Profil professionnel des enfants et adolescents au travail

By 4 July 2012

III. Profil professionnel des enfants et adolescents au travail (NATs – Niños y adolescentes trabajadores)

1. Description

D’après la campagne de recensement et d’inscription de NATs développée par 12 Defensorías Municipales del Niño y del Adolescente (DEMUNA) dans les provinces de Trujillo, Virú et Ascope, le travail des enfants est regroupé comme suit : travail dépendant, travail familial, travail indépendant et travail des bonnes à tout faire.

Travail dépendant

Dans la province de Trujillo, la Direction du Ministère du Travail et de la Promotion Sociale a délivré, en 1995, 36 permis de travail pour des adolescents dont les plus demandés se trouvent dans le secteur des services : 7 pour le nettoyage et 4 comme caissier du transport urbain privé. Dès lors, le nombre des permis délivré a augmenté régulièrement toutefois ils restent bien inférieurs au nombre nécessaire, si l’on tient compte du haut indice de travail clandestin qui existe à Trujillo.

En effet, il existe un travail dépendant clandestin qui se développe en conditions d’exploitation où les NATs sont recrutés pour réduire les coûts de production des entreprises. Ainsi, par exemple, on estime à 3 000 les entreprises de confection de chaussures de El Porvenir (quartier urbano marginal de Trujillo) qui fonctionnent de manière irrégulière sans aucun contrôle du Ministère du Travail. Malgré cette réalité, le Ministère n’a pas de programme efficace de diffusion des droits des enfants et de la procédure d’autorisation de permis de travail pour les NATs. De plus, le Ministère ne s’occupe que de délivrer le permis sans se préoccuper de réaliser des inspections systématiques.

Travail non rémunéré dans le cadre familial

Ici, l’on retrouve la grande majorité de NATs qui travaillent au Pérou, cependant l’information à cet égard ne garde pas de relation avec sa dimension.

Bien que le travail dans le cadre familial favorise le développement de qualifications et facilite les tâches domestiques et de production des parents, maintes fois il s’avère nuisible pour le développement général de l’enfant. Un exemple est la production artisanale de briques (quartier de Moche), la collecte d’ordures (assainissement de El Milagro) ou le tamisage de sable (carrière de Bello Horizonte et Huanchaco). Les propriétaires ou intermédiaires de ces endroits embauchent des adultes qui sont accompagnés par leurs enfants.

Le travail indépendant

Les principaux travaux réalisés par les NATs pour compte propre à Trujillo sont les suivants : porteur dans les marchés ou au terminal maritime, vendeur ambulant (bonbons, journaux ou autres produits), cireur de chaussures, porteur d’eau dans les cimetières, ramasseur de balles au Country Club.

Selon le Code des enfants et adolescents, les municipalités des districts et provinces sont les organismes chargés de délivrer des autorisations de travail aux NATs qui désirent travailler à leur propre compte. Les DEMUNAs possèdent un Registre de NATs qui travaillent à leur compte mais leur action reste très limitée car, de même que le Ministère du Travail, elles ne font pas de campagnes de diffusion des droits des enfants et des procédures d’inscription aux DEMUNAs.

Les bonnes à tout faire

Cette modalité de travail est essentiellement féminine et difficile à protéger face à l’autoritarisme et les abus des adultes. L’information recueillie n’a aucune relation avec la dimension réelle du secteur, nous n’allons pas tenter de la préciser ici.

2. Aproximation statistique

La distribution des NATs dans les DEMUNAs étudiées sur un échantillon de 925 personnes est de : 65% d’adolescents et 34% d’enfants dont 70% de garçons et 30% de filles.

Le travail des enfants dans la rue et les entreprises est majoritairement réalisé par les garçons. Cela s’explique par le fait que l’espace de socialisation des garçons est plus large que celui de la fille. Cette situation reflète le préjugé que la fille est plus utile pour les tâches domestiques et que le garçon peut travailler dans la rue ou dans une entreprise et ainsi apprendre à gagner sa vie. Ainsi, dès très tôt se profile une différentiation des rôles sociaux entre les garçons et les filles, processus qui commence dans l’enfance, se renforce dans l’adolescence et se consolide à l’âge adulte.

