale du Tourisme qui classe les voyageurs en fonction des caractéristiques de leur déplacement (changement de pays, durée de séjour) et des motifs de la visite, le tourisme sportif se fond dans la catégorie « loisirs, détente, vacances » (OCDE, 1991). Ce secteur d’activité reste relativement flou et ses limites extensibles. Il intègre les clients en séjour de remise en forme, les aventuriers en quête d’expédition lointaine, les spectateurs de rencontres, de manifestations et de compétitions comme les acteurs de ces mêmes évènements sportifs. Si le tourisme est généralement perçu comme « une réponse à un besoin de déplacement, d’hébergement, de restauration et de services au client » (O.M.T., 1998, Page 25), le tourisme sportif est fortement imprégné de signification culturelle. Il s’éloigne cependant de l’approche « traditionnelle » du sport dont il ne reprend que certains de ses aspects essentiellement liés à la motricité sportive mais en y intégrant le contexte de découverte du voyage. Le tourisme sportif est plus proche du secteur d’activité touristique que du mouvement sportif. La recherche s’éloigne du mouvement sportif des fédérations pour s’intéresser à l’actualité du tourisme.

Le tourisme sportif en quête d’identité
La construction identitaire dans les organisations de tourisme sportif, entre idéologies sportives et matérialité professionnelle marchande
Thèse de doctorat de 3° cycle – Sciences de l’Information et de la Communication
Université de Nice Sophia-Antipolis