Rôle des PME dans la formation dual des enfants qui travaillent

By 5 July 2012

La participation des PMEs à la formation professionnelle de type dual des enfants qui travaillent – Troisième chapitre :

Nous allons ici analyser l’intérêt porté par les petits et moyens entrepreneurs – formels et informels – à la possibilité d’offrir une formation professionnelle duale aux enfants qui ont besoin de travailler ainsi que les moyens dont ils disposent. Les indicateurs choisis pour mesurer le degré d’acceptation et de réalisation du projet sont les suivants: la perception de la formation en général, le niveau d’acceptation du programme proposé et le niveau de qualification des entrepreneurs et de leurs employés à vérifier les ressources humaines disponibles pour la formation.

I. Perception de la formation

a) L’école obligatoire

D’une manière générale, l’éducation obligatoire dispensée par les établissements publics est perçue comme nécessaire et efficace malgré les déficiences structurelles et organisationnelles qu’elle présente. Pour 11 entrepreneurs, l’enseignement général transmet des valeurs (respect, honnêteté, discipline) et des connaissances de base. Cependant 12 d’entre eux considèrent que les contenus des programmes ne jouent pas leur rôle de formation si l’objectif est de sortir directement de l’école vers le marché du travail. pour eux, il faut avoir accompli des études supérieures pour avoir des chances de trouver un « bon » travail :
/>« L’école secondaire générale suffit pour travailler en ménage ».

De plus, 2 entrepreneurs affirment carrément que la scolarité obligatoire ne répond pas aux besoins du pays.

Pour 5 entrepreneurs particulièrement ceux qui n’ont qu’une formation élémentaire ou nulle (primaire incomplète ou analphabètes), l’importance accordée à l’école se limite au fait d’apprendre à lire et à écrire :
– « Sans trop de formation, on peut toujours se débrouiller dans la vie ».

Tous les entrepreneurs interrogés estiment que l’enseignement secondaire technique donne une meilleure qualification et davantage de chances d’insertion dans le marché du travail que l’enseignement général. Pour eux, les élèves qui suivent la filière technique sont mieux formés du fait qu’ils apprennent un métier. Cela permet aux élèves d’avoir plus de chance de trouver un emploi à la sortie de la formation. De plus, les entrepreneurs considèrent que les élèves sont moins maladroits dans le travail et peuvent assumer plus rapidement des responsabilités.

Quant au niveau de productivité d’un élève formé dans la filière technique et dans l’enseignement général, 10 entrepreneurs estiment que les élèves sortant de la filière technique ont une productivité supérieure à ceux de la branche générale. En revanche, les 10 restants pensent que la filière de formation ne détermine pas le niveau de productivité d’un travailleur et 4 d’entre eux considèrent que la productivité dépend plutôt de l’effort personnel.

En ce qui concerne le salaire, 11 sont d’avis qu’une personne formée doit avoir un meilleur salaire qu’une personne n’ayant pas de formation. Pour eux, une personne formée est plus compétente et plus efficace, commet moins d’erreurs et, en général, accomplit un meilleur travail. Pour les 9 restants, la rémunération dépend de la productivité du travailleur et non du type ou du niveau de formation : « à travail égal salaire égal ».

b) La formation technique et professionnelle

Interrogés sur l’importance de la formation technique et professionnelle, 8 entrepreneurs estiment que les deux sont importantes, l’une pour le niveau de qualification atteint, l’autre pour son insertion rapide dans le marché du travail; le choix dépendant des besoins économiques des familles. D’autre part, 5 entrepreneurs privilégient la filière technique comme plus importante car elle permet d’atteindre un niveau de qualification plus élevé, une meilleure reconnaissance sociale et de meilleures rémunérations. Pour 7, la formation professionnelle est la plus appréciée en raison de sa rapidité à déboucher sur le marché du travail.

Quant à l’organisation de la formation, ils sont tous de l’avis que les filières technique et professionnelle doivent comprendre une partie théorique et une partie pratique. Toutefois, 4 entrepreneurs considèrent l’apprentissage en école de meilleure qualité que celui effectué sur le tas :
– « L’apprentissage en école donne une meilleure formation, l’école enseigne des techniques et des méthodes appropriées, ensuite, on consolide les connaissances dans la pratique »;
– « La pratique, on l’acquiert au travail, la théorie on ne l’apprend qu’à l’école ».

Pour 9 entrepreneurs, la formation sur le tas est plus importante que celle donnée à l’école :
– « La théorie ne représente que 20% de la formation, le reste on l’apprend sur le tas »;
– « L’école n’enseigne que la théorie, dans une formation technique ce qui importe, c’est la pratique ».

