La culture, une construction de la nature humaine

By 21 July 2012

La quête de sens au travail dans les entreprises -6° chapitre :

La définition de la culture concerne autant l’individu que le groupe social dans lequel elle s’exprime. Ce concept nomme généralement une civilisation et un héritage social. S’il est d’usage de considérer que la culture modèle les activités humaines, elle permet à l’homme de se reconnaître. La matérialisation des activités humaines s’exprime ainsi au travers de l’organisation. L’homme identifie l’entreprise par ce qui sert à son usage, dans ce qui l’environne et dans ses créations L’investigation fait apparaît un lien entre le fonctionnement de l’entreprise est la dynamique sociale des individus et des rapports qu’entretiennent ces individus. La culture figure l’élément central qui donne un sens au travail. L’organisation, appréhende sa culture essentiellement de manière instrumentale pour accompagner la fonctionnalité de ses activités professionnelles. Pour le management, le projet d’entreprise cristallise la structure de l’organisation et apporte un supplément d’âme à la matérialité des activités professionnelles. L’organisation ne s’envisage plus uniquement par la matérialité du travail, elle incorpore désormais une dimension culturelle et identitaire.

2.6 La culture, une construction de la nature humaine

En tout premier lieu et avant même de travailler sur la culture d’entreprise qui matérialise l’identité d’une organisation, la recherche investit le concept de culture. Il suscite de nombreuses confusions et laisse le champ libre à toutes les interprétations. La notion de culture se définit en 1549 comme « le développement des facultés intellectuelles par des exercices appropriés et l’ensemble des connaissances acquises qui permettent de développer le sens critique, le goût, et le jugement » (Seignobos, 1549, page 5). Au travers des sciences humaines, la culture devient un objet scientifique et sa conceptualisation théorique se rapproche des préoccupations de nos propos. Le concept de culture est à même d’interpréter les pratiques et à mettre en valeur les sens cachés. Le terme de culture ne présente pas une unique définition et on relèvent des publications spécialisées dans ce domaine depuis 1871, un peu plus de 300 définitions différentes de la culture (Kroebe & Kluckhohn, 1952). Ethnologues, anthropologues, sociologues et psychosociologues en font un usage fondamental assez différent, ce qui contribue à en compliquer la signification. La dimension universelle de ce concept doit en être la cause (Tylor, 1876). Quelque soit sons sens, il n’existe pas de formulation simple. La culture n’est jamais représentée comme un concept statique à l’image des descriptions formalisées du management d’entreprise.

L’aspect dynamique de la culture est intéressant, particulièrement par son analogie aux efforts d’adaptation des organisations face aux contraintes externes. Le concept même de culture témoigne de nombreux changements. À l’origine, le mot rappelle le travail de la terre qu’on cultive et atteste des activités qu’elle suscite auprès des hommes et signifie les rapports des individus avec la nature qui les entoure. Dans ce contexte, la culture suggère une activité physique humaine et traduit une interdépendance entre les besoins et le travail. C’est par la culture que l’homme tire ses produits grâce à son travail. La conséquence en est que la culture modèle l’organisation des activités humaines. L’homme se reconnaît dans tout ce qui sert à son usage, dans ce qui l’environne et dans ses propres créations. Son rapport avec les éléments extérieurs change et désormais il marque physiquement sa propriété. Au XVIIIe siècle le terme de culture connaît une extension parallèle à celui de civilisation auquel il est associé.

2.6.1 La culture comme expression des activités humaines

La signification philosophique est attribuée à la culture dans une vision idéaliste de l’homme (Vauvenargues, 1992). Dans cette définition, la culture confirme la primauté de la conscience. De cette manière, le monde se conçoit conformément à la conscience humaine et s’oppose à la nature. Par opposition, la nature est ce qui est donné à la naissance, elle est une donnée intérieure, une programmation selon la théorie de l’information qui présente la nature comme un mouvement que chaque être naturel manifeste dans son existence. La nature est une donnée incontournable dans notre naissance et la conscience ne peut que s’opposer à la nature. De cette opposition, la culture apparaît comme un effort pour produire autre chose que la forme donnée immédiatement. La recherche retient la définition selon laquelle la culture est ce que l’homme ajoute à la nature. L’acquis enrichissant l’inné.

Il est tentant de distinguer nature et culture par des critères de reconnaissance, construit à partir de leurs définitions. La nature désigne le biologique et le spontané semble être le critère de la nature. La culture implique l’invention de règles et l’identité semble être le critère de la culture. La culture d’une entreprise se présente comme une composition construite sur une base naturelle. Elle est représentée par les différentes individualités du personnel qui élabore et construit en commun, au fils du temps et des événements qui surviennent dans l’entreprise une culture perceptible au travers de ses us et coutumes. Sa spécificité est liée aux instruments dont l’homme se sert, au milieu social qui l’éduque, le sert tout en le contrôlant et au langage qui lui permet de communiquer, de penser et de produire des idées. Le monde réel représente ce qui a une existence de fait et il ne contient rien de plus que ce qui est simplement possible. L’homme affirme sa maîtrise et son détachement sur la nature. C’est la culture qui donne une connotation positive à l’homme en le libérant des contingences matérielles (Kant, 2000). Un homme cultivé fait preuve d’une certaine maîtrise intellectuelle et physique. La culture ne résulte plus simplement du travail de l’homme sur la nature, mais d’un travail constant de dépassement de sa personne, d’un effort sur lui-même. Un individu cultivé est un individu qui adopte un certain comportement qui démontre aux autres cette maîtrise de soi, conformément à la domination de la raison. L’homme se tient au-dessus des contingences et de la réalité extérieure. Loin de s’identifier à elle, il s’en distingue et s’en sépare. Au travers de la culture, l’homme présente une capacité au discernement. Cette suprématie de la rationalité humaine s’édifie au XVIIIe siècle pour être réprouvé par les idéologies de l’homme naturel. Le courant naturaliste prône l’action dans lequel l’homme naturel est fait pour penser peu et pour beaucoup agir (Diderot, 1999).

Selon les orientations théoriques actuelles, la culture connaît une certaine définition impliquant autant l’individu que le groupe. Actuellement, ce concept se répand pour nommer plus généralement une civilisation et un héritage social. L’usage du terme culture, dans ce sens, parait tout d’abord en Angleterre et en Allemagne au tout début du XIX° et ensuite en France au XX° siècle. Le concept de la culture d’entreprise intéresse particulièrement notre réflexion. Il semble se présenter comme un héritage social au travers des comportements et des habitudes de travail.

La culture définit une matrice au sein de laquelle se nouent les relations et se construisent des modes de comportements qui engendrent dans l’organisation ce que les anthropologues considèrent comme les éléments constitutifs de la personnalité. Actuellement, si la culture occupe une grande place dans les domaines artistique, littéraire et scientifique ; elle s’adresse également aux organisations et aux institutions. Ce terme est fréquemment relayé par les médias. Lorsqu’un problème surgit, quelque soit sa nature et le domaine concerné, la culture est souvent citée comme cause et parfois comme remède. La culture d’une entreprise est considérée à la fois comme un outil pour le management mais également comme une entrave à sa gouvernance. Ce concept présente une contradiction quand on cherche à l’appliquer à l’entreprise. Comment obtenir plus de responsabilisation individuelle chez les employés alors que le concept même de culture représente dans sa définition l’assimilation à une entité sociale et le confort de l’esprit de clocher ?

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