Le cadre identitaire de la profession sportive

By 19 July 2012

2.4.4 Le cadre identitaire de la profession sportive

Le premier lieu de construction de l’identité professionnelle sportive s’effectue dans le choix de la formation. C’est un réaménagement de l’identité virtuelle projetée dans ce que l’individu se voit faire. Le choix d’une formation professionnelle est une première manifestation de l’identité professionnelle visée. L’étudiant qui opte pour un cursus au sein de la Faculté des Sciences du Sport s’imagine bien embrasser une carrière dans le domaine sportif. C’est un constat quotidien que l’on observe dans la promotion des étudiants de première année qui tendent rapidement à se considérer en acteurs professionnels, usant d’un langage pédagogique et technique spécifique et valorisant un comportement de vie d’équipe et de célébrations festives. Ce passage par une formation qualifiante induit un modèle de socialisation professionnelle. Elle est apportée dans cette initiation à la culture professionnelle qui effectue une conversion de l’individu vers une nouvelle identité influençant jusqu’à sa conception du monde et de lui-même. « Traditionnellement, le métier est apparu comme source de culture particulière, mêlant valeurs et normes sociales….Il est cependant évident que l’exercice d’un métier comme l’appartenance à des catégories socioprofessionnelles se traduisent par des traits apparents qui distinguent leurs membres » (Bougnoux , 1995).

Quels traits caractérisent la culture du sport ?

Il est possible d’interprèter les mouvements qui affectent la population des sportifs par la constitution d’une culture sportive (Pociello, 1993). Le développement mondial du sport, renforcé par le contexte idéologique véhiculé par tradition dans le milieu sportif, construit nombres de croyances et de représentations sociales. « Les masses envient le gagnant qui semble être responsable de ce qu’il fait et de ce qu’il est dans un rapport d’affrontement à l’existence. Cette représentation de la valeur de l’effort personnel entraîne une nouvelle considération du sport, qui devient le symbole de l’émancipation individuelle» (Chifflet, 2000, page 26). L’identité sportive est un héritage de l’univers fédéral. Le sport dans les Fédérations est un idéal démocratique, construit sur des règles formelles et des pratiques officiellement organisées.

Ce processus s’explique en reprenant la démarche utilisée pour appréhender les identités religieuses (Hervieu-Lèger, 1996).

– La dimension communautaire entraîne l’idée d’appartenance. La visibilité des lieux de pratique (stades, gymnase, équipements, vêtements) et les références communes (adoption en commun d’un style de pratiques sportives) sont légions. Dans cette communauté, les acteurs construisent une socialisation originale et spécifique.

– La dimension culturelle est la mémoire commune du sport. Les savoir-faire et les comportements sportifs (entraînements, compétitions) s’apprennent et se transmettent. La culture sportive fait référence à l’efficacité, à la maîtrise des techniques, à la rationalisation des gestes et au rendement des actions (chronométrage,…).

– La dimension éthique est un héritage de l’olympisme. Un code de conduite que chacun accepte dans la pratique physique, caractérise la culture du sport. Avec le temps et l’émergence des dérives liées à la compétition, l’engagement individuel désintéressé cède la place aux vertus (ré)éducatives du sport au sein d’une société nécessiteuse. « Il s’agit toujours de définir le sport en lutte contre les fléaux venus de l’extérieur » (Chifflet, 2000, page 31).

– La dimension émotionnelle renforce le sentiment d’appartenance. Le sentiment est d’ordre fusionnel. Dans la victoire, comme dans la défaite, les acteurs à l’unisson avec les spectateurs vivent intéressement le déroulement de l’activité. Les thèmes du courage et de la beauté accompagnent et valorisent habituellement la pratique.

Les fédérations, les pouvoirs publics, les médias, les sponsors, les intermédiaires véhiculent ces valeurs de l’idéal sportif. Tout acteur assimile une certaine manière de penser les évènements et construit son identité en référence à ces idéologies. Les professionnels des pratiques physiques adhèrent à ces croyances intrinsèques qui font du sport un monde meilleur. Leurs formations valorisent des attitudes militantes qu’ils partagent et diffusent à travers les tâches pédagogiques d’animation. Ces croyances se situent à deux niveaux, dans le registre de la morale et dans une vision globale de société idéale. Ces croyances confèrent des valeurs de sens et d’espoir au sport qui acquiert un statut valorisant pour ses acteurs (Ardoino, 2001).