Graphique N°1 : Activités professionnelles des NATs
Activités professionnelles des NATs

NB : Dans la rubrique Autres sont classées les activités de vendeurs de glaces, porteurs d’eau au cimetières, pyrotechniques, maçons, aides de mécanicien, cireurs de chaussures, etc.

Il faut indiquer que l’activité professionnelle des NATs dans chaque quartier, est déterminée par les caractéristiques de la zone : présence d’un centre commercial, marché, foire, club, institution, culture, carrières, etc.

Des 925 NATs enregistrés dans les DEMUNAs en question, 33% travaillent principalement les matins et 30% l’après-midi, dans les deux cas les garçons sont les plus nombreux. Cela veut dire que la grande majorité de NATs travaille une demi journée, soit le matin soit l’après-midi ; pendant l’autre demi journée, ils vont à l’école. Les horaires de travail diffèrent selon le sexe.

Graphique N°2 : Horaires de travail des NATs selon le sexe
Horaires de travail des NATs selon le sexe

Précisons que le système scolaire publique au Pérou divise les enfants entre ceux qui vont à l’école le matin, et ceux qui y vont l’après-midi, car la journée scolaire n’est que d’une demi-journée. De fait, les meilleurs élèves fréquentent l’école le matin et les plus faibles, l’après-midi. Ceci contribue à la différenciation des horaires de travail par le sexe. Les filles travaillent principalement les matins tandis que les garçons le font l’après-midi. Mais d’autre part, 66% des filles peuvent réaliser leur travail en une demi-journée (41% le matin et 25% l’après-midi), cela signifie que les filles ont plus d’opportunité d’assister à la classe. Toutefois, il ne faut pas oublier que les filles ont souvent de plus longues journées de travail puisque, dans la plupart des cas, elles aident leurs mères à la maison en réalisant des travaux domestiques non rémunérés.

Graphique N°3 : Difficultés rencontrées au travail
Difficultés rencontrées au travail

Graphique N° 4 : Utilisation du revenu des NATs
Utilisation du revenu des NATs

La précarité du revenu et le manque de ressources sont les principaux problèmes identifiés par les NATs, 35% et 22% respectivement (voir graphique n° 3). Le manque de ressources veut dire de capital dans le secteur consacré à la vente. Le niveau de revenu des NATs qui travaillent à leur propre compte atteint une moyenne de 6 nouveaux Soles par jour, et s’il s’agit d’une bonne journée peut arriver jusqu’à 10 Soles. Mais s’il s’agit d’une mauvaise journée, leur revenu baisse à environ 3 Soles. Ainsi, le meilleur mois, ils perçoivent un revenu de 300 Soles tandis que pour un mauvais il est de 90 Soles. La moyenne du mois est donc d’environ 180 nouveaux Soles.

D’après le graphique n° 4, 70% des NATs sondés donnent ce qu’ils ont gagné à leurs mères et 23 % en disposent eux mêmes. Seulement 1% donnent leurs gains à leurs pères. Cela reflète l’abandon et la méfiance des NATs à l’égard des pères; en général, ils ne comptent que sur leurs mères.

Graphique N°5 : Dépenses principales des NATs
Dépenses principales des NATs

Quant aux dépenses, 58% des gains des NATs sont destinés à contribuer à l’alimentation familiale et 12 % aux frais de l’école. Du reste, ils consacrent 10% à l’achat de marchandise ou d’un autre investissement pour continuer leur travail et environ 13% à l’habillement, les loisirs et autres. Les dépenses en santé n’atteignent que 1% de leurs gains.

Graphique N°6 : Difficultés rencontrées à l’école
Difficultés rencontrées à l’école

Graphique N°7 : Motifs de désertion scolaire
Motifs de désertion scolaire

A Trujillo, 74% des NATS suivent la scolarisation obligatoire : 60% assistent à l’école le matin, 32% l’après-midi et 7% le soir. 57% de NATs se trouvent au niveau primaire et 42% au niveau secondaire. Ces chiffres mettent en évidence qu’il existe un pourcentage élevé d’adolescents qui se trouvent encore au niveau primaire même s’ils devraient être déjà au niveau secondaire. En effet, le système de sélection scolaire du Pérou est basé sur le redoublement, qui conduit à des situations où dans une même classe des enfants d’âges très différents se retrouvent, car les plus faibles accumulent année après année un retard de niveau.

