Les organisations défendant les droits des enfants au travail

By 11 July 2012

II. Les organisations défendant les droits des enfants

1. Le CAEF

Le Centre d’adaptation et d’éducation familiale (CAEF) est une ONG (trujillana) qui accueille de manière institutionnalisée des enfants travailleurs de 6 à 14 ans, qui se trouvent en situation d’abandon ou d’exploitation. La plupart des enfants du CAEF ont travaillé dans la vente ambulatoire, la construction et le service domestique. L’initiation des enfants au travail s’est effectuée au travers d’autres enfants, d’un membre de la famille ou de l’employeur.

Selon la directrice du CAEF, la loi concernant le travail des enfants est actuellement très sévère; l’objectif pour 2006 est l’éradication du travail infantile. Tous les programmes d’aide aux enfants ont été informés de cet objectif et sont en train de modifier leur plans d’actions car la nouvelle loi n’accepte dans aucun cas le travail des enfants de moins de 12 ans.

D’après la directrice, il existe au Pérou deux tendances : celle de l’UNICEF qui tient à éradiquer le travail des enfants et, celle de MANTHOC qui défend le droit au travail des enfants dans certains contextes socioéconomiques et socioculturels. La position de l’UNICEF prime à cause du pouvoir économique de cette institution. Toutefois, MANTHOC travaillant auparavant avec la police et un secteur du gouvernement a aussi une position forte.

Quant aux actions des ces deux organisations, MANTHOC, dit-elle, essaie d’offrir aux enfants des travaux alternatifs pour les faire sortir des travaux difficiles, tandis que l’INABIF donne un T-shirt ou un tablier pour distinguer les enfants participant au programme et éviter ainsi qu’ils soient exploités : « cependant aucun des deux programmes ne fonctionne en fin de compte ».

D’autre part, le gouvernement propose que les enfants ne travaillent pas, mais il n’y a rien derrière cette proposition, il n’y a aucune disposition pour améliorer la situation qui provoque l’entrée des enfants au travail. Le gouvernement est en train d’édicter des lois comme si les enfants étaient des délinquants, il n’offre pas d’alternatives. La loi fixe des délais pour retirer les enfants du travail et, à partir de là, ils sont arrêtés et incarcérés; il n’existe pas d’institutions d’accueil ni de programmes officiels pour aider ces enfants :
– « En fait, l’État élabore les politiques sociales sans payer les services nécessaires à celles-ci ».

De plus, les ONGs sont appelées à collaborer et à présenter des propositions mais, après, il n’y a pas de réponse de la part du gouvernement. L’UNICEF fait beaucoup de recherches mais :
– « dans l’échelle des valeurs des politiciens et du grand public, les enfants n’ont aucun échelon ».

Pour la directrice, on ne peut créer une structure ni des plans d’action en commun car le problème du travail des enfants est très commercialisé, les institutions ne veulent pas établir des accords et restent très fermées par crainte de perdre leur financement. Ce problème se présente même au niveau des programmes officiels :
– « Les assistantes sociales, par exemple, n’ont pas d’intérêt à ne pas voir travailler les enfants car, si elles perdent les enfants à leur charge, elles ne seront pas payées. Le système oblige à fausser les informations ».

En outre, malgré le fait que toutes les institutions travaillant pour les enfants ou le bien-être social sont censées informer l’organisme central du PROMUDEH de leurs activités, aucune ne le fait.

Pour la directrice, les enfants qui travaillent se rencontrent dans les zones urbano-marginales où se développe la sous-culture : des familles migrantes en arrivant à la côte, l’homme est alcoolique et la femme doit assumer toute la charge familiale, les tensions qui en résultent se répercutent sur les enfants. Dans cette situation, le travail est d’abord perçu pour les enfants comme une façon d’aider la famille qui est dans le besoin, et plus tard comme une façon de se libérer :
– « Les enfants qui travaillent ne sont plus comme ceux des décennies précédentes qui cherchaient à se procurer des ressources financières pour continuer leurs études, certains arrivant même à réussir dans la vie. Actuellement, ils sont plus rebelles, ces enfants ne pensent pas à l’avenir, ils vivent l’immédiat et, de ce fait, ils ne se rendent pas compte de l’importance de la formation. De plus, pour leurs parents l’école n’a aucune valeur ».

Quant à la formation professionnelle, la directrice affirme qu’il faut d’abord créer un marché pour que la formation soit utile; les institutions forment à des métiers que les enfants n’exercent pas plus tard. Dans le cas du CAEF, le programme ne dispose pas de ressources financières suffisantes pour offrir des ateliers de formation professionnelle. Pour cette raison, on essaie de travailler en réseau avec des institutions formatrices comme SENATI et PROJOVEN.

En ce qui concerne la formation en apprentissage, la directrice déclare ne pas être d’accord avec une telle idée car elle considère que les enfants ne doivent en aucun cas travailler. D’après son expérience, dit-elle, les enfants commencent à travailler dans le but de contribuer aux frais familiaux mais ensuite, cet objectif est détourné par les mauvaises fréquentations rencontrées dans la rue, et les enfants utilisent leurs gains pour les jeux électroniques, dans les meilleurs des cas, et pour consommer de la drogue dans le pire.

