La finance carbone au service de la performance financière

By 5 July 2012

La finance carbone au service de la performance financière des entreprises – Section II :

Depuis quelques années déjà, l’Ethique s’est invitée dans les affaires. Aujourd’hui, elle apparaît également dans le domaine de la finance. Cette tendance s’est renforcée, comme nous l’avons vu, sous la pression de la société civile et de l’action internationale. En réponse à ces nouvelles attentes et surtout pour tirer partie des enjeux de ce nouveau marché, de plus en plus d’entreprises mettent en avant leur politique de développement durable.

Dans ce contexte, en plus des aspects économiques, la finance carbone présente également des opportunités financières pour les entreprises. Ces aspects se déclinent en premier lieu en la sanction positive de la Bourse pour les entreprises qui ont su investir dans l’ISR, mais également en une amélioration de la rentabilité des investissements, et enfin à une amélioration de la performance financière à travers la hausse du cours boursier.

1. L’ISR ou la surperformance des indices ISR

1.1 Définition

L’Investissement Socialement Responsable est un terme qui désigne l’ensemble des placements financiers obéissant au moins en partie à des critères de performance non-financière des entreprises (meilleures conditions de travail, recherche de la satisfaction de tous les partenaires de l’entreprise, respect de l’environnement, etc.).

Utilisés pour la première fois aux Etats-Unis et au Royaume-Uni dans les années 1920 par des communautés religieuses, ces critères ont suscité un intérêt grandissant dans les années 1980 lorsqu’ils ont été récupérés par des groupes d’activistes aux Etats-Unis et en Europe du Nord. Ces militants faisaient pression sur les investisseurs pour mieux contrôler les performances sociétales des entreprises et favoriser les bonnes pratiques en la matière. Les établissements financiers ont alors multiplié les fonds de « placements éthiques » afin de satisfaire les investisseurs attentifs à ces pressions.

Aujourd’hui, la notion de « responsabilité sociale » est de plus en plus prise en compte par les analystes financiers dans l’évaluation du risque des entreprises, et ce sont précisément ces critères qui, à leur tour, contribuent à l’amélioration de la performance financière globale des entreprises

1.2 Le marché de l’ISR en Europe et en France

Dans le contexte de ces nouvelles préoccupations et avant même la ratification et l’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto, une dizaine d’indices regroupant les entreprises en fonction de leurs performances non-financières ont été crées à partir de la fin des années 1990 et le début des années 2000. Le total des placements effectués en tout ou partie selon des critères « responsables » représente 336 milliards d’euros en Europe en 2004, contre 2340 milliards de dollars aux Etats-Unis fin 2001. (Notons cependant, que les comparaisons sont délicates car la définition de l’ISR est plus ou moins large selon les études ou les pays).

Graphique 9 : Marché européen de l’Investissement Institutionnel Socialement Responsable en
Marché européen de l’Investissement Institutionnel Socialement Responsable en
Source : Eurosif

Graphique 10 : Nombre de société du CAC 40 présentes dans les indices boursiers « socialement responsables »
Nombre de société du CAC 40 présentes dans les indices boursiers « socialement responsables »
Source : www.novethique.fr

Graphiques 11 : Nombre de sociétés de gestion offrant un fonds Isr sur le marché français au 30 septembre 2005

♦ Leaders européens implantés sur le marché ISR français

Montant des encours des fonds ISR offerts sur le marché français au 30 Septembre 2005 (en millions d’euros).
Montant des encours des fonds ISR offerts sur le marché français

♦ Ancienneté sur le marché

Répartition des sociétés de gestion selon la date d’agrément de leur premier fonds ISR sur le marché français au 30 septembre 2005 (en %).
Répartition des sociétés de gestion selon la date d’agrément de leur premier fonds ISR sur le marché français

♦ Volume des encours gérés

Répartition des sociétés de gestion selon le montant des encours ISR gérés au 30 septembre 2005 (en %).
Répartition des sociétés de gestion selon le montant des encours ISR gérés au 30 septembre 2005 (en %)
Sources : Novethic (www.novethique.fr) et Amadeis

Tous ces graphiques ont le mérite de montrer la croissance du marché de l’ISR en Europe et en France. Cette croissance montre l’intérêt grandissant que suscite ce marché. Désormais, le développement durable, et la sauvegarde de l’environnement en particulier, ne sont plus de simples préoccupations « éthiques » ou écologiques ; mais de véritables opportunités financières, et les entreprises qui s’y engagent ne le regrettent pas.