Consciente du rôle social que notre société attribue au sport dans les valeurs éducatives ou intégratives qu’on lui confère. L’homme devient-il plus homme lorsqu’il réalise une performance sportive ? Pourquoi le fait de dépasser les limites biologiques est-il un indicateur spécifique de l’espèce humaine ? (Vulbeau, 1995). Les résultats de ces recherches en attestent le caractère spirituel notamment en ce qui concerne l’accès et la démocratisation des sports, le contrôle social et l’assujettissement disciplinaire par le sport ou encore les possibilités théoriques d’un transfert de qualités par le sport vers le secteur éducatif (Parisot & Rasse, 1991). Ces croyances dans les vertus du sport se renforcent dans la communication que les étudiants construisent avec les professionnels de terrain (animateurs, entraîneurs, moniteurs, éducateurs, professeurs de sports,…). Les idéologies deviennent constitutives de l’appartenance à un champ (Bourdieu, 1980), dote d’un sens commun la profession sportive et l’enchante par voie de conséquence. L’enchantement « se rapporterait à des lieux et paysages créés dans l’intention d’induire chez ceux qui les fréquentent un état de permanence euphorique» (Winkins, 1996, page 448) et l’on peut accorder cette signification aux sites de pratiques du sport tels que stades, gymnases, piscines…

Les réalités du secteur sportif restent cependant à l’image de notre civilisation dont il est une expression culturelle. Le sport rassemble d’indéniables qualités, mais présente également ses injustices et ses dérives : violences des joueurs, violences des supporters, infractions, dopage, infractions financières, corruptions (Lassale, 1998). La formation et les stages permettent aux étudiants d’opérer des ajustements entre l’image virtuelle, le stéréotype antérieur du sportif au caractère désintéressé, voir au héros des stades qui motive le choix professionnel. La représentation du métier évolue lors du stage d’application en école, en institution ou en entreprise, pour devenir une réalité parfois désenchantée. La motivation des acteurs est mise à mal lorsque l’enseignement en éducation physique et sportive revêt un aspect de simple animation de loisir dans une cour d’école sans équipements sportifs ou se transforme en un affrontement avec des adolescents en mal d’existence. L’intérêt principal du métier se décale dans la sécurité d’un emploi relativement bien rémunéré et dont il faut défendre les acquis. La thèse observe les acteurs qui, s’éloignant de la fonction publique, intègrent le marché du tourisme sportif. L’intérêt se porte sur le processus identitaire construit dans la formation professionnelle des acteurs.

L’analyse de la formation comme première étape de la construction de l’identité professionnelle, effectué par Everett Hughes aux professions libérales, s’applique aux métiers sportifs. Il met en évidence trois étapes de la socialisation professionnelle par le passage par une formation professionnelle qualifiante (Hughes, 1997):

– Le passage à travers le miroir est l’immersion dans la culture professionnelle qui aboutit à la découverte de la réalité désenchantée du monde professionnel : C’est un renoncement aux stéréotypes professionnels qui sont à la base du choix et de l’acquiescement aux valeurs de la culture professionnelle.

– L’installation dans la dualité entre le modèle idéal (qui caractérise la dignité de la profession et son image de marque) et le modèle pratique (qui concerne les tâches quotidiennes peu en rapport avec le premier). Il y a un processus de projection personnelle dans une carrière future par identification aux membres d’un groupe de référence. La formation permet l’acquisition des normes, de valeurs et de modèles.

– L’ajustement de la conception de soi, c’est-à-dire son identité en voie de constitution impliquant la prise de conscience de ses capacités physiques, mentales, personnelles, de ses goûts et de ses dégoûts avec les chances de carrière que le professionnel peut escompter dans le futur (Bohrane, 1995).

La différence entre les aspects individuels et collectifs de l’identité s’exprime chez les professionnels du sport dans une interrogation sur leurs rôles et leurs identités au sein de la société. La question des désillusions s’amplifie entre d’une part, la valorisation culturelle que notre société accorde aux performances sportives dont ils sont capables et les potentialités limitées de création d’emplois. Ce malaise historique reste d’actualité, le sport étant l’objet permanent de conflits et de revendications (Pociello, 1999).

