Le SEL, système d’échange égalitaire et solidaire

By 7 July 2012

Précisions méthodologiques

1. Question de départ

Notre question de départ est la suivante : Le BruSEL, en tant que système d’échange égalitaire et solidaire, peut-il être entendu comme porteur d’un véritable projet politique de contestation du modèle d’échange dominant ou faut-il s’en tenir à y voir un moyen pragmatique visant à recréer des liens sociaux à l’échelle locale afin d’y améliorer le quotidien des membres ? Cette question offre l’avantage de partir non pas des hypothèses a priori du chercheur mais de la définition que les fondateurs de BruSEL ont donnée de leur propre projet. Nous nous référons ici à l’art. 1 de la Charte, qui dit ceci : « Le BruSEL est un système d’échange local dont l’objet est de permettre un échange de services entre ses membres sur une base égalitaire dégagée des considérations financières, et de contribuer par là au renforcement d’un tissu social local qui ne reproduit ni les rapports sociaux ni la hiérarchie des qualifications tels qu’ils existent sur le marché du travail » (cf. Annexes).

Le BruSEL se définit donc essentiellement de la façon suivante : (1) Un système qui vise la mise en circulation de services entre ses membres. On verra qu’un tel système d’échange est supposé offrir des opportunités de satisfaire des besoins pratiques et relationnels qui autrement ne seraient probablement pas satisfaits. (2) Il est défini comme un projet politique émancipatoire, égalitariste et solidaire : c’est-à-dire que par-delà la satisfaction des besoins individuels, ce qui semble être recherché c’est une nouvelle définition des rapports sociaux. C’est ce que nous entendons quand nous disons du SEL qu’il a une visée non seulement pragmatique mais aussi politique. L’absence d’argent et l’absence de hiérarchie des qualifications sont non seulement les conditions de l’échange, mais aussi les fondements d’une forme bien spécifique de ‘vivre ensemble’.

2. Cadre conceptuel :

Le cadre conceptuel est une « version momentanée de la carte du territoire exploré par le chercheur ». Elle pourra évoluer tout au long du travail de terrain. Le but est ici simplement d’aider à la structure de l’ensemble en construction.

Le SEL, système d’échange égalitaire et solidaire

3. Les questions de recherche

Dans cette étape, nous avons regroupé les questions susceptibles de nous éclairer sur ce que nous voulons savoir en priorité : soit la question de l’utilisation concrète du système par les membres et les motivations qui sous-tendent leurs actions dans le SEL. Nous avons privilégié la « recherche descriptive et exploratoire ».

– Les motivations de l’acteur- L’auto-définition des aptitudes de l’acteur

– Satisfaction

– Utilité du système pour l’acteur

– Gestion de conflits

– Connaissance qu’a l’acteur des principes de justice du système

– Définition par l’acteur des objectifs du système

– Définition par l’acteur des relations entre membres

1. Les motivationsTe souviens-tu de la première fois où tu as entendu parler du système SEL ?

Qu’est-ce qui t’a intéressé dans ce principe ?

Il y a-t-il un aspect qui t’a semblé moins intéressant, qui t’a déplu ?

1.4. Comment en es-tu venu à devenir membre ?

2. Les savoirs et savoir-faire

2.1. Quels services as-tu mis sur ta feuille d’inscription ?

2.2. Pourquoi avoir opté pour ces services-là ?

2.3. Ont-ils quelque chose à voir avec ta formation ou ton activité professionnelle ?

Qu’est-ce que tu apprécies dans le fait de pouvoir rendre ces services-là ?

3. L’offre, l’accès aux services

3.1. Quels sont les services auxquels tu as eu recours ?

Comment se sont-ils passés ?

Qu’est-ce qui arrive quand un membre est insatisfait d’un service rendu ?

Confiance

Est-ce que tu as déjà eu connaissance d’un cas de membre qui quitte le SEL sans avoir régularisé son compte ?

Il y a déjà eu des conflits entre membres ? Comment ces conflits se dénouent-ils ?

Orientation politico-idéologique

C’est quoi pour toi « l’Esprit de SEL » ?

Qu’est ce qu’il y a de différent entre les principes des SEL (comme BruSEL) et ceux du système d’échange dominant ?

