Segmentation en politiques publiques, niveaux de découpage

By 20 July 2012

Des approches variées de segmentation – Chapitre 2 :

La segmentation consiste à opérer des regroupements d’activités qui peuvent générer entre elles des synergies. Elle vise à éviter la dispersion des ressources dans des domaines trop disparates. Elle assure une cohérence au sein de chaque domaine d’activité, et une meilleure lisibilité pour chaque marché. Il s’agit de mieux gérer la diversité du groupe.

Chaque segment peut alors faire l’objet d’une stratégie qui lui est propre, qui décline en partie la stratégie globale de l’organisation. A cet égard, de nombreux théoriciens28 ont développé le concept de matrices de portefeuille, en proposant des méthodes pour positionner des ensembles d’activités selon des critères communs, ceux-ci étant essentiellement des critères de croissance de la demande et de coûts de production, tournés vers le souci de rentabilité. Ces outils permettent de décider de la priorité des activités à poursuivre ou à créer, et déceler les activités qu’il est judicieux d’abandonner.

Le Boston Consulting Group et Arthur D. Little ont contribué à l’intégration de la segmentation stratégique dans le secteur public.

Pourquoi chercher à intégrer dans le secteur public des techniques de segmentation dont l’objectif premier est de détecter les activités insuffisamment rentables ?

Les domaines d’intervention des collectivités ne sont plus uniquement ceux fixés par la loi. L’utilisation de la clause générale de compétences a permis aux collectivités de développer de nombreuses activités facultatives. Les actions des collectivités se dispersent dans de très nombreux domaines différents. Il est alors nécessaire d’opérer des regroupements pour assurer la cohérence et la lisibilité des actions. Le découpage va permettre d’optimiser l’allocation des ressources entre des actions qui peuvent évoluer en synergie. Il permettra d’apprécier le coût global de ces activités et d’analyser leurs impacts.

La difficulté réside dans le niveau de division choisi pour analyser les activités. La segmentation stratégique doit être pertinente et s’appuyer sur des unités homogènes. Le danger est de diviser les activités trop finement, ce qui empêche de mettre en évidence les liens entre actions et les synergies possibles.

A l’inverse, une segmentation trop large des activités ne permet pas d’analyse adéquate pour l’allocation des ressources.

Il n’existe pas de segmentation type. Tout dépend de la catégorie de collectivité, de sa taille, de l’importance et de la nature des besoins à satisfaire, du contexte démographique, sociologique, économique, historique, et des orientations politiques propres à chaque organisation. C’est à chaque collectivité de trouver le découpage optimal. La segmentation s’opère par politiques publiques. Il arrive de plus en plus qu’elle soit intégrée sous forme budgétaire.

I. La segmentation en politiques publiques

1) Les différents niveaux de découpage

La segmentation stratégique repose souvent sur le découpage en politiques publiques. Cela semble logique dans la mesure où une politique consiste en un ensemble cohérent et organisé de prestations publiques articulées autour d’un objectif stratégique. Une politique permet de structurer des actions menées.

Des politiques différentes peuvent être axées sur les mêmes cibles, sur le même type d’offre de service, ou être déterminées par des facteurs clés de succès identiques. Bien qu’autonomes, des politiques peuvent évoluer en synergie.

La segmentation en politiques publiques permettra de déterminer les actions sur lesquelles la collectivité doit ou souhaite investir, et celles sur lesquelles elle désire se désengager totalement ou partiellement. Elle assure une meilleure visibilité en éclaircissant les différents domaines d’interventions, et en permettant une allocation et un suivi des ressources par grandes masses d’actions.

Les regroupements s’effectuent par activités qui relèvent de la même demande sociale, de la même technologie, du même type de ressources nécessaires… Ils sont souvent déterminés par les compétences obligatoires, mais également par la volonté politique des élus et le passé de la collectivité.

A l’intérieur de chaque politique publique est également opérée une segmentation. Il s’agit d’affiner le découpage de chaque politique en actions pour répondre au mieux aux besoins. A chaque action correspond une analyse précise des cibles. Toutes les prestations fournies sont ainsi connues. Les ressources sont allouées de manière plus précise. Les résultats sont analysés de manière plus pertinente.

Chaque politique publique dispose donc de ses propres segments d’activités, lesquels regroupent des ensembles de prestations. Activités et prestations constituent les marges de manœuvre des politiques publiques. Elles sont les outils de mise en œuvre de la stratégie définie pour le segment. Cette déclinaison permet de se rapprocher des cibles avec de plus en plus de précision.

Le schéma suivant synthétise les différents niveaux de segmentation stratégique envisageables pour une collectivité territoriale

A consulter sur place au Centre de Documentation Contemporaine de l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon

La finalité de ce travail de segmentation stratégique est de pouvoir définir de manière précise les périmètres et le niveau de qualité des services publics.

La segmentation permet de bien connaître les différents leviers d’actions de chaque niveau stratégique, tant du point de vue de la demande que de l’offre. Elle éclaire sur les besoins existants et sur la capacité de la collectivité à y répondre. Elle assure une transparence sur l’allocation des moyens.

La démarche s’assimile souvent à de réelles approches marketing. Quand elle engage une démarche de marketing, une entreprise cherche à étudier le marché et à s’y adapter (par une stratégie de segmentation, de positionnement, de ciblage…) en définissant des moyens d’action sur ce marché (par des politiques de produits, de prix, de distribution, de communication…). Quand une collectivité étudie l’offre et de la demande de services publics, les façons de se positionner, et quand elle recherche à faire émerger des synergies en regroupant ses activités, elle ne fait rien d’autre que du marketing, mais du marketing public territorial29.

La segmentation stratégique est le préalable au développement d’une culture de résultat, dans la mesure où elle vise à déterminer les objectifs à différents niveaux, et à allouer des ressources qui n’ont d’autre but que d’atteindre les objectifs fixés.

Mais pour assurer l’atteinte des objectifs dans les conditions de ressources définies, il faut pouvoir mesurer l’efficacité et l’efficience des actions. La collectivité doit se donner la capacité de mettre en œuvre des actions correctrices en cas d’écarts de conduite. Pour cela, c’est tout un système de pilotage qu’il faut mettre en œuvre.

Lire le mémoire complet ==> (Investissement et performance : De la conception stratégique à la gestion opérationnelle)
Mémoire pour le Master professionnel Management du secteur public
Université Lumière Lyon 2