Profil socio-économique du réseau d’association BruSEL

By 9 July 2012

5. Profil socio-économique du réseau

Si on en revient aux études belges qui ont déjà été effectuées sur la question, on en retire les conclusions suivantes : C’est un public majoritairement féminin, de 30-60ans, avec 30% de bas revenus (moins de 1000 euros) et 5% de hauts revenus (plus de 1500 euros) ; le revenu moyen correspond à peu près à la moyenne nationale, qui oscille aux alentours de 1100 euros. Aux dires de Wanner, rares sont les SEL où les chômeurs sont en majorité. C’est peut-être le cas de BruSEL mais en l’absence d’un matériau statistique il nous est impossible d’émettre des propositions précises sur la question. Nous nous limiterons ici à quelques hypothèses qui pourraient être testées dans le cadre d’un travail quantitatif. Les propositions que nous présenterons dans cette partie de notre exposé sont fondées essentiellement sur des témoignages rapportés par les répondants.

5.1 Des intellectuels

BruSEL était au départ constitué d’une population assez homogène, des personnes socialement économiquement et culturellement favorisées, avec des idéaux politiques très à gauche ou à gauche de la gauche selon la propre expression de Dewit et De Waele. Les premiers adhérents étaient essentiellement issus d’un même cercle d’amis. Le réseau s’élargît rapidement : y entrèrent des amis d’amis, des amis d’amis d’amis et puis au fil du temps la population se diversifia. Elle se fit plus précaire, moins « intello » et parfois moins de gauche. L’association compte aujourd’hui 87 membres.

5.2. … et des précaires ?

Nous ne savons pas quelle proportion de la population bruselienne peut être mise sous la catégorie de « sans emploi » et encore moins sous celle de « précaire ». Selon Servet, cela oscille généralement entre 40 et 60% des membres. Selon Waarner, c’est tout au plus 30% de la population totale des SEL de Belgique qui est sans emploi. Selon les témoignages recueillis, cela concerne une portion importante de la population bruselienne.

Parmi nos 14 répondants, 8 sont sans emploi. Mais notre échantillon (de 14 personnes parmi 87) n’est probablement pas représentatif de la population totale. Il est probable que les bruseliens les mieux à même de nous accorder du temps fussent très précisément ceux qui ne possédaient pas d’activité au moment de la phase d’entretien. Cela amène un biais important qui nous empêche d’effectuer la moindre généralisation sur base des données du tableau ci-dessous.

Rép.

Sexe

Age

ancié

Blés

Contact

Services

Emploi

Domic.

Propos.

Reçus

1

17/4

Femme

47 ans

(074)

175

-825

Téléphone

Inform.

Maths

Dogsitting

Sans emploi

Ixelles

2

12/07

Femme

58 ans

(156)

-50

c clôturé

Courriel

Astrol.

Prom.

Cartes

Déménage-ment

Sans emploi

Schaerb.

3

12/07

Femme

48 ans

(078)

400

550

Courriel

Kinésiol.

Cartes

Sans emploi

Etterb.

4

15/07

Femme

34 ans

(080)

-3140

-3140

Courriel

Démén.

Déménage-ment

Etagères

Historienne sans emploi

St-Gilles

5

19/07

Homme

40 ans

(086)

6050

7900

Courriel

Etirem.

Démén.

Convecteur au Gaz

Artiste sans emploi

Brux.

6

23/07

Homme

53 ans

(171)

5760

5690

Courriel

Compta.

Taï-Chi

Navette

Couture

Coiffure

Dans l’import-export

Forest

7

28/07

Femme

62 ans

(196)

-1600

-1600

Téléphone

Ecoute

Tarot

Tapiss.

Démén.

Tapisserie

Infirmière pensionné, bénévole

W-St-L.

8

02/08

Homme

42 ans

(048)

3040

c clôturé

Courriel

C. de mus.

Trad.

I. voyages

Démén.

Coiffure

Travaux jardinage

Employé De musée

Floreffe

9

02/08

Homme

60 ans

(093)

0

Téléphone

Info soc.

Soudure

Déménage-ment

Ouvrier SNCB pensionné

Molenb.

10

03/08

Femme

65 ans

(115)

1000

1000

Téléphone

Conseils juridiques

Litt.+mus. 1/3 m.

/

Juriste pensionné

Brux.

11

03/08

Homme

54 ans

(007)

2300

2600

Courriel

Déménage-ment

Pedagogie

Histoire

Conseils

Services informa-tique

Professeur d’histoire

Auderg.