Pour 7, les deux modes de formation sont bons, leur efficience dépend de la capacité d’apprentissage de chaque personne :
– « Certaines personnes apprennent mieux en école et d’autres sur le tas ».

c) Besoin de qualification dans le secteur d’activité

Lorsqu’ils recrutent du personnel, 14 entrepreneurs préfèrent engager un candidat sans formation mais avec de l’expérience. Pour eux, la personne qui a de l’expérience connaît le travail et le risque qu’elle commette des erreurs est moindre. Ils reconnaissent cependant que dans certains métiers la formation est indispensable.

Le besoin de qualification de la main d’œuvre est reconnu différemment selon le secteur d’activité. Dans la branche industrielle 6 entrepreneurs sur 7 pensent que leur secteur a besoin de main d’œuvre qualifiée pour être compétitif :
– « Lorsque l’on peut compter sur des collaborateurs compétents, on diminue le gaspillage de matériel et on améliore la qualité des produits ».

Par contre, dans le secteur des services, 10 entrepreneurs sur 12 affirment que dans leur activité il n’y a pas besoin de qualification :
– « On a juste besoin de gens qui aiment bien faire les choses et qui aient envie de travailler ».

Cependant, dans le cas de services techniques (1/1), on demande aussi de la main d’œuvre qualifiée.

II. Participation à la formation proFeSsionnelle duale adreSsée aux enfants qui ont besoin de travailler

L’idée d’offrir une formation professionnelle duale aux enfants qui travaillent a été bien accueillie par 16 entrepreneurs interrogés. D’une manière générale, la formation duale présente deux aspects positifs du point de vue des entrepreneurs :
– « C’est une bonne façon de se former et d’acquérir de l’expérience parallèlement à l’école, ce qui permet de gagner du temps lorsqu’on commence à travailler réellement »;
– « L’apprentissage en entreprise garantit le travail et donne plus de chances de pouvoir étudier aux enfants des familles moins favorisées ».

Toutefois, pour eux, quelques conditions sont indispensables pour que ce modèle ait des chances de fonctionner : une institution doit promouvoir ce type de formation, il faut former des enseignants dans cette modalité et trouver des places d’apprentissage rémunérées.

Pour les 4 restants, ce type de formation ne conviendrait pas aux enfants car, d’après eux, ceux-ci ne pourront pas assumer le travail et la formation au même temps. De plus, ce programme rendrait les choses plus compliquées et plus bureaucratiques.

Quant à la façon dont les entrepreneurs participeraient à l’apprentissage, 8 le feraient par le biais de cours et d’ateliers et 12 en offrant des postes d’apprentissage dans leurs entreprises.

a) Avantages et inconvénients d’accueillir des apprentis

Une proportion de 18 entrepreneurs sur 20, ont bien accepté l’idée de pouvoir participer à une formation de type dual et ont déclaré qu’ils étaient disposés à accueillir des apprentis. Cependant, les motivations sont diverses : 3 entendent le faire pour aider les enfants qui ont des besoins économiques; 5 conditionnent leur participation à leur propre besoin de main d’œuvre; 3 considèrent que c’est la seule manière de garantir que le travail soit fait selon les critères de l’entreprise; enfin, 1 le considère comme un investissement.

Pour 10 entrepreneurs, la présence d’apprentis dans leurs entreprises représente une charge supplémentaire. Les raisons citées sont les suivantes : le temps consacré à leur formation; l’instabilité du marché du travail qui pourrait faire augmenter les coûts de la formation pour l’entreprise (manque de commandes); le besoin d’engager une personne qualifiée pour surveiller la formation; l’utilisation des équipements dans des activités formatrices et non dans la production; les éventuels retards de production à cause du temps consacré à la formation.

Pour 8 la rentabilité de la formation des apprentis n’est pas immédiate mais se dégage après une courte période. Ils considèrent que la présence des apprentis dans l’entreprise serait rentable car cela permettrait d’accélérer la production et de soulager la surcharge de travail.

Les 2 restants, conditionnent l’avantage d’avoir des apprentis au besoin de main d’œuvre de l’entreprise :
– « Si les affaires vont mieux et que l’entreprise se développe, on aura peut-être besoin d’aide ».

b) Population choisie, types d’activités proposées et conditions d’engagement des apprentis

Les entrepreneurs ont des préférences concernant l’âge minimum des apprentis. Ainsi, 13 préfèrent former des jeunes de plus de 15 ans car ils trouvent qu’ils sont plus sérieux, plus responsables, mieux formés (en général, à cet âge là, les jeunes devrait être déjà en fin de scolarité obligatoire, ils savent donc au moins lire, écrire et calculer), enfin, ils considèrent qu’il y a moins de risques d’accidents.

Par contre, 3 préfèrent former des enfants à partir de 7 ou 10 ans car, disent-ils, ils apprennent plus vite, sont plus minutieux et habiles, moins rebelles, et ils ont moins envie de passer du temps dehors. (« No piensan tanto en estar en la calle »). Enfin, 4 privilégient une formation à partir de 13 ans, notamment dans le secteur des services.

