La dualité du concept d’identité, Construction de l’identité

By 17 July 2012

La place de l’identité professionnelle dans le développement des entreprises – Deuxième Partie :

4° chapitre : La construction de l’identité entre similitude et différenciation

L’identité relève d’une construction réciproque. Un individu n’est reconnu que dans la mesure où il est à la fois suffisamment identique et suffisamment différent de l’ensemble des membres du groupe. Après avoir exploré le processus de construction identitaire, ce chapitre investit les conséquences du passage au travers du miroir que représente l’entrée dans la vie active des acteurs de l’offre sportive. La formation aux métiers du sport reste empreinte d’une maîtrise technique qui confère un statut valorisant à ses acteurs. Les acteurs se projettent dans des identités de métiers, construites à partir des valeurs intrinsèques du sport. Cette construction à priori se confronte ensuite aux réalités professionnelles de la prestation de service sportif. La matérialité professionnelle marchande éveille un phénomène de désenchantement qui affecte la construction identitaire des acteurs du tourisme sportif. Une dynamique d’opposition à la représentation marchande du sport intègre l’identité de ses acteurs. Si cette représentation entrave le développement professionnel du tourisme sportif, elle lui confère également ses particularismes.

2.4 L’exploration du concept d’identité

Le premier principe méthodologique incite à effectuer un état des connaissances sur le sujet étudié. L’investigation se centre sur les concepts d’identité et de culture pour ensuite les explorer sur le terrain du management des organisations de la manière la plus exhaustive possible. Le concept d’identité représente l’un des champs importants de la recherche contemporaine en sciences sociales. Dans les années soixante, le psychologue Erikson proclamait que l’étude de l’identité était aussi centrale à cette époque que l’avait été l’étude de la sexualité à l’époque de Freud. Cela n’est pas surprenant si l’on regarde la pluralité d’auteurs qui se penchent sur le sujet. Si, pour le Dictionnaire, « l’identité est le caractère de ce qui est identique » (Le Robert, 1992), nombreuses en sont les définitions.

Cette définition recèle deux idées fortes que développent divers courants et auteurs :
– Pour Labarrière, c’est le « caractère de ce qui est identique, qu’il s’agisse du rapport de continuité et de permanence qu’un être entretient avec lui-même, au travers de la variation de ses conditions d’existence et de ses états, ou de la relation qui fait que deux réalités différentes, sous de multiples aspects, sont cependant semblables et même équivalentes sous un autre rapport. Pour identifier un ou plusieurs êtres à d’autres, il convient de les distinguer de ce qu’ils ne sont pas; et à l’inverse, pour appréhender un être singulier, il faut bien supposer son identité historique » (Labarière, 1990, page 1208).

– En psychologie, « c’est la caractéristique de personnes, objets réels ou représentés, événements, énoncés, etc… considérés comme substituables l’une à l’autre » (Grand dictionnaire de la psychologie, 1991, page 355). Ainsi, « l’identité est un ensemble de critères de définition d’un sujet et un sentiment interne » (Muchielli, 1980, page 5). Ce sentiment est multiple : sentiment d’unité, de cohérence, d’appartenance, de valeur, d’autonomie et de confiance organisés autour d’une volonté d’existence. Si l’identité se retrouve à l’intersection de nombreuses disciplines, elle est d’abord conceptualisée et étudiée en psychologie et principalement en psychologie sociale.

– L’anthropologie et la sociologie utilisent le concept d’identité culturelle, mais également la psychanalyse, le droit ou encore l’histoire et les sciences politiques en fournissent d’autres interprétations. L’identité se présente comme une étape de construction de la socialisation. « La construction de la personnalité est un processus d’identification, de construction d’identité, c’est-à-dire d’appartenance et de relations » (Dubar, 1991, page 27). Si la notion d’identité intéresse l’ensemble des sciences humaines c’est peut-être parce que l’on peut l’envisager à divers niveaux : Celui de l’individu, celui du groupe et celui de la société. L’identité est une notion centrale qui se situe à l’articulation du psychologique et du sociologique. Toute identité est à la fois personnelle en ce sens qu’elle est localisée dans une personne mais également sociale en ce que les processus de sa formation sont sociaux. « Se socialiser, c’est prendre en compte personnellement en charge des attitudes au point qu’elles guideront largement sa conduite sans même qu’on s’en rende compte » (Dubar, 1990, page 27).