2. MANTHOC (Movimiento de Adolescentes y de Niños Trabajadores, Hijos de Obreros Cristianos)

Manthoc, fondé à Lima en 1976 par quelques adolescents provenant tous du mouvement catholique international JOC (Juventud Obrera Cristiana), est un programme affilié au MIDADEN (Movimiento International de Apostolado de Niños). L’objectif des fondateurs était de promouvoir la représentation des enfants par eux-mêmes et la défense de leurs droits, ainsi que de doter les jeunes travailleurs d’une tribune pour la lutte en faveur de l’amélioration des conditions de leur emploi.

Fondé initialement pour résoudre les problèmes de ses membres, Manthoc est bientôt devenu un mouvement représentant les enfants travailleurs en général (Bequele et Boyden, 1990, pp. 353-359). De ce fait, au lieu de limiter son action aux bidonvilles où elle avait débuté, le mouvement organisa des réunions et des voyages en camping pour essayer de rassembler des enfants de toutes les villes. Ainsi, il existe des organisations d’enfants dans plusieurs villes du Pérou, cependant à Trujillo, après quelques années de fonctionnement, le groupe s’est dissout, lors du départ de la coordinatrice locale.

En théorie, Manthoc représente et accueille des enfants de tous les corps de métiers, qu’ils soient ruraux ou urbains, dans l’agriculture ou l’industrie, le commerce ou les services. En pratique, la plupart des enfants du mouvement font des petits métiers de la rue. Dans sa structure actuelle, il englobe un certain nombre de groupes semi autonomes qui établissent chacun leurs priorités et leurs programmes d’action pour agir au sein de leurs communautés respectives. Le nombre de membres des groupes locaux varie de 8 à 20 enfants.

Tous les groupes sont représentés par des délégués élus à un comité central coordinateur. Ce comité est la plus haute instance de décision. Il faut souligner que si le mouvement est entièrement constitué par des enfants autonomes, ces derniers sont en permanence conseillés par un petit groupe d’adolescents bénévoles (parmi lesquels se trouvent certains des membres fondateurs de Manthoc). Les groupes se réunissent toutes les semaines au sein de leurs communautés respectives et leurs délégués assistent aux réunions mensuelles et annuelles du comité de coordination centrale à Lima. Dans ces réunions, les enfants sont encouragés à exprimer leurs sentiments et leurs appréhensions, et, à évaluer l’impact du mouvement sur leur vie des enfants travailleurs et l’efficacité du bénévolat au niveau de la communauté.

La structure du mouvement repose sur le principe que les enfants travailleurs sont capables d’élaborer, d’adapter et de diriger leurs propres projets, avec un minimum de participation des adultes. De plus, on pense que les enfants apprennent plus en faisant les choses par eux-mêmes qu’en recevant un enseignement. Manthoc est donc censé créer un milieu dans lequel les enfants peuvent évoluer non seulement en tant qu’éducateurs, mais aussi en tant qu’agents du changement. Le mouvement se renforce progressivement à mesure que ses anciens membres se joignent à l’équipe des adolescents bénévoles. À l’avenir, ce mouvement espère produire ses propres professionnels (enseignants, médecins, etc.) qui auront, pense-t-il, une compréhension particulièrement fine des besoins et des attentes des jeunes travailleurs.

Pour aider les enfants qui travaillent dans la rue, MANTHOC offre des travaux alternatifs rémunérés dans des ateliers d’élaboration des cartes de vœux, de travail en cire, d’articles brodés et tissés à la main; elle compte aussi une boulangerie, une pâtisserie. Les travaux proposés aux enfants dépendent de l’âge de ceux-ci. Une de conditions pour participer à ces ateliers est d’aller régulièrement à l’école; lorsqu’un enfant présente de mauvais résultats scolaires, il est retiré du travail jusqu’à qu’il rattrape son retard.

En tant que mouvement, MANTHOC a obtenu des résultats positifs lors de certaines initiatives locales, comme la prise en charge de la municipalité du ramassage d’ordures et la fumigation de la ville lors d’une invasion de moustiques. Il a aussi créé la première école productive comme alternative éducative pour les enfants qui ont besoin de travailler (vu dans le quatrième chapitre de la première partie de ce travail). Concernant la nouvelle loi sur le travail des enfants, le mouvement organise régulièrement des manifestations pacifiques. Selon une des coordinatrices nationales du mouvement, c’est la seule façon dont ils disposent pour faire écouter la voix des enfants travailleurs. Les représentants de certaines organisations internationales comme l’OIT ou l’UNICEF, par exemple, visitent le programme mais en tant qu’observateurs; d’après la coordinatrice, ceux-ci ne peuvent pas les appuyer d’une manière plus directe car cela serait aller à l’encontre des principes de leurs institutions. Quant aux institutions locales, le dialogue ne s’établit pas à cause de leur refus catégorique des propositions du mouvement.

Il faut souligner que MANTHOC est un des premiers mouvements défendant le droit au travail des enfants; leur exemple a été copié par les enfants d’autres pays (Bequele et Boyden, 1990). A l’heure actuelle, il existe des mouvements nationaux reconnus qui organisent régulièrement des rencontres internationales. Le résultat de ces rencontres est la déclaration de Kundapur où les enfants travailleurs de divers continents ont manifesté leurs revendications; parmi elles, le droit à l’éducation et au travail.

Lire le mémoire complet ==> (La formation professionnelle duale comme alternative éducative pour les enfants péruviens qui travaillent )
Mémoire de licence
Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education