La formation technique et professionnelle au Pérou

By 2 July 2012

Organisation et financement de la formation technique et professionnelle dans différents contextes socioéconomiques – Quatrième chapitre :

I. La formation technique et professionnelle au Pérou

Au Pérou, pendant des siècles, les savoirs culturels et professionnels andins ont été transmis au sein du AYLLU et du YACHAY WASI. Un exemple de ces savoirs sont les monuments archéologiques, les canaux d’irrigations, les andins (andenes), l’artisanat, l’orfèvrerie, les textiles et une diversité de cultures agricoles que font de la culture andine une de grandes cultures anciennes du monde.

Pendant la Vice-royauté, le choc culturel incorpora la technologie occidentale aux savoirs faire andins. Les artisans espagnols formèrent des associations par spécialités et leurs techniques furent assimilées et développées par des artisans métis et indiens.

Pendant la République furent crées les polytechniques pour former des artisans de différents métiers, et pour l’industrie naissante; ceci marque le début de la formation professionnelle et technique organisée. En 1950, un siècle après la création du premier polytechnique, le pays comptait 17 écoles de formation commerciale, 23 de formation agro-pastorale et 52 de formation industrielle. Dans l’ensemble, ces écoles formaient 13 000 élèves par an (Unidad de formación profesional, 2001, Acuerdo Nacional por la Educación – Educación técnica).

L’ampliation de l’éducation à des secteurs pauvres de la population provoque le développement accéléré de l’enseignement technique. En effet, ce secteur de la population a peu de possibilités de suivre une formation universitaire, et la formation technique comme alternative éducative offre des résultats plus adaptés à ses besoins.

Les institutions chargées d’offrir ce type de formation ont changé à travers le temps : les écoles agro-pastorales, les écoles industrielles, les ESEPs (Ecoles Supérieures d’Education Professionnelle), les CENECAPEs, les CEOs et les ISTs.

Actuellement, l’enseignement technique supérieur non universitaire est dispensée dans les Institutos Superiores Tecnológicos (IST) et la formation professionnelle dans les Centros de Educación Ocupacional (CEO) et dans les Colegios secundarios con variante técnica (CVT). Le tableau n°1 présente le nombre d’établissements de formation technique et professionnelle ainsi que les effectifs par niveau et modalité :

Tableau N°1: Nombre d’établissements de formation technique et professionnelle et effectifs, selon niveau et modalité

Niveau ou modalité Etablissement de formation technique et professionnelle Population scolaire en formation professionnelle et technique
IST 660 228 657
CVT 1 851 518 592
CEO 1 820 235 284
TOTAL 4 331 982 533

Source : Unidad de Estadística MED 1999.

La formation dans les ISTs et les CEOs suit la scolarité obligatoire, par conséquent une des conditions d’admission est d’avoir fini la cinquième année d’éducation secondaire; cependant pour certaines branches l’exigence des CEOs se réduit à la troisième année du secondaire. Ces entités offrent des centaines de carrières et de spécialités dans des formations qui durent entre un et quatre ans. La prolifération de ISTs et CEOs est importante. Si les grandes villes aspirent à avoir une université, les petites désirent un IST; toutefois, si dans les grandes villes abondent les ISTs et CEOs privés, dans les villes et villages à l’intérieur du pays priment les établissements publics.

La situation est bien différente pour l’éducation technique secondaire. Cette option est oubliée et abandonnée autant par l’Etat que par les professeurs et les parents : il n’y a pas de demande pour des écoles industrielles ou techniques (Haya de la Torre, 1998, p. 15). En effet, les élèves inscrits dans cette filière ne représentent qu’environ 23,2% du nombre total d’élèves immatriculés au niveau secondaire (voir annexe n°4). Ainsi, à l’intérieur du pays, les CVT se voient parfois contraint de fermer par manque d’effectifs.

Mise à part les filières officielles de formation technique initiale, il existe deux autres filières de formation : l’école de formation technique SENATI et le programme PRO-JOVEN.

SENATI, est une école créée en 1962, à l’initiative de la Société Nationale de l’Industrie. Cette école essaie de répondre au besoin de main d’oeuvre qualifiée du secteur industriel mais le nombre de centres de formation est limité : 41 dans tous le pays. Le système de SENATI répond aux caractéristiques suivantes :

L’organe de direction est le Conseil National de SENATI, constitué par des représentants de la Société Nationale de l’Industrie, du Ministère de l’industrie, du Ministère du Travail et des entreprises. Les entreprises ayant plus de 20 travailleurs, contribuent au financement de l’école avec 0,75% de leur plan de production. Les PMEs font partie du groupe mais ne participent pas au financement. Des pays hautement industrialisés tels que l’Allemagne, le Canada, l’Hollande, la Suisse et le Japon, contribuent en donnant des équipements et un appui technique. Au niveau national, il existe environ 250 entreprises représentées dans les organes de direction et engagées dans les processus de planification et le développement de la formation technique (SENATI, 2000). De plus, l’apprentissage se réalisant majoritairement selon le système dual de formation, environ 8 000 entreprises participent dans la formation des apprentis. L’offre éducative du type d’apprentissage dual comprend 50 spécialités de niveau (technique-opératif). La formation a une durée de 3 à 6 semestres (selon la spécialité) et s’adresse aux jeunes de 14 à 24 ans; le niveau éducatif demandé dépend de la spécialité (minimum troisième année du secondaire). Une des conditions indispensables pour suivre cette formation est évidement avoir un contrat d’apprentissage. Le processus d’admission au programme débute avec une phase de mise à niveau d’une durée de 200 heures où seuls les élèves qui passent les examens sont admis.

