L’offre et la demande dans le système d’échange local BruSEL

By 9 July 2012

“… BruSEL est un Système d’Echange Local dont l’objet est de permettre un échange de services entre ses membres sur une base égalitaire dégagée de considérations financières, et de contribuer par là au renforcement d’un tissu social local qui ne reproduit ni les rapports sociaux ni la hiérarchie des qualifications …”

7. Les échanges
7.1. L’offre

Nous développerons ici dans un premier temps le fonctionnement des services (a) au système et (b) aux personnes. Nous verrons dans un second temps que certaines propositions particulières de services aux personnes peuvent éventuellement être critiquées voir rejetées (cf. infra), d’autres peuvent poser problème quand à leur rétribution.

0 SEL (propositions d’offre / type de service)

001 Services pour le compte du SEL

051 Services rendus aux associations

052 Anciens soldes

1 Aide administrative, sociale et juridique 41/19

101 Écoute – accompagnement 13/7

102 Aide administrative 23/6

103 Aide juridique 2/2

104 Informations 3/4

2 Maison et habitat 54/33

201 Gros œuvre 0/1

202 Plomberie 2/1

203 Électricité 3/2

204 Vitres 0/1

205 Bois 3/4

206 Petits travaux 7/5

207 Aménagement intérieur et décoration 7/7

208 Plantes, fleurs et jardins 10/7

209 Déménagement 13/2

210 Home-sitting 9/3

3 Vie quotidienne 69/35

301 informatique 17/12

302 Baby-sitting 15/3

303 Hi-fi – autoradio – électroménager 2/2

304 Travaux ménagers 3/3

305 Couture 4/3

306 Animaux 11/5

307 Courses – transports – mailings 17/7

4 Cours – Langues 101/88

401 Langues : Français 2/1

402 Langues : traductions & interprétariat 18/12

403 Cours de langues  8/6

404 Langues conversations 12/8

405 Aide scolaire de niveau primaire 5/3

406 Aide scolaire de niveau secondaire 10/7

407 Aide scolaire de niveau supérieur 5/7

408 Art, artisanat, jeux, loisirs, savoir-faire 23/20

409 Cours informatique 6/12

410 Musique – chant 8/8

411 Cuisine – alimentation 4/4

5 Loisirs 68/59

501 Fêtes – événements – animations 9/8

502 Artisanat 7/7

503 Art et littérature 12/7

504 Théâtre et danse 1/2

505 Audiovisuel, photo, cinéma, vidéo 5/5

506 Musique, chant 8/6

507 Sports et activités de plein air 8/7

508 Illustration, dessin, peinture, graphisme 6/5

509 Visites 6/6

510 Vacances et voyages 6/6

6 Soins 43/38

601 Soins du corps 14/12

602 Soins des cheveux 7/3

603 Soins de l’esprit 20/20

604 Parentalité – maternité 1/2

605 Look et style 1/1

7 Gastronomie – Alimentation 35/31

701 Cuisine 14/10

702 Spécialités salées 12/11

703 Spécialités sucrées 9/10

8 Relations publiques 1/1

801 Relations publiques, contact presse 1/1

a. Les services au système

Au moment de l’inscription, chaque membre de BruSEL est appelé à proposer au moins un service au système. La question de la rétribution de tels services est délicate :
1) ces services doivent-ils être associés à une activité bénévole ?
2) doivent-ils être rémunérés en euros ?
3) doivent-ils être rémunérés en blés ?

BruSEL a opté pour la troisième solution. Cela laissait le choix entre (1) taxer les échanges afin de rémunérer les services au système et (2) établir un puits sans fond, c’est-à-dire, instaurer un mode de rémunération des services au système à partir de grains créés ex nihilo. On invoqua comme objection à ce principe que – en autorisant à créditer les comptes sans qu’une richesse soit créée en contrepartie – il introduirait un déséquilibre dans le système.