Tu vois le projet des SEL comme un complément ou comme une alternative au système d’échange dominant ? Tu peux développer ? Tu penses que les autres membres pensent de même ?

Selon toi quelle est/doit être l’ambition de BruSEL ?

5. Sociabilités

5.1. Vois-tu parfois des selistes de BruSEL en dehors des échanges ?

5.2. Pour toi, quelle est la différence entre l’esprit du SEL et l’esprit de l’échange marchand ?

4. Echantillonnage

L’échantillon est constitué de quatorze membres de BruSEL ayant – pour une part – répondu à notre annonce par courriel. Puisqu’il était possible qu’un grand nombre de bruseliens ne possède pas de connexion Internet, nous avons également procédé à une sélection de répondants par téléphone. Les informations de base relatives à notre échantillon sont disponibles à la page 42.

5. La méthode

Dans notre méthode d’entretien, nous avons adopté une attitude souple et empathique à l’égard du discours des répondants et avons ainsi voulu faire en sorte qu’ils parviennent librement à faire la lumière sur leurs propres motivations, ainsi que sur leur rôle et sur les implications concrètes de leur participation au SEL sur leur quotidien. Nous n’avons orienté leur discours qu’en fonction de trois larges préoccupations théoriques : (1) « Quelles ont été les raisons qui les ont poussés à rejoindre le SEL ?», (2) « Qu’est-ce qu’ils y font ?», (3) « Qu’est-ce qu’ils pensent de ce qu’ils font ? » ou « que pensent-ils gagner à y faire ce qu’ils font ? »

Cette approche au moyen de laquelle on tâche d’extraire le sens endogène de l’action en vue de construire l’objet sociologique nous permet d’effectuer des entretiens que l’on pourra lire à l’aide des dispositifs analytiques de la grounded theory d’Huberman et Miles. Le choix de cette méthode nous semble concilier souci de précision et intérêt pour le sens que l’acteur place dans son action. Voici les étapes de notre première phase d’analyse :
– codification ouverte
– identification de concepts et de catégories conceptuelles.
– Propriétés, dimensions et constitution de profils dimensionnels
– trouver les interrelations qui unissent les catégories.
– ligne narrative commune à tous les entretiens

Au terme de cette phase, étant insatisfaits de la fidélité de notre modèle théorique à l’égard de notre matériau nous avons voulu re-exploiter les entretiens sur base d’une seconde méthode d’analyse plus précise : celle de Boltanski et Thévenot.
Boltanski et Thévenot

Lire le mémoire complet ==> (Etude d’un système d’échange de services sans argent)
Mémoire présenté en vue de l’obtention du grade de licencié en sociologie
Université Catholique de Louvain – Département des sciences politiques et Sociales
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Ce qui est entendu ici trouve une explication au niveau de l’article 5 de la charte : « Une heure de travail humain est égale à une heure de travail humain. Cette égalité est la base de toute transaction » (Cf. Annexes). De nombreux SEL optent pour une règle de rétribution plus souple qui prend en compte le degré de difficulté, de pénibilité, ou de plaisir lié à la réalisation de la tâche (cf. SEL, Mode d’emploi, p. 14, in www.selidaire.org, consulté le 10 avril 2005)
La visée égalitariste est caractéristique de pratiquement tous les SEL. Le « SEL, mode d’emploi », rédigé par les fondateurs ariégeois en Octobre 2002, s’ouvre d’ailleurs sur l’idée selon laquelle la vocation de SEL est de ne pas reproduire les injustices et les inégalités présentes dans la société capitaliste. Les 380 SEL français se sont fédérés autour de cette même idée.
M. Huberman & M. Miles, Analyse de données qualitatives, Bruxelles, De Boek Université, 1991, p. 46
M. Huberman & M. Miles, op cit., p. 52
R. Quivy et L. Van Campenhoudt, Manuel de la recherche en sciences sociales, Paris, Dunod, 1995
J. Poupart, « L’entretien de type qualitatif : considérations épistémologiques, théoriques et méthodologiques » in J. Poupart, J.-P. Deslauriers & alii., La recherche qualitative, enjeux épistémologiques et méthodologiques, Paris, Gaëtan Morin (éd.), 1997, pp. 173-207
M. Huberman & M. Miles, Analyse de données qualitatives, Bruxelles, De Boeck Université, 1991.