Bien que le modèle de formation du SENATI jouit d’une reconnaissance nationale et internationale (considéré parmi les vingt programmes qui ont eu plus de succès dans la formation professionnelle dans le monde), la situation économique du pays a réduit considérablement le nombre d’entreprises participant au financement de cette institution et l’oblige à chercher de nouvelles formes d’autofinancement. En outre, les difficultés économiques des entreprises minimisent les possibilités de trouver des places d’apprentissage.

PROJOVEN (Programme de formation professionnelle pour les jeunes), est un programme pilote de formation du Ministère de Travail adressés aux jeunes de 16 à 24 ans provenant des secteurs les plus défavorisés. Ce programme se caractérise principalement par l’essai de rapprocher l’offre et la demande de qualification : les écoles formatrices doivent garantir la formation pratique des élèves dans des entreprises. L’apprentissage se réalise de manière alternée entre l’école et l’entreprise (la formation pratique précède à la formation en école); et dans entreprise, la formation doit être assurée par un maître d’apprentissage. La formation est financée par l’entreprise et par le programme : l’entreprise accorde une rémunération (qui ne dépasse pas le salaire minimum) à l’apprenti et le programme assume le frais de formation à l’école. Le programme, étant financé par la coopération internationale, risque de ne pas pouvoir continuer lors du départ de celle-ci.

En ce qui concerne les programmes de formation professionnelle pour les enfants qui ont besoin de travailler, il existe deux nouveaux programmes crées par le Movimiento de Adolescentes y de Niños Trabajadores Hijos de Obreros Cristianos (MANTHOC) : l’école de Manthoc et le programme de formation professionnelle pour les adolescents.

L’école de Manthoc fonctionne officiellement au niveau primaire et a l’objectif d’atteindre aussi le niveau d’éducation secondaire. Le but de ce programme est de d’offrir une alternative éducative aux enfants qui travaillent. Dans cette école, les enfants ne sont pas seulement des récepteurs de connaissances mais aussi des producteurs. A la différence de la méthode traditionnelle, le processus cognitif part de l’expérience concrète des travailleurs enfants et va vers l’abstraction (MANTHOC, 2000, Revista International desde los Niños y Adolescentes Trabajadores – NATs). Ce programme se confronte cependant à un problème important : les parents trouvent dans l’école une alternative pour les enfants qui se trouvent en situation d’échec mais, dès que ceux-ci font des progrès, ils optent pour replacer leurs enfants dans le programme éducatif traditionnel qui jouit d’une meilleure reconnaissance sociale.

Le programme de formation professionnelle, destiné aux adolescents de 15 à 17 ans, a comme objectif l’amélioration des conditions de travail des adolescents qui travaillent dans les rues et la promotion de l’emploi. Ce programme offre une formation professionnelle de trois mois dans une entreprise et une rémunération correspondant au salaire minimum pendant la période de formation. L’entreprise formatrice assume 50% du salaire de l’apprenti et la différence est couverte par Manthoc. Si l’entreprise n’a pas la possibilité de former le jeune, le programme paie la formation initiale dans une école de formation professionnelle et, ensuite le jeune déjà formé réalise son stage, toujours rémunéré, dans l’entreprise.

A l’exception du SENATI, qui éprouve aussi des difficultés pour répondre à la demande de formation, les programmes présentés sont des filières tout à fait marginales qui ne sont pas viables si elles ne reçoivent pas de support financier extérieur.

La valeur sociale de la formation professionnelle

Suite à la colonisation, la société péruvienne était organisée en castes. De ce fait, les travaux manuels et artisanaux étaient réalisés par le groupe dominé. Le groupe dominant cultivait les savoirs universitaires, ce qui qualifiait les nobles pour occuper les postes de l’administration publique et ecclésiastique. Ainsi, il se consolida une culture de privilèges dont l’acquisition de connaissances universitaires constituait le sommet de la pyramide éducative, à laquelle n’accédait qu’une minorité élitiste.

Plus tard, avec la République, persiste la notion de prestige social des savoirs universitaires, au dépends des savoirs techniques. Les facteurs économiques et la politique adoptée par certains gouvernements contribuèrent à agrandir cette différence. Pour cette raison, à l’heure actuelle, la quête de reconnaissance sociale continue à déterminer la préférence pour les formations universitaires. En effet, pour la grande majorité des jeunes, la formation technique est prise en compte lorsque la possibilité d’accès à l’université échoue. Même après avoir commencé une formation technique, les jeunes continuent à opter pour l’alternative universitaire quand ils en ont la possibilité.

Cette distorsion est à l’origine de la déformation de la pyramide professionnelle : d’un côté, on trouve une abondante offre de professionnels universitaires et, de l’autre, un déficit de qualification professionnelle et technique, tant en quantité qu’en qualité. Cette situation est aggravée par le fait que l’offre éducative est de basse qualité et ne correspond pas à la demande du marché du travail et des entreprises productives (Unidad de formación profesional, 2001, Acuerdo Nacional por la Educación – Educación técnica).

En conclusion, on peut dire qu’au Pérou, le développement de nouvelles formations professionnelles techniques se heurte à un problème très important de valorisation sociale, problème qui est encore plus important pour les formations secondaires que pour les formations supérieures.

Lire le mémoire complet ==> (La formation professionnelle duale comme alternative éducative pour les enfants péruviens qui travaillent )
Mémoire de licence
Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education