12

03/08

Homme

36 ans

(189)

19100

18600

Courriel

Dépannage informatique

Menuiserie

Informat. sans emploi

St-Gilles

13

03/08

Femme

29 ans

(126)

100

c clôturé

Courriel

Massage

Babysitting

Kiné sans emploi

Forest

14

03/08

Femme

65 ans

(162)

-1700

-1600

Téléphone

Sophrologue

Médiatrice

Sans emploi

W-St-L.

Sexe : 8 femmes et 6 hommes

Classes d’âge :
1 personne de moins de 31 ans
3 personnes entre 31 et 40 ans
4 personnes entre 41 et 50 ans
4 personnes entre 51 et 60 ans
3 personnes entre 61 et 70 ans

Profession : 8 sans emploi, 3 pensionnés, 3 actifs

5.3. … mais pas de désaffiliés :

La catégorie des « précaires » englobe celle des « désaffiliés » (cf. note de bas de page 41) mais ne s’y réduit aucunement. Dans les SEL, les désaffiliés ne correspondent ainsi qu’à une portion infime des 40-60% de précaires – comme nous l’explique bien Smaïn Laacher :
« La situation qui clôt de façon quasi irréversible le cycle des malheurs sociaux, que Robert Castel (1995) nomme la désaffiliation, n’est pas représentée dans les SEL. Les plus démunis sont accueillis par les associations caritatives et adhèrent très rarement aux SEL ».

Sans accompagnement social – nous dit J.-M. Servet – les personnes en complète désocialisation sont nécessairement exclues car la solidarité des SEL se constitue toujours sur base d’un minimum de liens de confiance.

6. Les rencontres

6.1. Bruseliennes

Les bruseliennes sont des fêtes tenues environ une fois tous les trois mois. Tous les membres y sont conviés : on y danse, on y mange et surtout on s’y présente ; c’est-à-dire que ces fêtes sont l’occasion de se faire connaître, expliquer ce qu’on fait, expliquer ce que l’on propose dans le SEL… Elles sont généralement plus appréciées que les AG, en ceci qu’elles sont plus conviviales, moins sérieuses et moins formelles.

Lorsqu’on s’y présente, on évite la question du travail. C’est un sujet de conversation assez peu porteur. Servet affirme que – dans ce type de systèmes composés d’une bonne part d’inactifs – « se définir par le travail n’a pas de sens, voire peut stigmatiser ». En revanche, la question qu’on se plaît à poser est « Qu’est ce que vous aimez ? ». Le plaisir qu’on prend importe davantage que le travail qu’on a.

6.2. A.G. (Assemblées Générales)

Tout membre a le droit d’y siéger et d’y participer au scrutin. Cependant, seul un tiers ou un quart des bruseliens y répond présent. Ces assemblées se réunissent cinq fois par an afin de discuter du devenir du réseau : on s’interroge sur le fonctionnement des équipes-système, la question de l’accessibilité du réseau, la question des membres inactifs etc. Ces discussions peuvent amener le groupe à voter en faveur d’un changement organisationnel. On discute également de questions plus administratives et routinières, lesquelles n’engagent pas un changement organisationnel : la publication des informations relatives à la vie de BruSEL, la mise en place de nouveaux services spéciaux etc.

Lire le mémoire complet ==> (Etude d’un système d’échange de services sans argent)
Mémoire présenté en vue de l’obtention du grade de licencié en sociologie
Université Catholique de Louvain – Département des sciences politiques et Sociales

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H. Wanner, op cit., p. 33

P. Delwit et J.-M. De Waele (dir.), op cit.

C’est Agnès Pitrou (Pitrou A., La vie précaire. Des familles face à leurs difficultés, Paris, Études CNAF, 1978) qui inaugure l’usage sociologique du mot « précarité », désignant par là la nouvelle pauvreté émergente au sein d’une société qui vise à stabiliser les emplois (J.-C., Barbier, « A Survey of the Use of the term Précarité in French Economics and Sociology », Document de travail du Centre d’Etudes et de l’Emploi, n°19, novembre 2002). Dans notre travail, nous nous accorderons sur la définition d’Akoun et Ansart : « l’idée de précarité s’applique aux populations assujetties à ces emplois atypiques, mais elle s’étend plus largement aux groupes touchés par les nouvelles formes du paupérisme, associant à la fois misère et désaffiliation. C’est alors à sa racine étymologique, « prière », qu’il faut rattacher l’usage du mot dans les médias ; comme si la vie elle-même était suspendue à un rapport de demande pour se perpétuer » (A. Akoun & P. Ansart, Dictionnaire de sociologie, Paris, Seuil, 1999, p. 417).

S. Laacher, « Economie informelle officielle et monnaie franche, l’exemple des systèmes d’échange locaux» in Ethnologie française, XXVIII, 1998, 2. L’Avatar, p. 252.

J.-M. Servet, op cit., p. 266

Id., p. 246