1.3 La surperformance des indices ISR

En effet, d’après certaines études, notamment celle de quatre chercheurs (Rob Bauer, Jeroen Derwall, Nadja Guenster et Kees Koedijk) ayant remporté le Prix européen de la recherche « Finance et développement durable » lancé par le Forum pour l’investissement responsable (FIR), l’Investissement Socialement Responsable (ISR) est d’un point de vue boursier plus rentable qu’un investissement dans un fonds de pension traditionnel.

En effet, pour comparer la performance des fonds de pension et des fonds éthiques (acteurs importants dans les investissements en actifs carbone), ils ont construit leurs propres portefeuilles en retenant comme unique critère de l’ISR « sa dimension environnementale ». « Nous avons pu ainsi observer l’évolution entre 1998 et 2003 des performances des fonds ayant un engagement très fort en faveur de la préservation de l’environnement, et celle des fonds totalement indifférents à cette idée. Et nous parvenons à une différence de rendement annuel de l’ordre de 6% en faveur des premiers. »

Cependant, il y’a d’autres facteurs qui peuvent expliquer cette différence, notamment le niveau de risques différent selon les investissements, ou encore la différence des secteurs d’activité. Mais les chercheurs affirment que les portefeuilles qu’ils ont construit neutralisent ces facteurs puisque la seule variable retenue est la présence ou non d’un critère environnemental.

Enfin, ils ont pu mesurer la performance des entreprises, non en calculant eux-mêmes les indices de performance, mais en se servant des classements de l’entreprise Innovest, la référence de la plupart des investisseurs éthiques. Et il en ressort que « si les entreprises environnementales ou éthiques en général ont les performances de long terme que nous avançons, cela signifieraient que les marchés ne les évaluent pas actuellement à leur juste valeur. Cela pourrait donc être une opportunité pour les investisseurs en quête de valeurs sous-évaluées » d’autant que le marché ne saurait tarder à les sanctionner encore plus positivement (comme ce fût le cas de Rhodia récemment, nous y reviendrons plus tard).

1.4 Le rôle des Fonds d’investissement éthiques dans les actifs CO2

Cette surperformance est liée également au fait que les entreprises intègrent dans leurs stratégies, les attentes des fonds d’investissement éthiques, car elles sont conscientes des gisements de financement qu’ils représentent.

En effet, un regard sur le niveau global de l’investissement socialement responsable en 2005 permet de constater que les encours des fonds concernés ont doublé en France passant de 5,1 milliards d’euros à la fin 2004 à près de 10 milliards au 31 décembre 2005. Par ailleurs, les choix d’investissement réalisés par l’European Carbon Fund (150 millions d’euros) ou par le Climate Change Capital britannique (100 millions d’euros) se concentrent actuellement sur les entreprises qui permettent de réduire leurs émissions de carbone, en particulier par l’intermédiaire des mécanismes de développement propre.

Ainsi les entreprises ont intérêt à avoir une bonne gestion de la problématique carbone car il y va de leur performance financière. Celles qui, en plus de leur intervention sur le marché carbone, participent à la promotion des mécanismes pour un développement propre s’ouvrent davantage d’opportunités d’accroissement de leur performance, via celui de la rentabilité de leurs investissements.

Lire le mémoire complet ==> (La finance carbone : En quoi le marché du co2 peut-il être un outil au service de la performance des entreprises? )
Mémoire de fin d’études – Majeure Finance
INSEEC Paris