À la lecture des publications du commissariat au plan, « Emplois et formations du secteur sportif », lorsqu’on effectue un recensement des professions du sport, on est tenté de parler de métiers et non de profession.(Kupiec, 1994). Le métier qualifie « tout genre de travail déterminé reconnu ou toléré par la société dont on peut tirer ses moyens d’existence » (Rey, 1995). Il s’agit d’une activité bien définie, permanente reconnue ou tolérée et qui implique habileté, compétence et talent. Le métier, c’est davantage qu’une profession. Dans le métier c’est l’individu qui prime et non la structure dans laquelle il agit. L’exercice d’un métier, c’est la maîtrise d’un savoir-faire et la reconnaissance d’une identité (Kupiec, 2003). L’étymologie latine du mot métier « mysterium » signifie mystère et par extension imagination et imaginaire. « ministerium » signifie ministère et renvoi à la notion de maîtrise technique. Le métier est l’interface de l’imaginaire propre à chacun et de la dimension technique commune à la profession. Ces investigations renforcent le constat que la dichotomie entre l’identité personnelle et l’identité sociale structure l’identité. Lieu de tensions et de conflits entre l’imaginaire et la réalité, c’est dans l’exercice du métier que le rapport entre les deux faces s’éprouve.

Pour le dictionnaire Larousse la profession, du latin « professio » veut dire déclaration. C’est « l’ensemble des personnes qui exercent le même métier »3. Le terme profession évoque alors l’image d’un corps unifié, l’idée de la corporation avec ses rites d’affiliation et de reconnaissance. C’est le groupe d’appartenance auquel on accède grâce à l’apprentissage et au diplôme qui sanctionne la formation. Au cours de la formation s’acquiert la maîtrise technique du métier mais aussi ses règles d’exercices formelles et informelles. La profession est de l’ordre de la profession de foi, du discours, du représentatif, de l’identité sociale. Le terme de profession nous renvoie à la sociologie du travail. « L’entreprise n’étant que le lieu économique où il s’accomplit » (Friedman & Naville, 1962, page 44). C’est dans l’expérience vécue et dans la durée que naissent et s’expriment ensuite les savoir-faire, l’habileté, la compétence, le talent et que s’affirme le style propre que chacun développe à son poste de travail.

Le métier se défini comme la mise en oeuvre de compétences évaluables dans une situation de travail. La compétence est une maîtrise de divers savoir-faire opérationnels, mobilisant des connaissances et des comportements, évaluables dans une situation de travail. Ces savoir-faire sont toujours sujets à apprentissage (Pastor & Breard, 1999). En sport, le métier se définit par rapport aux techniques corporelles et ses métiers se fondent sur un objet communément identifié par la maîtrise de techniques corporelles qui permet à des publics de pratiquer des activités physiques au travers d’une offre de services sportifs.

Cette maîtrise s’inscrit dans une offre non marchande du secteur éducatif, compétitif et social ou dans une offre marchande de sports de loisirs, de mise en forme ou de tourisme. Au sein de l’Université de North London, on considère le tourisme sportif comme « un secteur à part se rapprochant étroitement de l’industrie touristique » (Pagnol, 1997, page 25). Gérer, développer et animer une prestation sportive revient à mettre en oeuvre des techniques corporelles au sein d’une organisation offrant des services de transport, d’hébergement et de restauration à l’intention d’une population, sous l’impulsion d’une autorité publique, institutionnelle ou privée. Les métiers des sports se composent d’un processus de conception production (élaboration d’un contenu, création de séances d’activités physiques,…) inclus dans un processus de service (accueillir et communiquer avec des publics à la recherche d’activité corporelle). Ces ensembles de techniques identifient les métiers sportifs.

Lorsqu’on parle de métier dans les sports, on peut s’attendre à ce que l’on vous dise qu’il n’y en a qu’un, le « prof de sport » ou le « prof de gym », car même si l’interlocuteur reconnaît des différences de compétences, il ne perçoit réellement la segmentation de la profession qu’à travers les différentes pratiques : les sports nautiques, les sports collectifs, les sports d’eaux vives, les sports de montagne,…. Or, dans la profession, une segmentation existe bien et l’actuelle variété des filières de formation en témoigne. La confusion est renforcée par le fait que plusieurs de ces métiers peuvent également être exercé par la même personne selon ses qualifications d’éducateur sportif. Il est vrai qu’en sport, les métiers restent fortement liés à des cadres statutaires directement en relation aux types de pratique. La salle de gymnastique, la montagne, le plan d’eau, le navire ou le stade donnent des statuts, des particularités et des caractéristiques à chaque métier. Différencier les métiers dans les sports, c’est procéder à une analyse des objectifs de ces différentes activités. L’objet peut être éducatif, compétitif ou récréatif, mais en termes de service, les compétences mises en oeuvre sont relativement équivalentes dans l’éducation physique et sportive comme dans les entreprises de tourisme sportif. Pour cette dernière, la formation des acteurs mixe l’animation d’activités physiques à la logique industrielle du tourisme. « Le pari du tourisme sportif ne se réalisera qu’avec une professionnalisation accrue des acteurs, par ce que le tourisme est un métier qui doit concilier une vision issue du terrain et un management adapté pour transformer la passion des aventuriers en raison des artisans » (Pigeassou, 1999, page 24). Dans le cas de l’activité physique à vocation éducative l’analyse du contenu est valorisée alors que dans le tourisme sportif, c’est le mode de communication avec le public qui est mis en avant. Savoirs, savoirs faire et savoirs être s’articulent pour fonder des compétences, l’objet du métier restant la création, l’animation et la gestion d’une activité physique.