La désertion scolaire complète est de 26 %, dont 39% pour les filles et 61% pour les garçons, ce qui reflète la constatation déjà faite que les garçons ont plus de possibilités de travailler à plein temps, et donc davantage de raisons d’abandonner complètement l’école.

La principale difficulté qu’affrontent les NATs qui fréquentent l’école est le manque de ressources économiques. Ainsi, 35% d’entre eux manque de matériel scolaire, 30% arrive en retard et 17% n’arrive pas du tout à suivre le niveau des cours (voir graphique n° 6). Ces deux dernières difficultés sont en relation directe avec les effets du travail sur les enfants : manque de temps et fatigue à cause de l’activité professionnelle.

En général, on identifie le travail comme la cause déterminante de la désertion scolaire. Toutefois, les enquêtes menées auprès des NATs montrent que c’est principalement le manque de ressources économiques qui les force à travailler et est à l’origine de la désertion scolaire (voir graphique n° 7). Ainsi, les NATs affrontent des difficultés économiques non seulement pour leur subsistance mais il s’agit aussi du motif principal qui les pousse à abandonner l’école.

A ceci s’ajoute que 19% des NATs enquêtés manifestent leur préférence pour le travail. Cela démontre que l’Ecole ne sait pas retenir ses élèves, en partie car le système éducatif est complètement inadapté aux besoins et aspirations des NATs.

IV. Conclusions

La province de Trujillo présente les mêmes caractéristiques géographiques, démographiques et socio-économiques que celles du contexte péruvien en général. De ce fait, elle souffre des mêmes problèmes : la géographie provoque une inégalité de développement socio-économique entre la sierra et la selva, qui conduit à la concentration des activités productives et administratives le long de la côte. Ceci est la cause de forts mouvements migratoires vers la capitale de la province, où la population à revenus faibles se concentre dans de vastes secteurs urbains marginaux.

Il existe une grande inadéquation entre l’offre et la demande de qualification professionnelle, qui se traduit par un fort taux de sous-emploi (surtout au niveau du revenu et de l’inadaptation de la qualification). L’activité économique se concentre dans les secteurs des services et du commerce, qui conditionne à son tour un développement industriel mineur. La production industrielle, basée sur les activités de petites et moyennes entreprises travaillant généralement dans le secteur informel, présente des déficiences de qualité dues au faible niveau de développement technique des PMEs et au manque de connaissances en techniques de production et de gestion; carences liés, en grande partie, aux défaillances de l’offre éducative. C’est la raison pour laquelle cette production n’est pas exportable.

Au niveau de l’éducation, Trujillo présente un taux d’abandon scolaire élevé, comme le reste du pays, avec les valeurs les plus élevées dans les zones marginales urbaines. Le niveau d’instruction atteint par la population est le plus souvent celui de l’école primaire, suivi de l’école secondaire. La formation technique et professionnelle présente de grandes déficiences au niveau organisationnel, et attire un très faible nombre d’élèves.

Quant aux enfants qui travaillent, il n’existe pas de chiffres officiels sur ceux-ci, qu’il s’agisse de travail volontaire ou d’exploitation. Les plus visibles sont les enfants qui travaillent dans les rues, cependant, une grande partie travaille de manière invisible dans les petites et moyennes entreprises informelles qui prolifèrent dans la région. Bien qu’un grand nombre d’enfants qui travaillent fréquente aussi l’école, une grande partie d’entre eux, principalement les garçons, abandonnent leur scolarité, d’abord à cause du manque de ressources économiques de leur famille, puis de leur propre choix après une situation d’échec scolaire. Pour ce dernier groupe, l’école n’a pas su répondre à leurs aspirations et besoins en tant qu’enfants travailleurs.

Lire le mémoire complet ==> (La formation professionnelle duale comme alternative éducative pour les enfants péruviens qui travaillent )
Mémoire de licence
Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education