2.4.1 La dualité du concept d’identité

Cette dualité caractérise et guide la réflexion sur l’identité. Il s’agit de l’opposition que l’on trouve dès le début de la pensée contemporaine sur l’identité, c’est-à-dire l’identité personnelle et l’identité sociale. Ainsi, la notion d’identité, fréquemment utilisée dans le discours quotidien et dans les sciences sociales, reste cependant caractérisée par son ambiguïté. Ses diverses significations renvoient à des façons différentes de caractériser un individu en fonction de son appartenance à un groupe, qui peut être défini notamment par rapport à un territoire, une origine, une religion, une profession ou des pratiques sportives. Alors que l’anthropologie classique se développe dans le contexte colonial ; les sociétés contemporaines constituent un terrain privilégié pour étudier les processus de construction, de maintien et de recomposition des identités individuelles et collectives. Les situations de transformation sociale y sont rapides. Si l’identité individuelle semble une notion simple et évidente, ce phénomène se révèle complexe si on considère que chaque individu est unique par son patrimoine génétique. L’individu qui existe en ce lieu et en cette période reste cette même et unique personne toute sa vie.

C’est un phénomène paradoxal car l’identité désigne en même temps ce qui est unique et ce qui est semblable. « L’identité personnelle concerne le fait que l’individu se perçoit comme identique à lui-même, c’est-à-dire qu’il sera le même dans le temps et dans l’espace mais aussi c’est ce qui le spécifie, le singularise par rapport à autrui. L’identité personnelle c’est ce qui rend semblable à soi-même et différent des autres » (Deschamps, 1996, page 5).

L’identité est un principe de singularité et de continuité dans l’espace et dans le temps qui se décline en plusieurs composantes.
· Le sentiment de soi : la façon dont on se ressent
· L’image de soi : la façon dont on se voit, dont on s’imagine
· La représentation de soi : la façon dont on peut se décrire
· L’estime de soi : la façon dont on s’évalue
· Le soi intime : celui que l’on est intérieurement
· Le soi idéal : celui que l’on voudrait être
· Le soi social : celui que l’on montre aux autres.

Source : Déclinaison des composantes de l’identité selon Deschamps, 1991

L’identité personnelle résulte d’une construction progressive dont les fondations se situent dans les toutes premières années de la vie. « En même temps qu’il est caractérisé par son identité personnelle, l’individu est aussi un agent social, intégré dans un espace social donc également porteur d’une identité collective ou sociale » (Grand dictionnaire de la psychologie, 1991, page 358). Ainsi, l’identité sociale d’un sujet est relative à sa position dans la structure sociale comme l’appartenance à l’une des catégories biologiques comme le sexe et l’âge, à l’un des groupes ethniques, nationaux ou encore socioprofessionnels. L’identité joue un rôle social dans l’espace familial, professionnel et institutionnel et concourt à l’affiliation idéologique au sein des églises, des partis et des mouvements sociaux. L’identité sociale regroupe l’ensemble des critères qui permettent une définition sociale de l’individu ou du groupe.

Ces critères le situent dans la société. C’est une « identité attribuée » qui s’observe au travers de différents indicateurs externes
• La profession : titre, rôle, nature du travail, niveau de rémunération,
• Les diplômes scolaires : type et nombre d’années d’études,
• Les possessions diverses : héritage et propriétés,
• Le mode de vie : les loisirs, les voyages et les sports.

Source : Indicateurs de l’identité attribuée, A. Mucchielli, 1986.

Ces éléments que l’individu présente à autrui sont les indicateurs observables de l’identité sociale. La conscience de soi n’est pas un phénomène lié uniquement à l’individualité, mais résulte au contraire de l’ensemble des processus sociaux dans lesquels l’individu s’insère (Mead, 1934). Ainsi, chacun perçoit son identité en adoptant le point de vue des autres et du groupe social auquel il appartient, évoquant la référence constructiviste de la logique de recherche.

Le sentiment d’identité est moins une donnée de l’individualité que le résultat d’un processus de régulation sociale impliquant notamment le langage, les interactions quotidiennes, l’intériorisation des modèles et des valeurs du groupe et le jeu, notamment sportif. Le Soi est constitué à la fois d’une composante sociale qui est la résultante de l’intériorisation des rôles sociaux et d’une composante personnelle, expression de son unicité. L’identité sociale concerne un sentiment de similitude à autrui alors que l’identité personnelle cultive un sentiment de différence par rapport à autrui. Cette distinction entre l’identité personnelle et l’identité sociale renvoie à la dualité entre l’individu et le collectif et entre les notions de différence et de similitude (Deschamps, 1996).

Le tourisme sportif en quête d’identité
La construction identitaire dans les organisations de tourisme sportif, entre idéologies sportives et matérialité professionnelle marchande
Thèse de doctorat de 3° cycle – Sciences de l’Information et de la Communication
Université de Nice Sophia-Antipolis