Les professionnels du sport ne sont ni travailleurs sociaux, ni spécialistes exclusifs du domaine sportif, ni gestionnaires d’équipements et la variété des activités s’élabore sur le socle commun de l’activité physique qu’ils conçoivent et qu’ils font pratiquer à leurs publics. Si les professionnels du sport occupent des emplois relativement différents, ils présentent une identité commune par l’activité physique. Elle se perçoit globalement comme une maîtrise de techniques corporelles spécifiques à un milieu de pratique que l’intervenant transmet à son public. Depuis l’explosion des sports de loisirs, l’encadrement du sport se professionnalise et leurs acteurs se reconnaissent de moins en moins dans la définition générique de « prof de sport ». Historiquement, l’identité de la profession est liée à la capacité des enseignants en éducation physique à se rassembler pour promouvoir des normes explicites du métier qui fondent une identité professionnelle spécifique du professeur d’éducation physique et sportive. Cette identité est maintenant reconnue au sein de la profession comme à l’extérieur. Elle impose un système de valeurs professionnelles établies depuis l’élaboration des UFR STAPS rassemblant une communauté universitaire de plus de 400 enseignants chercheurs. La constitution d’une filière universitaire permet à la profession de définir sa spécificité en se démarquant du ministère de la jeunesse et des sports en appuyant d’avantage les enseignements sur des valeurs éducatives et socialisantes. Actuellement, l’expression identitaire prend forme dans le militantisme éducatif, exprimé par les enseignants en éducation physique et sportive dans leur besoin de différentiation du monde sportif et de justification de leur place dans le système éducatif. L’accès aux métiers d’enseignants en éducation physique est lié à une sélection par concours dont les admissions se réduisent au fil du temps alors que le nombre des candidats augmente. Cette évolution génère des identités professionnelles différentes chez les nouvelles générations qui s’orientèrent en nombre vers les métiers du loisir à partir des années quatre-vingt. La croissance des entreprises de sports de loisirs proposent des emplois soumis à une logique marchande. Le statut social tout comme la sécurité de l’emploi y sont moins valorisé. La définition des postes offerts dans le domaine des sports de loisir repose beaucoup moins sur la maîtrise corporelle et le savoir-faire sportif traditionnel. Ces organismes sportifs fonctionnent avec une rationalité matérielle qui conditionne leur survie économique.

Ces organisations maîtrisent les aspects instrumentaux de l’offre de service sportif, mais il leur faut étendre leurs compétences à la matérialité commerciale : prospection du marché et accueil des clientèles, réduction des coûts, autonomie de ressources, maîtrise des relations publiques… Ces organisations ont essentiellement besoin d’acteurs qui possèdent des aptitudes et des techniques de management couplé à un esprit d’entreprise. « Il leur faut être à la fois praticien, technicien, animateur et gestionnaire du sport » (Hillairet, 2000, page 35). C’est un désenchantement de l’identité professionnelle qui devient floue. L’exercice du métier est bousculé dans les fondements de la profession qui étaient la maîtrise du corps, l’éducation aux valeurs de l’activité et la conduite gestuelle dans la pratique. Cependant, l’image populaire du métier reste valorisante, l’image du client sportif étant également réjouissante. Les professionnels du sport entendent bien garder l’image valorisante qui est ancrée dans leur représentation. Bien que les clichés aient la vie dure, celui qui caractérise la profession sportive risque cependant d’être fortement altéré. L’activité des éducateurs et moniteurs sportifs d’aujourd’hui a bien changé par rapport à celle des véritables héros sportifs issus de la tradition. Les guides chamoniards sont devenu des accompagnateurs de groupes de tourisme de moyenne montagne, les chefs de bord de croisière hauturière se transforment en capitaine de plaisance pour des équipages de vacanciers estivants, les athlètes, mythes de la force et de la maîtrise physique, deviennent des professionnels de la mise en forme et des gestes répétitifs de l’aérobic. D’autre part, les sites sportifs présentent de nombreux aménagements, les lieux de pratique sont devenus spacieux et modernes. L’arrivée de l’informatique diffuse l’information à un large public qui n’est plus restreint à un groupe d’initiés. Le développement de nouveaux supports assistent les pratiquants en facilitant la pratique sportive. L’image semble bien avoir changé. Elle s’éloigne des clichés dépeignant les professionnels du sport comme des êtres musclés, trônant au sein d’ascétiques équipements de sports ou affrontant des éléments naturels au péril de leur vie, dans le plus pur esprit de conquête et d’aventure. Les évolutions technologiques et socio-économiques contribuent à faire évoluer à la fois le métier même si les mentalités ne changent pas aussi rapidement qu’évolue la matérialité professionnelle du sport.