Mais – selon le SEL Mode d’emploi – on peut aisément révoquer cette critique :
(1) c’est un système qui – dans les faits – ne fragilise pas le fonctionnement des SEL.
(2) le travail pour son bon fonctionnement implique bien une création de richesse dont tous les membres sont bénéficiaires. Le SEL peut donc être vu comme un compte ordinaire (membre 1), à ceci près qu’il ne peut pas être crédité de la moindre minute. C’est cette option du puits sans fonds que les bruseliens ont choisi.

b. Les services aux personnes

On retrouve dans la liste qui figure à la page précédente 412 services proposés par 87 membres, soit 4,73 services par membre. Ces 412 propositions individuelles de services renvoient à 304 types d’offres regroupés en 8 catégories. La catégorie qui regroupe le plus grand nombre d’offres est « cours-langues » (88), mais les offres les plus souvent proposées ne sont pas celles qui sont les plus prisées (cf. infra).

Certains services aux personnes sont suspectés de menacer le SEL ou d’aller à l’encontre de l’esprit du SEL. Dans certains cas, ils peuvent y être sévèrement critiqués, voir même en être écartés :

i. Les activités dangereuses : la crainte des conséquences d’un éventuel accident de travail est grande parmi les selistes, car BruSEL (tout comme la grande majorité des SEL) ne couvre pas les activités qu’elle coordonne. C’est donc aux assurances familiales de jouer en cas d’accident. Pour éviter de s’attirer des ennuis, on dissuade généralement les membres d’offrir des services qui requièrent que des risques importants soient pris (comme la « réparation de toiture » par exemple).

Art. 14. Les membres sont individuellement responsables pour leurs propres obligations légales, notamment en matière d’assurance. Le BruSEL n’a aucune responsabilité dans l’éventuel non-respect par les membres de ces obligations et décline toute responsabilité en cas d’accident. Les membres sont dès lors invités à prendre les dispositions nécessaires, particulièrement en matière de responsabilité civile.

ii. Les demandes d’affection maquillées en services : elles sont critiquées par certains membres (cf. p.i. 5 et 10). « Je sentais que parfois, derrière la demande service, il y avait une demande de contacts humains ; parfois j’ai refusé parce que je m’sentais pas trop l’envie de (…) jouer un rôle qui me convenait pas ; c’est-à-dire d’être une oreille » [5.242]. La p.i. 12 critique « les propositions de services qui sont des demandes cachées du genre accompagnement dans des promenades : alors bon quoi, on essaye de rendre service à des personnes seules ou alors on se sent seul et on (rire) veut quelqu’un pour se balader » [11.546].

iii. Les services qui servent d’excuse à un prosélytisme : ils posent problème [1.1159, 2.758, 11.555] mais il semble que personne n’ait envie de les exclure du bottin : il est difficile de présenter le prosélytisme comme un motif d’exclusion, le SEL étant lui-même porteur d’une charge politico-idéologique importante.

« (…) et puis on a eu beaucoup de gens qui proposaient des trucs parapsychologiques et cetera, alors, très vite, les fondateurs se sont rendu compte qu’il y avait un problème parce que bon c’était des gens qui étaient un peu prosélytes comme ça, d’une philosophie particulière, bien souvent indienne et donc évidemment ces gens avaient autant leur place dans le SEL que nous, à condition qu’ils rendent vraiment des services quoi » [11.555].

On a accepté une fois des personnes qui ont fait du chan-ding, euh, je sais pas exactement ce que c’était mais ça paraissait aussi vraiment très ésotérique et très limite. Mais pourquoi pas… ouais, à la limite, la limitation se fera, ‘fin si les choses n’ont pas trop évolué, moi j’aimais bien l’esprit de départ, c’est vraiment d’avoir le moins de coercition, de règles, de censure au départ, et puis voir après l’auto-régulation qu’est-ce qui se passe » [1.1159].