Selon les entrepreneurs, les enfants peuvent réaliser les activités suivantes : limage, brossage, peinture, finitions (menuiserie), nettoyage, préparer et ranger les tables, servir (restaurants), tresser des bracelets, vendre, présenter des articles, ranger les magasins, préparer des commandes, broder, mettre le matériel en ordre, couper les fils (fabrication de chaussures), monter et démonter (service technique).

Quant aux conditions d’engagement, seulement 5 entrepreneurs considèrent que l’apprentissage ne doit pas être rémunéré car la formation est le paiement du travail fourni par l’apprenti. Parmi ceux qui trouvent juste de donner une rémunération aux apprentis, 15 pensent que celle-ci doit correspondre aux frais de transport, à la productivité de l’apprenti, ou aux heures travaillées. La rémunération peut aussi être assujettie au résultat commercial de l’entreprise. Les montants estimés sont de 5 soles par jour, de 10 à 15 soles par semaine et de 150 soles par mois.

III. Niveau de qualification des entrepreneurs

Le niveau de qualification des entrepreneurs et des employés des entreprises considerées n’est pas en corrélation avec la taille ou le type d’entreprise mais avec leur secteur d’activité.

Tableau N° 1 : Niveau de qualification des entrepreneurs et des employés selon leur secteur d’activité.

Secteur

d’activité

Niveau de

formation

Secteur industriel Secteur services Service technique
employeur employés employeur employés employeur employés
Formation technique (post scolaire dans le secteur d’activité) 3 7 1 1 1
Formation technique (post scolaire dans d’autres secteurs) 2 1
Secondaire complète 2 12 6 14 5
Secondaire incomplète 2 11
Primaire complète 2 4
Primaire incomplète 1 2 2 4
Analphabète 1

Nous pouvons observer que seulement 5 des entrepreneurs ont une formation technique post scolaire dans leur secteur d’activité professionnelle : 3 dans le secteur industriel, 1 dans le secteur service et 1 dans le service technique. Quant aux employés, 8 ont une formation technique post scolaire dans leur domaine professionnel, 7 dans le secteur industriel et 1 dans le service technique. Cela signifie que 5 entreprises sur 20 disposent du personnel qualifié pour former des apprentis. Ces entreprises couvrent cinq différents domaines d’activité : menuiserie, boulangerie, fabrication de chaussures, réparation des radios et télévisions, et magasin de chaussures.

Cependant, 19 entrepreneurs se considèrent qualifiés pour former des apprentis et 14 estiment que leur expérience professionnelle est une base suffisante. Quant à la possibilité de suivre une formation pour comprendre et appliquer le système de formation duale, 15 entrepreneurs ont déclaré en avoir besoin.

IV. Conclusions

Un des résultats de cette enquête est la démonstration qu’il existe chez les entrepreneurs un grand intérêt pour des programmes de formation de type dual, dirigés vers les enfants qui ont la nécessité de travailler. Cependant, seulement 5 des entreprises interrogées disposent du personnel qualifié pour exercer le rôle de maître d’apprentissage, à condition que celui-ci suive des cours de pédagogie, car personne n’a d’expérience dans la formation des jeunes. Le maître d’apprentissage pourrait être l’entrepreneur lui-même dans le cas des micro entreprises, et un des employés dans le cas des entreprises moyennes.

La taille et le statut légal de l’entreprise ne détermine pas le niveau de qualification de l’entrepreneur comme des employés, ainsi, par exemple, une micro entreprise de menuiserie était composée de 2 personnes, toutes les deux ayant une formation technique. Par contre, le facteur déterminant est le secteur d’activité, les entrepreneurs du secteur industriel et de services techniques ont une formation technique, tandis que ceux des autres services n’ont souvent même pas terminé l’école secondaire. L’activité où l’on donne le moins de valeur à la formation, et par conséquent où la demande en qualification est la moindre, est la vente. C’est là que l’on trouve les entrepreneurs et les employés les moins qualifiés.

De l’opinion des entrepreneurs sur les avantages et inconvénients d’avoir des apprentis dans leur entreprise, il ressort que c’est dans le cas où l’entreprise aurait une surcharge de travail que l’entrepreneur est le plus intéressé par le système. Il est ainsi probable que l’apport productif de l’apprenti pour l’entreprise soit plus important que l’apport en formation de l’entreprise à l’apprenti. Ceci confirme notre deuxième sous-hypothèse. C’est la raison pour laquelle, il est absolument nécessaire de fixer au préalable les objectifs de formation que l’entreprise devra offrir à l’apprenti, ainsi que les principes qui régissent la formation duale. De même, il est indispensable de garantir le respect des conditions d’apprentissage par un suivi régulier.

Lire le mémoire complet ==> (La formation professionnelle duale comme alternative éducative pour les enfants péruviens qui travaillent )
Mémoire de licence
Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education