Dans ce contexte, les formes de reconnaissances sociales antérieures du professionnel des sports, lié à un contact individuel qui s’appuyait sur la confiance, sur une relation individualisée avec son client, dans un partage de passion commune, cèdent le pas à une banalisation du métier. Les causes sont liées à la démocratisation des sports et à l’attente de services répondant à la fois aux exigences de consommation d’un marché des loisirs sportifs et aux nouvelles formes de communication des entreprises. Le développement du marché des loisirs constaté depuis les années quatre-vingt n’y est pas étranger (Vallette-Florence, 1994). La société des loisirs pénètre les modes de consommation et s’exprime par les pratiques, les vêtements, les matériels, la mode et les médias. Le développement de cette consommation fait entrer les sports dans une phase que l’on pourrait qualifier d’industrialisation. Elle met à mal l’identité professionnelle traditionnelle de ses principaux acteurs abrités de ces mouvances par l’éducation nationale, les collectivités locales et les fédérations sportives. Avant 1970, le marché se présente essentiellement sous la forme d’activités locales destinées à un public restreint. Face à la mise en marché de l’offre sportive, il semble que les professionnels des sports de loisirs subissent le même phénomène qui s’est déroulé lors de l’industrialisation de notre civilisation, conduisant à une déqualification du travail qui, d’un savoir-faire artisanal hérité de l’expérience et de la tradition, se banalise dans l’industrialisation du travail au sein des entreprises.

Depuis le XIX° siècle et jusqu’à nos jours, l’économie s’est concentrée dans des entreprises en centralisant les productions humaines. Ces phénomènes s’observent comme dynamique dans le temps et dans l’espace. Le bilan actuel en matière de métier se résume en deux phénomènes. Le travail faiblement qualifié, fortement manufacturé est systématiquement exporté dans les pays où le coût en main d’œuvre est faible (Darbelet, 1999, page 114). Epargnés par la délocalisation, les activités du secteur tertiaire sont concernées par celui de la standardisation fonctionnelle. Ces deux actions, souvent complémentaires, poursuivent le but d’une meilleure maîtrise des coûts et d’un accroissement de la qualité des produits.

Notre intérêt se porte tout naturellement sur les conséquences du phénomène d’industrialisation du travail sur l’identité de ses acteurs. Dans son traité de sociologie, Alain Touraine se penche sur ces processus : « Faut-il conclure à l’autonomie grandissante des problèmes de l’entreprise et, considérant celle-ci comme un véritable système social, analyser en termes purement intérieurs, en termes fonctionnels, son organisation et sa structure, sa croissance et ses conflits » (Touraine, 1962, page 3). L’exploration s’engage dans ce sens pour en comprendre les mécanismes et les principales évolutions historiques apparues depuis le XIX° siècle. Une attention toute particulière se porte sur l’émergence des actions de rationalisation du travail au sein des entreprises face aux contraintes de l’environnement économique. L’intérêt se porte sur la gestion de la réaction des employés naturellement résistants à la déqualification du travail et à une banalisation de leur identité professionnelle. Sans prétendre à l’exhaustivité de ce phénomène, l’exploration de donne pour vocation d’éclairer les processus de construction identitaire dans l’organisation.

Le tourisme sportif en quête d’identité
La construction identitaire dans les organisations de tourisme sportif, entre idéologies sportives et matérialité professionnelle marchande
Thèse de doctorat de 3° cycle – Sciences de l’Information et de la Communication
Université de Nice Sophia-Antipolis