En 1997, les services de « soins de l’esprit » de BruSEL ont commencé à prendre une place jugée démesurée au sein du réseau. « Ce point a été soulevé en Assemblée Générale comme risque de ‘puérilisation’ du système. Le réseau –désireux de garantir son indépendance idéologique- refuse toute forme de prosélytisme et se méfie des mouvements ‘New Age’ qui pourraient profiter de l’opportunité pour y développer leurs activités ».

iv. Les services de type domestique (ou les services de soin) de longue durée : Idéalement, les rapports de type domestique sont absents du SEL : « il n’y a pas des tâches nobles et des tâches subalternes, de moindre valeur » [6.35]. Les distinctions de ce type sont totalement exclues de fait même que – selon l’article 5 de la charte – « une heure égale une heure ». L’article premier de la charte traduit bien ce refus de toute hiérarchisation des tâches et des qualifications :

art. 1 « Le BruSEL est un Système d’Echange Local dont l’objet est de permettre un échange de services entre ses membres sur une base égalitaire dégagée de considérations financières, et de contribuer par là au renforcement d’un tissu social local qui ne reproduit ni les rapports sociaux ni la hiérarchie des qualifications tels qu’ils existent sur le marché du travail ».

(…)

art. 5. Une heure de travail humain est égale à une heure de travail humain. Cette égalité est la base de toute transaction. Une heure de travail humain vaut cent BLEs (Bon Local d’Echange).

7.2. La Demande

Les services les plus souvent prestés

Les p.i. s’accordent en général sur le fait qu’il est important de « rencontrer la demande », de rencontrer les vraies demandes des gens. Les services les plus souvent prestés sont les suivants : informatique, offres pour le compte SEL, courses, transports, mailings, soins du corps, soins de l’esprit, déménagements.

Année 2005
En Juin. En Oct.
Informatique 39 53
Offre pour le compte du SEL 35 47
Courses, transports, mailing 24 30
Soins du corps 8 11
Aide scolaire au niveau primaire 4 10
Soins des cheveux 4 8
Déménagement 5 7
Soins de l’esprit 6 6
Informations (aide administrative, sociale et juridique) 4 4
Audiovisuel (vidéo, cinéma…) 4 4
Fêtes, évènements, animations 2 3
Babysitting 3 3
Aide cuisine 2 3
Travaux ménagers 2 2
Couture 2 2
Travaux sur bois 2 2
Petits travaux 1 1
Cours de langues 1 1
Interprétation, traduction 1 1
Cours de cuisine 1 1
Artisanat 1 1
Illustration, dessein, peinture, graphisme 1 1
Aide administrative 0 1
Home-sitting 0 1
Aménagement intérieur et décoration 0 1
Total des services prestés 152 204
Services par membre 1,74 2,34

(Source : Statistiques de BruSEL in www.brusel.be)

En résumé, les services les plus souvent prestés sont les services informatiques (53) et les services de transports et de communication (47). Viennent ensuite les services de soins (28), les services d’apprentissage (12), les travaux de création (8) et enfin les travaux d’entretien (3).

Lire le mémoire complet ==> (Etude d’un système d’échange de services sans argent)
Mémoire présenté en vue de l’obtention du grade de licencié en sociologie
Université Catholique de Louvain – Département des sciences politiques et Sociales

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Les trois situations suivantes posent problème au niveau de la rétribution du service :

Les services qui demandent peu d’attention et beaucoup de temps : des services comme le dogsitting nécessitent une révision du principe « une heure égale cent blés ». C’est au gré à gré : on pourra dire une heure égale cinquante, trente-trois ou vingt-cinq blés.

Les services offerts à plusieurs personnes : il a été décidé en AG que chaque fois que x heure(s) de service sont offertes à plusieurs personnes, chacun des n destinataires créditera le donataire de x/n heures.

Les services pénibles : c’est au gré à gré, et il est toujours possible pour un membre de rétribuer un autre membre mieux ce que prévoit le barème « une heure égale cent blés ».

« SEL, Mode d’emploi », op cit., p. 15

V. Gillet, op cit., p. 33